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· Julien   Lepage

JC comme Jésus Christ
Jonathan Zaccaï
2012

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Illustration de critique : JC comme Jésus Christ
Je me souviens encore du jour où j'ai décidé d'aller voir JC comme Jésus Christ au cinéma. Ce n'était pas un choix délibéré dicté par une envie particulière, mais plutôt une décision prise sur un coup de tête, avec cette curiosité coupable qui pousse parfois à se dire : « Et si ce film était finalement une bonne surprise ? ». Avec le recul, je me rends compte que cette idée était aussi naïfe que de croire qu'un film intitulé JC comme Jésus Christ pouvait être une satire cinglante sur le milieu du cinéma.

L'histoire suit Jean-Christophe Kern, alias JC, jeune cinéaste précoce qui, à seulement 16 ans, a déjà remporté une Palme d'Or et un César. Son génie autoproclamé est scruté par une équipe de documentaristes chargés d'immortaliser son quotidien de prodige du septième art. Mais cette année, l'événement majeur de sa vie ne sera pas un nouveau prix, mais bien le passage du bac, entre deux discussions prétentieuses sur la « pureté de l'art » et des rencontres avec des figures du cinéma français jouant leur propre rôle.

Sur le papier, l'idée avait du potentiel. La prétention absurde du personnage aurait pu donner lieu à une comédie grinçante et rythmée, une sorte de croisement entre C'est arrivé près de chez vous et Spinal Tap, avec une touche de satire à la Le bal des actrices. Mais tout tombe rapidement à plat. Jonathan Zaccaï, réalisateur et scénariste, semble perdu entre le « faux documentaire » qu'il veut imiter et la fiction maladroite qu'il nous sert. Les codes du genre sont mal maîtrisés : les champs-contrechamps impossibles dans un véritable reportage cassent toute illusion, les scènes trop proprement mises en lumière détruisent toute spontanité, et certaines situations absurdes (filmer le père de JC sous la douche, vraiment ?) montrent que l'effet « docu » n'est qu'un prétexte pour un film au style brouillon.

Le personnage de JC, censé être une caricature d'un jeune génie du cinéma, est tout simplement insupportable. Non pas parce qu'il est odieux — après tout, un protagoniste antipathique peut être fascinant —, mais parce qu'il n'est jamais vraiment drôle ni intéressant. Il se contente d'enchaîner des phrases pseudo-profondes avec la nonchalance d'un adolescent persuadé d'être au-dessus du lot. Et ce manque de profondeur ne tient pas seulement à l'écriture du personnage, mais à l'interprétation de Vincent Lacoste. À l'aise dans les rôles d'ados losers (à raison, il excelle dans Les beaux gosses), il se vautre complètement ici. Son JC est désincarné, récitant son texte avec un air de dédain qui, au lieu de renforcer la satire, la rend exagérée et forcée.

Les autres acteurs ne relèvent pas le niveau. Elsa Zylberstein et Aure Atika, pourtant talentueuses, semblent égarées dans cette farce insipide. Quant aux guestsGilles Lellouche, Kad Merad —, leur présence est anecdotique et n'apporte rien au film, sinon quelques rares sourires. L'un des moments les plus absurdes, mais aussi les plus drôles, reste la scène où Lellouche déclare avec une sérénité déconcertante qu'il est parfait pour jouer Marc Dutroux dans le futur projet de JC. Un éclair de mauvais goût, certes, mais au moins un instant où le film se permet d'aller vraiment quelque part.

La réalisation ne sauve rien. Tourné en deux semaines et monté en un mois, JC comme Jésus Christ a la finition d'un projet d'école fait à la va-vite. L'image est fade, la mise en scène inexistante et le rythme, poussif. Zaccaï semble vouloir pasticher la Nouvelle Vague, mais il en retient surtout les errances formelles les moins inspirées.

Au final, le film rate absolument tout ce qu'il tente. Ni drôle, ni incisif, ni esthétiquement plaisant, il donne l'impression d'un immense ego-trip sans fond ni forme. L'idée initiale aurait pu donner un bon film si elle avait été poussée vers une critique plus acide du monde du cinéma. Ici, tout sonne faux, tout est forcé, et rien ne fonctionne.
Ma note10%
Vu le 15 Juillet 2012


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