Le larbin
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Quand Alexandre Charlot et Franck Magnier reviennent au cinéma après huit ans d'absence depuis Les têtes de l'emploi, on s'attend à retrouver cette patte particulière qui avait fait le succès de Bienvenue chez les Ch'tis. Avec Le larbin, le duo s'attaque à un concept alléchant mêlant Kad Merad, Clovis Cornillac et la révélation Audran Cattin, dans une comédie qui promet de secouer les codes du genre familial français.
L'histoire suit Louis, jeune héritier désœuvré qui collectionne les scandales dans les palaces de son père milliardaire. Quand ce dernier, exaspéré par une énième frasque impliquant une panthère noire et un pauvre wapiti, décide de prendre les grands moyens, il fait appel à son ami cinéaste pour orchestrer une gigantesque mascarade. L'idée ? Faire croire à son rejeton qu'il a mystérieusement atterri au temps de Louis XIV, dans la peau d'un humble valet. Une mise en scène grandeur nature où notre héros va découvrir que la vie de château, ce n'était décidément pas pour tout le monde à l'époque.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la paresse scénaristique qui transpire de cette adaptation de la comédie russe Gosse de riche de Klim Chipenko. Les réalisateurs français avaient pourtant de la matière avec ce film qui fut un carton en Russie, mais ils se contentent d'un remake quasi scène par scène sans apporter la moindre plus-value créative. Le parcours initiatique se déroule avec la régularité d'un métronome, enchaînant les poncifs du genre sans jamais oser sortir des sentiers battus. Même les références assumées au Truman show et aux Visiteurs sonnent comme des alibis pour masquer un manque cruel d'originalité. Là où Peter Weir questionnait brillamment nos rapports à la réalité médiatique et où Jean-Marie Poiré sublimait le choc des époques par un humour plus franc, Le larbin se contente d'anachronismes faciles et de situations convenues.
Les personnages souffrent des mêmes travers, alignant les archétypes sans surprise : le père absent, mais aimant, le gosse de riche au cœur tendre, la jeune ingénue qui va révéler sa vraie nature, les acteurs imbus d'eux-mêmes... Même le personnage féminin principal d'Isabelle Carré pâtit d'une écriture bâclée qui ne lui laisse aucun espace pour exister vraiment. C'est d'autant plus frustrant que l'actrice a prouvé maintes fois sa capacité à transcender des rôles mal ficelés. Le développement de Louis suit une trajectoire si prévisible qu'on en vient à anticiper chaque étape de sa rédemption, de la révolte initiale à l'acceptation finale en passant par l'inévitable romance.
Pourtant, le film tente de glisser quelques réflexions sur les rapports de classe et l'éducation par l'épreuve, mais tout cela reste en surface. L'idée de confronter un privilégié à la condition de domestique au Grand Siècle portait en elle une charge satirique que les réalisateurs n'exploitent jamais vraiment. Même la métaphore du cinéma comme outil de manipulation (le père utilisant littéralement les codes du septième art pour « reprogrammer » son fils) reste inexploitée. On sent bien l'influence du contexte actuel, cette époque où les réseaux sociaux exhibent sans pudeur les excès de la jeunesse dorée, mais le propos manque de mordant pour véritablement résonner.
D'un point de vue technique, Le larbin fait le travail sans éclat particulier. La mise en scène fonctionnelle de Charlot et Magnier enchaîne les plans sans recherche esthétique notable, se contentant de filmer les gags avec la neutralité d'un téléfilm du dimanche soir. Seule la partition d'Alexandre Azaria tire son épingle du jeu en mêlant habilement orchestrations classiques et sonorités électroniques, conférant au film une originalité tonale bienvenue. Le tournage dans l'ancienne résidence de l'évêque de Senlis offre certes un cadre idéal avec ses allures de château de conte de fées, mais la photographie n'en tire aucun parti remarquable.
Côté interprétation, le bilan reste mitigé. Audran Cattin, qui s'était totalement investi dans le projet jusqu'à réaliser ses propres cascades, s'en sort honorablement dans ce premier rôle au cinéma. Sa sincérité naturelle crée un contraste intéressant avec l'outrance générale, même si son personnage manque cruellement de relief. Kad Merad, habitué à porter ce genre de comédies familiales, reste étonnamment en retrait, comme bridé par un rôle qui ne lui laisse guère d'espace pour déployer son charisme habituel. Mais c'est Clovis Cornillac qui déçoit le plus avec son réalisateur excentrique au franglais insupportable et parfaitement artificiel. Dès ses premières minutes à l'écran, son jeu outrancier agace plus qu'il n'amuse, donnant l'impression d'un acteur qui surjoue pour masquer le vide de son personnage. Heureusement, Marc Riso et Christian Hecq dans les seconds rôles semblent prendre un plaisir évident à jouer leurs personnages, apportant une fraîcheur bienvenue dans cet ensemble trop consensuel.
Le larbin appartient finalement à cette catégorie de comédies françaises qui ne dérangent personne sans marquer les esprits. On ne passe pas un mauvais moment devant ce divertissement calibré, mais il n'en reste absolument rien une fois le générique terminé. Une comédie-kleenex qui confirme que le talent des réalisateurs s'épanouit davantage dans l'écriture que dans la mise en scène, comme l'avaient déjà prouvé leurs deux saisons réussies de la série Marianne. Pour retrouver le plaisir d'un vrai choc des époques, mieux vaut se replonger dans l'original Les visiteurs ou découvrir le Gosse de riche russe qui a inspiré cette adaptation paresseuse.
