Jusqu'en Enfer
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Après avoir conquis le monde avec sa trilogie Spider-man, Sam Raimi fait son grand retour au cinéma d'horreur avec Jusqu'en Enfer, flanqué d'Alison Lohman et Justin Long. L'attente était palpable : allions-nous retrouver le génie déjanté d'Evil dead ou assister à un simple exercice de style nostalgique ? La réponse s'avère malheureusement décevante, voire franchement consternante.
L'histoire nous plonge dans le quotidien de Christine Brown, employée de banque ambitieuse qui commet l'erreur fatale de refuser un prêt à Sylvia Ganush, une vieille tzigane au physique repoussant. Cette dernière, vexée d'avoir été humiliée publiquement, jette une malédiction sur la jeune femme : dans trois jours, un démon viendra la traîner en enfer pour l'éternité. S'ensuit une course contre la montre où Christine, aidée de son petit ami Clay et d'un médium, tente désespérément d'échapper à son sort funeste. Inspiré d'un fait divers survenu en Oregon en 1996, le projet couvait depuis les années 1990 dans les tiroirs des frères Raimi, et l'on comprend pourquoi il y est resté si longtemps.
Car si le pitch de base recèle un potentiel indéniable (qui n'a jamais rêvé de voir un banquier subir les foudres de l'au-delà ?), son développement relève du raccourci permanent et de la facilité scénaristique. Nous voilà face à un catalogue exhaustif de tous les poncifs du genre, alignés avec la subtilité d'un catalogue de vente par correspondance. Malédiction gitane, médium providentiel, séance d'exorcisme, sacrifice animal : Sam Raimi et son frère Ivan semblent avoir coché toutes les cases du parfait petit manuel de l'horreur bas de gamme. Le twist final, censé nous clouer au siège, se devine dès les premières minutes avec une évidence qui confine à l'insulte au spectateur. Même en fermant les yeux et en se bouchant les oreilles, impossible de passer à côté de cette chute prévisible qui achève de plomber un récit déjà vacillant.
Côté personnages, la faiblesse est tout aussi criante. Christine oscille maladroitement entre victime éplorée et héroïne déterminée, sans jamais trouver sa véritable identité. Son évolution psychologique, pourtant cruciale dans ce type de récit, se résume à des réactions épidermiques et des prises de décision incompréhensibles. Clay, le petit ami compréhensif, semble tout droit sorti d'un manuel de psychologie de comptoir, dispensant ses conseils avec une bienveillance de façade qui frise la béatitude. Quant à Mme Ganush, elle incarne la caricature absolue de la sorcière de conte de fées, dégoulinante de clichés visuels et comportementaux qui auraient pu fonctionner dans les années 1980 mais paraissent aujourd'hui d'une ringardise confondante.
L'ambition thématique du film se voulait sans doute une satire du capitalisme moderne, où une employée zélée paie le prix de sa soumission au système bancaire. Cette critique sociale, pourtant pertinente en pleine crise des subprimes, se noie dans un fatras d'effets gratuits et de facilités narratives. Le message sur la culpabilité collective et l'individualisme forcené se perd dans un océan de bave et d'entrailles en plastique, transformant ce qui aurait pu être une fable mordante en attraction foraine de mauvais goût.
Techniquement, le désastre atteint des sommets. Sam Raimi, jadis virtuose de la débrouillardise créative, semble avoir oublié tout ce qui faisait le charme de ses premiers films. Les effets visuels, manifestement numériques et d'une qualité douteuse, détonnent avec l'artisanat inventif d'antan. Là où Evil dead 2 parvenait à créer une atmosphère oppressante avec des moyens dérisoires, Jusqu'en Enfer étale sa pauvreté créative malgré un budget de 30 millions de dollars. Le mixage sonore, particulièrement catastrophique, abuse des jump scares dans une débauche de décibels qui témoigne d'un mépris total pour l'intelligence du spectateur. Chaque apparition démoniaque s'accompagne d'un fracas assourdissant qui remplace l'angoisse par l'agacement pur et simple.
La photographie de Peter Deming, pourtant habitué aux collaborations avec David Lynch, manque singulièrement d'inspiration, optant pour un rendu lisse et impersonnel qui évacue toute possibilité d'atmosphère authentique. Cette esthétique léchée décrédibilise totalement l'horreur annoncée, transformant chaque scène en démonstration technique sans âme.
