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· Julien   Lepage

La chambre des merveilles
Lisa Azuelos
2023

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Illustration de critique : La chambre des merveilles
Le cinéma français aime les mères courage. Lisa Azuelos, à qui l'on doit LOL et Mon inconnue, s'y colle à son tour avec La Chambre des Merveilles, road-trip sentimental porté par une Alexandra Lamy en mode pilote automatique émotionnel — ce qui, dans son cas, reste déjà au-dessus de la moyenne. Le film est adapté du roman éponyme de Jean-Michel Guenassia, paru en 2018, ce qui lui confère une ossature narrative solide, même si la mise en scène peine parfois à en exploiter tout le potentiel. Thelma, mère débordée et un rien absente, voit sa vie basculer quand son fils Louis, douze ans, tombe dans le coma après un accident. Plutôt que d'attendre, les bras croisés, que les médecins fassent leur travail, elle décide d'exaucer les dix rêves consignés dans le journal intime du gamin : des ambitions d'enfant mêlant le trivial et l'universel, qui l'emmèneront de Paris jusqu'au Japon en passant par diverses étapes plus ou moins improbables. L'idée est belle, franchement. Ce dispositif de la « bucket list » comme moteur narratif et comme thérapie de culpabilité maternelle possède une vraie charge émotionnelle, et le film le sait — parfois trop. Car c'est là que le bât blesse. Lisa Azuelos tient un concept fort, mais le film avance comme s'il avait peur de lui-même. Là où l'on attendrait de la tension — un vrai suspense sur les révélations de ce journal, une montée progressive vers le dénouement —, le récit s'étire, s'attarde sur des séquences dispensables et manque singulièrement de rythme. Chaque étape du périple aurait pu constituer un mini-arc dramatique; la plupart restent à l'état d'esquisse. On devine les intentions, on sent que quelque chose de plus dense aurait pu émerger, mais le film préfère rester à la surface de ses propres ambitions. C'est confortable. C'est aussi un peu fainéant. Thelma est un personnage qui aurait mérité davantage de zones d'ombre. Son sentiment de culpabilité, moteur de toute l'aventure, est posé très tôt et très clairement — trop clairement, peut-être. Le film ne la laisse jamais vraiment douter ni se contredire. Elle avance, elle accomplit, elle s'émeut. Le cheminement intérieur existe, mais il est balisé comme une autoroute. Louis, de son côté, reste une présence fantomatique, un enfant-prétexte dont les rêves nous en disent finalement peu sur sa personnalité propre. Le fait qu'il soit dans le coma n'excuse pas tout : d'autres films ont su rendre des absents bouleversants. Ce qui traverse pourtant le film avec une réelle sincérité, c'est sa façon d'aborder le rapport au temps, à l'enfance et aux rêves avortés. Lisa Azuelos semble y avoir mis quelque chose de personnel — elle a elle-même traversé des épreuves intenses, notamment la perte de proches, et cela se ressent dans certaines scènes où la légèreté revendiquée cède la place à une vraie mélancolie. Le message, un brin universaliste mais pas inepte, tient à peu près : il n'y a pas d'âge pour accomplir les rêves qu'on a remis à demain, et se donner la peine de rêver pour quelqu'un d'autre, c'est parfois la meilleure façon de se réconcilier avec soi-même. Côté réalisation, le film est propre, bien cadré, avec quelques belles images — notamment lors des séquences japonaises, lumineuses et dépaysantes. La bande originale fait le travail sans s'imposer. Rien de mémorable, rien d'embarrassant. Lisa Azuelos maîtrise son affaire sur le plan technique, mais on cherche en vain un regard, une signature, quelque chose qui distinguerait ce film d'un téléfilm haut de gamme. Alexandra Lamy, elle, est la bonne raison de tenir jusqu'au bout. Elle est investie, juste, et parvient à rendre crédible une trajectoire qui, sur le papier, frôle parfois le conte de fées thérapeutique. Elle porte des scènes entières à bout de bras, avec cette capacité qu'elle a de jouer l'émotion sans l'appuyer. C'est sans doute l'un de ses rôles les plus sérieux depuis Joyeux Noël, et elle ne déçoit pas. Muriel Robin, dans un second rôle, apporte la touche de chaleur attendue, sans surprise mais sans fausse note. Le reste du casting remplit sa fonction. Au final, La Chambre des Merveilles est un film qui aurait pu être grand et qui se contente d'être correct. L'émotion du dénouement fonctionne, le propos touche à l'essentiel, et Alexandra Lamy mérite qu'on lui accorde le bénéfice du doute. Mais on ressort avec la légère frustration d'un potentiel gâché, d'un récit qui n'a pas eu le courage d'aller jusqu'au bout de ce qu'il promettait. Les amateurs du genre trouveront leur compte — les autres risquent de décrocher en chemin. Pour une proposition plus aboutie dans la même veine, Intouchables ou La Famille Bélier restent des étalons plus convaincants de ce que le feel-good français peut accomplir quand il s'en donne la peine.
Ma note56%
Vu le 7 Août 2023


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