L'histoire suit Louis, jeune héritier désœuvré qui collectionne les scandales dans les palaces de son père milliardaire. Quand ce dernier, exaspéré par une énième frasque impliquant une panthère noire et un pauvre wapiti, décide de prendre les grands moyens, il fait appel à son ami cinéaste pour orchestrer une gigantesque mascarade. L'idée ? Faire croire à son rejeton qu'il a mystérieusement atterri au temps de Louis XIV, dans la peau d'un humble valet. Une mise en scène grandeur nature où notre héros va découvrir que la vie de château, ce n'était décidément pas pour tout le monde à l'époque.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la paresse scénaristique qui transpire de cette adaptation de la comédie russe Gosse de riche de Klim Chipenko. Les réalisateurs français avaient pourtant de la matière avec ce film qui fut un carton en Russie, mais ils se contentent d'un remake quasi scène par scène sans apporter la moindre plus-value créative. Le parcours initiatique se déroule avec la régularité d'un métronome, enchaînant les poncifs du genre sans jamais oser sortir des sentiers battus. Même les références assumées au Truman show et aux Visiteurs sonnent comme des alibis pour masquer un manque cruel d'originalité. Là où Peter Weir questionnait brillamment nos rapports à la réalité médiatique et où Jean-Marie Poiré sublimait le choc des époques par un humour plus franc, Le larbin se contente d'anachronismes faciles et de situations convenues.
Les personnages souffrent des mêmes travers, alignant les archétypes sans surprise : le père absent, mais aimant, le gosse de riche au cœur tendre, la jeune ingénue qui va révéler sa vraie nature, les acteurs imbus d'eux-mêmes... Même le personnage féminin principal d'Isabelle Carré pâtit d'une écriture bâclée qui ne lui laisse aucun espace pour exister vraiment. C'est d'autant plus frustrant que l'actrice a prouvé maintes fois sa capacité à transcender des rôles mal ficelés. Le développement de Louis suit une trajectoire si prévisible qu'on en vient à anticiper chaque étape de sa rédemption, de la révolte initiale à l'acceptation finale en passant par l'inévitable romance.
Pourtant, le film tente de glisser quelques réflexions sur les rapports de classe et l'éducation par l'épreuve, mais tout cela reste en surface. L'idée de confronter un privilégié à la condition de domestique au Grand Siècle portait en elle une charge satirique que les réalisateurs n'exploitent jamais vraiment. Même la métaphore du cinéma comme outil de manipulation (le père utilisant littéralement les codes du septième art pour « reprogrammer » son fils) reste inexploitée. On sent bien l'influence du contexte actuel, cette époque où les réseaux sociaux exhibent sans pudeur les excès de la jeunesse dorée, mais le propos manque de mordant pour véritablement résonner.
D'un point de vue technique, Le larbin fait le travail sans éclat particulier. La mise en scène fonctionnelle de Charlot et Magnier enchaîne les plans sans recherche esthétique notable, se contentant de filmer les gags avec la neutralité d'un téléfilm du dimanche soir. Seule la partition d'Alexandre Azaria tire son épingle du jeu en mêlant habilement orchestrations classiques et sonorités électroniques, conférant au film une originalité tonale bienvenue. Le tournage dans l'ancienne résidence de l'évêque de Senlis offre certes un cadre idéal avec ses allures de château de conte de fées, mais la photographie n'en tire aucun parti remarquable.
Côté interprétation, le bilan reste mitigé. Audran Cattin, qui s'était totalement investi dans le projet jusqu'à réaliser ses propres cascades, s'en sort honorablement dans ce premier rôle au cinéma. Sa sincérité naturelle crée un contraste intéressant avec l'outrance générale, même si son personnage manque cruellement de relief. Kad Merad, habitué à porter ce genre de comédies familiales, reste étonnamment en retrait, comme bridé par un rôle qui ne lui laisse guère d'espace pour déployer son charisme habituel. Mais c'est Clovis Cornillac qui déçoit le plus avec son réalisateur excentrique au franglais insupportable et parfaitement artificiel. Dès ses premières minutes à l'écran, son jeu outrancier agace plus qu'il n'amuse, donnant l'impression d'un acteur qui surjoue pour masquer le vide de son personnage. Heureusement, Marc Riso et Christian Hecq dans les seconds rôles semblent prendre un plaisir évident à jouer leurs personnages, apportant une fraîcheur bienvenue dans cet ensemble trop consensuel.
Le larbin appartient finalement à cette catégorie de comédies françaises qui ne dérangent personne sans marquer les esprits. On ne passe pas un mauvais moment devant ce divertissement calibré, mais il n'en reste absolument rien une fois le générique terminé. Une comédie-kleenex qui confirme que le talent des réalisateurs s'épanouit davantage dans l'écriture que dans la mise en scène, comme l'avaient déjà prouvé leurs deux saisons réussies de la série Marianne. Pour retrouver le plaisir d'un vrai choc des époques, mieux vaut se replonger dans l'original Les visiteurs ou découvrir le Gosse de riche russe qui a inspiré cette adaptation paresseuse.
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