Les performances d'acteurs oscillent entre le médiocre et l'involontairement comique. Alison Lohman, initialement pressentie pour remplacer Ellen Page qui avait décliné le rôle, fait ce qu'elle peut avec un personnage écrit à la va-vite, mais ses efforts se heurtent constamment à la vacuité du matériau. Justin Long déambule dans le film avec la conviction d'un figurant payé au lance-pierre, débitant ses répliques avec une nonchalance qui confine au sabotage. Lorna Raver en Mme Ganush sombre dans la caricature la plus grotesque, multipliant les grimaces et les gesticulations qui auraient pu passer pour de l'humour noir mais relèvent plutôt du grand-guignol de supermarché. Mention spéciale à la chèvre de la séance d'exorcisme qui, par sa simple présence animale, tire son épingle du jeu en étant la plus crédible du casting.
Ce qui désole le plus dans cette entreprise, c'est de constater à quel point Sam Raimi semble avoir perdu ce qui faisait son génie : cette capacité unique à mélanger horreur et comédie sans que l'une nuise à l'autre. Dans Evil dead 2, chaque gag horrifique fonctionnait parce qu'il était parfaitement calibré, chaque moment de terreur authentique parce qu'il émanait d'une véritable conviction artistique. Ici, le mélange des genres vire à la bouillie informe, ni effrayante ni drôle, oscillant perpétuellement entre deux tons qui s'annulent mutuellement. Les scènes qui se voudraient comiques tombent à plat tandis que les moments d'horreur sombrent dans le ridicule le plus navrant.
Cette ambivalence non directive transforme chaque séquence en exercice de style creux, où l'on sent les acteurs naviguer à vue dans un projet qui ne sait pas ce qu'il veut être. Le film accumule les intensités de jeu contradictoires qui contrarient systématiquement ce qui se passe à l'écran, créant un malaise permanent chez le spectateur. Seul point positif dans ce naufrage généralisé : le rythme demeure correct, évitant l'écueil de l'ennui mortel grâce à un enchaînement efficace entre scènes calmes et séquences d'action, même si l'effet zapping finit par lasser.
Au final, Jusqu'en Enfer constitue une déception majeure, d'autant plus amère qu'elle émane d'un réalisateur dont on attendait bien mieux. Présenté en séance de minuit au Festival de Cannes, le film aurait mérité de rester dans l'ombre de cette programmation tardive. Comment peut-on avoir aimé Evil dead et défendre cette resucée sans saveur ? Le titre, au moins, ne ment pas : on assiste bien à une descente aux enfers, celle d'un cinéaste qui semble avoir oublié ses propres recettes. Cette malédiction-là, au moins, on peut l'éviter.
L'histoire nous plonge dans le quotidien de Christine Brown, employée de banque ambitieuse qui commet l'erreur fatale de refuser un prêt à Sylvia Ganush, une vieille tzigane au physique repoussant. Cette dernière, vexée d'avoir été humiliée publiquement, jette une malédiction sur la jeune femme : dans trois jours, un démon viendra la traîner en enfer pour l'éternité. S'ensuit une course contre la montre où Christine, aidée de son petit ami Clay et d'un médium, tente désespérément d'échapper à son sort funeste. Inspiré d'un fait divers survenu en Oregon en 1996, le projet couvait depuis les années 1990 dans les tiroirs des frères Raimi, et l'on comprend pourquoi il y est resté si longtemps.
Car si le pitch de base recèle un potentiel indéniable (qui n'a jamais rêvé de voir un banquier subir les foudres de l'au-delà ?), son développement relève du raccourci permanent et de la facilité scénaristique. Nous voilà face à un catalogue exhaustif de tous les poncifs du genre, alignés avec la subtilité d'un catalogue de vente par correspondance. Malédiction gitane, médium providentiel, séance d'exorcisme, sacrifice animal : Sam Raimi et son frère Ivan semblent avoir coché toutes les cases du parfait petit manuel de l'horreur bas de gamme. Le twist final, censé nous clouer au siège, se devine dès les premières minutes avec une évidence qui confine à l'insulte au spectateur. Même en fermant les yeux et en se bouchant les oreilles, impossible de passer à côté de cette chute prévisible qui achève de plomber un récit déjà vacillant.
Côté personnages, la faiblesse est tout aussi criante. Christine oscille maladroitement entre victime éplorée et héroïne déterminée, sans jamais trouver sa véritable identité. Son évolution psychologique, pourtant cruciale dans ce type de récit, se résume à des réactions épidermiques et des prises de décision incompréhensibles. Clay, le petit ami compréhensif, semble tout droit sorti d'un manuel de psychologie de comptoir, dispensant ses conseils avec une bienveillance de façade qui frise la béatitude. Quant à Mme Ganush, elle incarne la caricature absolue de la sorcière de conte de fées, dégoulinante de clichés visuels et comportementaux qui auraient pu fonctionner dans les années 1980 mais paraissent aujourd'hui d'une ringardise confondante.
