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· Julien   Lepage

Killer instinct
Rare
1994

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Illustration de critique : Killer instinct
Difficile d'évoquer Killer instinct sans penser immédiatement à cette cartouche noire qui tranchait avec le gris habituel des jeux Super Nintendo. Un simple détail marketing ? Peut-être, mais il participait à l'aura un peu mystique de ce jeu de baston qui, à sa manière, a marqué son époque. Développé par Rare et édité par Nintendo en 1994 sur borne d'arcade avant d'atterrir sur Super Nintendo l'année suivante, Killer instinct se voulait la vitrine technologique du partenariat entre Rare et Nintendo, exploitant des graphismes précalculés sur des machines SGI, un procédé déjà utilisé sur Donkey Kong country.

L'ambition était claire : rivaliser avec Street fighter II et Mortal Kombat tout en imposant son propre style. En résulte un jeu qui, sans réinventer la roue, propose une expérience de combat frénétique, exagérée et résolument tournée vers l'enchaînement de combos à rallonge. Le scénario, prétexte à justifier le chaos, tourne autour du tournoi organisé par Ultratech, mégacorporation malveillante qui fait s'affronter ses créations et autres êtres surnaturels. Peu d'intérêt ici, mais ce n'est pas ce que l'on demande à un jeu de baston : le vrai cœur du jeu, c'est son système de combat et l'énergie qu'il dégage.

Là où Killer instinct se démarque, c'est dans son gameplay orienté combos. Oubliez les rounds traditionnels, ici chaque joueur dispose d'une double barre de vie, ce qui fluidifie les affrontements et oblige à s'adapter sur la durée. Mais surtout, la mécanique des combos est au centre de l'expérience : un système construit autour d'une alternance entre ouvertures, transitions et clôtures permet d'enchaîner des dizaines de coups d'affilée, jusqu'au mythique Ultra Combo qui pouvait dépasser les 40 hits. Une mécanique grisante, mais qui, à force, limitait la profondeur du gameplay : un joueur expérimenté pouvait vite rouler sur un adversaire moins familier du système. Fort heureusement, le Combo Breaker, qui permet d'interrompre un enchaînement adverse, ajoute une dose de technicité bienvenue et a d'ailleurs laissé son empreinte dans l'histoire du genre.

Visuellement, le jeu impressionnait à sa sortie. Bien sûr, en passant de l'arcade à la Super Nintendo, certaines concessions ont dû être faites, notamment sur les animations et la finesse des décors. Mais la direction artistique sombre et agressive reste marquante, avec des personnages charismatiques allant du ninja Jago au robot Fulgore, en passant par Sabrewulf et Riptor, le dinosaure de service. Un roster limité (dix personnages jouables), mais qui a su marquer les esprits.

Là où Killer instinct brille encore aujourd'hui, c'est sur sa bande-son. Rare était déjà reconnu pour son excellence musicale et ce jeu ne fait pas exception. Chaque stage possède une identité sonore forte, et le CD Killer cuts, vendu avec certaines versions du jeu, reste un objet culte pour les amateurs. Le jeu est aussi mémorable pour ses voix digitalisées omniprésentes, notamment son commentateur exalté qui hurlait « C-c-c-combo breaker ! » ou « Ultraaaaaa Comboooo ! », donnant un impact immédiat à chaque combat.

En y rejouant aujourd'hui, Killer instinct accuse certes quelques rides. Son gameplay, jouissif, mais répétitif, peine à offrir la finesse d'un Street fighter II ou la technicité d'un King of fighters. Les animations, autrefois impressionnantes, paraissent rigides, et le faible nombre de personnages limite la diversité des affrontements. Mais malgré ses défauts, le jeu conserve un charme indéniable. Il représente une époque où Rare était au sommet de son art, où l'expérimentation était encore permise et où l'ambition technique pouvait suffire à faire naître un jeu culte.

Si Killer instinct n'a pas eu la postérité d'autres licences de baston, il reste un témoignage fascinant du savoir-faire de Rare et de Nintendo dans les années 90. Ceux qui cherchent une alternative nerveuse et spectaculaire aux classiques du genre y trouveront un plaisir immédiat, même si sa durée de vie repose beaucoup sur l'envie d'enchaîner encore et encore les combos les plus longs possibles. Pour les amateurs de jeux de baston qui apprécient le style exubérant de Mortal Kombat sans le côté gore, il reste une curiosité à (re)découvrir. Mais à moins d'être nostalgique, il est difficile d'y voir autre chose qu'un bon souvenir de la Super Nintendo, plus impressionnant à l'époque qu'indispensable aujourd'hui.
Ma note66%
Joué le 12 Janvier 2012


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