L'ambition thématique du film se voulait sans doute une satire du capitalisme moderne, où une employée zélée paie le prix de sa soumission au système bancaire. Cette critique sociale, pourtant pertinente en pleine crise des subprimes, se noie dans un fatras d'effets gratuits et de facilités narratives. Le message sur la culpabilité collective et l'individualisme forcené se perd dans un océan de bave et d'entrailles en plastique, transformant ce qui aurait pu être une fable mordante en attraction foraine de mauvais goût.
Techniquement, le désastre atteint des sommets. Sam Raimi, jadis virtuose de la débrouillardise créative, semble avoir oublié tout ce qui faisait le charme de ses premiers films. Les effets visuels, manifestement numériques et d'une qualité douteuse, détonnent avec l'artisanat inventif d'antan. Là où Evil dead 2 parvenait à créer une atmosphère oppressante avec des moyens dérisoires, Jusqu'en Enfer étale sa pauvreté créative malgré un budget de 30 millions de dollars. Le mixage sonore, particulièrement catastrophique, abuse des jump scares dans une débauche de décibels qui témoigne d'un mépris total pour l'intelligence du spectateur. Chaque apparition démoniaque s'accompagne d'un fracas assourdissant qui remplace l'angoisse par l'agacement pur et simple.
La photographie de Peter Deming, pourtant habitué aux collaborations avec David Lynch, manque singulièrement d'inspiration, optant pour un rendu lisse et impersonnel qui évacue toute possibilité d'atmosphère authentique. Cette esthétique léchée décrédibilise totalement l'horreur annoncée, transformant chaque scène en démonstration technique sans âme.
Les performances d'acteurs oscillent entre le médiocre et l'involontairement comique. Alison Lohman, initialement pressentie pour remplacer Ellen Page qui avait décliné le rôle, fait ce qu'elle peut avec un personnage écrit à la va-vite, mais ses efforts se heurtent constamment à la vacuité du matériau. Justin Long déambule dans le film avec la conviction d'un figurant payé au lance-pierre, débitant ses répliques avec une nonchalance qui confine au sabotage. Lorna Raver en Mme Ganush sombre dans la caricature la plus grotesque, multipliant les grimaces et les gesticulations qui auraient pu passer pour de l'humour noir mais relèvent plutôt du grand-guignol de supermarché. Mention spéciale à la chèvre de la séance d'exorcisme qui, par sa simple présence animale, tire son épingle du jeu en étant la plus crédible du casting.
Ce qui désole le plus dans cette entreprise, c'est de constater à quel point Sam Raimi semble avoir perdu ce qui faisait son génie : cette capacité unique à mélanger horreur et comédie sans que l'une nuise à l'autre. Dans Evil dead 2, chaque gag horrifique fonctionnait parce qu'il était parfaitement calibré, chaque moment de terreur authentique parce qu'il émanait d'une véritable conviction artistique. Ici, le mélange des genres vire à la bouillie informe, ni effrayante ni drôle, oscillant perpétuellement entre deux tons qui s'annulent mutuellement. Les scènes qui se voudraient comiques tombent à plat tandis que les moments d'horreur sombrent dans le ridicule le plus navrant.
Cette ambivalence non directive transforme chaque séquence en exercice de style creux, où l'on sent les acteurs naviguer à vue dans un projet qui ne sait pas ce qu'il veut être. Le film accumule les intensités de jeu contradictoires qui contrarient systématiquement ce qui se passe à l'écran, créant un malaise permanent chez le spectateur. Seul point positif dans ce naufrage généralisé : le rythme demeure correct, évitant l'écueil de l'ennui mortel grâce à un enchaînement efficace entre scènes calmes et séquences d'action, même si l'effet zapping finit par lasser.
Au final, Jusqu'en Enfer constitue une déception majeure, d'autant plus amère qu'elle émane d'un réalisateur dont on attendait bien mieux. Présenté en séance de minuit au Festival de Cannes, le film aurait mérité de rester dans l'ombre de cette programmation tardive. Comment peut-on avoir aimé Evil dead et défendre cette resucée sans saveur ? Le titre, au moins, ne ment pas : on assiste bien à une descente aux enfers, celle d'un cinéaste qui semble avoir oublié ses propres recettes. Cette malédiction-là, au moins, on peut l'éviter.
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