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· Julien   Lepage

La dernière partie
Ludovic Colbeau-Justin
2021

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Illustration de critique : La dernière partie
La dernière partie, téléfilm diffusé sur TF1 en novembre 2021, réunit un casting sur le papier alléchant : Franck Dubosc dans un registre inhabituellement grave, face à un Guy Marchand vieillissant, entouré de Macha Méril, Julie Gayet et Héléna Noguerra, le tout sous la direction de Ludovic Colbeau-Justin, avec qui Dubosc avait déjà collaboré sur Tout le monde debout en 2018. La genèse du projet est réelle et touchante : c'est Dubosc lui-même qui en a eu l'idée, après le décès de son père Lucien en 2002, emporté par la maladie de Charcot. Une façon, dit-il, de « vider son sac » et de dire à l'écran tout ce qu'il n'a jamais pu dire au sien. Il a confié son vécu au scénariste Jean-André Yerlès, connu notamment pour Fais pas ci, fais pas ça, pour en tirer un récit fictionnel situé à Sète — et non en Normandie, berceau réel de la famille — où Jean-Marie Winling, qui y tient un rôle secondaire, est d'ailleurs originaire. Christophe Maquet, avocat parisien flamboyant sur le point de recevoir la Légion d'honneur, apprend que son père Francis, atteint de la maladie de Charcot, a décidé d'organiser son départ assisté le jour même de la cérémonie. Soupçonnant une ultime provocation paternelle, il débarque à Sète pour trois jours, tiraillé entre la rancœur accumulée, la culpabilité latente et une réconciliation qui ne demande qu'à se produire. Les parties de Scrabble entre père et fils — qui donnent leur titre au film — serviront de cadre à des retrouvailles forcées, maladroites, et parfois attendrissantes. Le problème, c'est que toute la dimension personnelle et cathartique du projet peine à se traduire à l'écran. On aurait pu attendre d'un récit aussi intime qu'il force quelque chose d'un peu brut, d'un peu risqué — et c'est précisément ce qui manque. Le scénario de Yerlès applique avec soin les codes du drame familial télévisuel : la brouille père-fils jamais vraiment expliquée, l'ex-femme compréhensive, l'ami d'enfance qui remet les idées en place, le fils en colère qui finit par s'effondrer. Rien ne surprend vraiment, rien ne dérange. La fin de vie est abordée avec ironie et pudeur, ce qui peut se défendre, mais l'ensemble reste à une distance confortable du sujet, sans jamais oser la vraie confrontation que l'histoire méritait. Le personnage de Christophe en est le symptôme le plus flagrant. Mégalomane, égocentrique, incapable d'empathie, il est construit pour évoluer — mais cette évolution arrive trop proprement, trop vite, sans que le spectateur ait eu le temps de s'attacher à lui. Un personnage antipathique peut être fascinant, à condition qu'on lui trouve quelque chose à quoi s'accrocher, une faille sincère, un moment de grâce. Ici, on attend cette ouverture sans vraiment y croire, et quand elle arrive, elle a un goût de réchauffé. À l'inverse, Francis, le père mourant, aurait pu porter toute l'émotion du film — mais lui non plus ne suscite pas vraiment la pitié. Il a encore toute sa tête, une certaine autonomie, une présence pleine. Il fait de la peine, oui, mais la maladie de Charcot, pourtant redoutablement dégénérative, semble ici à peine effleurée dans ce qu'elle implique de pénible et de dégradant. On est loin d'un Amour de Haneke — la comparaison serait injuste — mais même en restant dans le registre du téléfilm grand public, on aurait souhaité un peu plus d'acuité. La question de la fin de vie et du deuil impossible est pourtant au cœur de ce que le film veut dire. Derrière Christophe, c'est manifestement Dubosc lui-même qui cherche à rejouer la scène qu'il n'a pas eue avec son père — dire ce qu'on n'a pas dit, entendre ce qu'on n'entendra plus. Ce motif, universel, est ce qui donne au film ses meilleurs moments, notamment dans les séquences plus intimes, débarrassées de toute tentative d'humour. Car les incursions comiques, sporadiques, tombent presque systématiquement à plat, ni assez légères pour souffler ni assez noires pour trancher. Techniquement, Colbeau-Justin fait du bon travail. La lumière du Sud-Est est bien utilisée, les extérieurs de Sète donnent au film une vraie respiration, et le découpage est propre. On n'est pas devant de la télévision bâclée — on est devant de la télévision bien faite, ce qui est déjà quelque chose. La bande-son reste dans les clous sans se signaler particulièrement. C'est du côté des acteurs que le film tient le mieux debout. Guy Marchand, méconnaissable, est sans conteste la vraie révélation du casting. À 82 ans, il habite Francis avec une sobriété et une justesse qui en font le personnage le plus humain du film — même si, on l'a dit, le scénario ne lui donne pas suffisamment à jouer dans sa dimension physique de malade. Macha Méril assure avec dignité le rôle de la mère. Héléna Noguerra, dans un second rôle lumineux, apporte une légèreté bienvenue. Quant à Dubosc lui-même, il parvient à sortir de ses habituelles postures de comique — sans pour autant totalement s'en défaire. Dans les scènes les plus intimes, il touche juste. Dans les autres, ses vieux réflexes reprennent le dessus. Au bout du compte, La dernière partie est un téléfilm honnête, porté par un casting solide et une intention sincère, mais qui ne parvient jamais à transformer l'essai. Le projet personnel de Dubosc valait mieux qu'une mise en forme aussi lisse. Les spectateurs qui ont connu un parent en fin de vie y trouveront probablement quelque chose d'utile à traverser — et c'est déjà beaucoup. Ceux qui espéraient un film sur la mort un peu plus courageux resteront sur leur faim. Ceux qui aiment Guy Marchand ne seront pas déçus. Pour un récit télévisuel autour de la fin de vie et de la réconciliation père-fils, on pensera à La vieille qui marchait dans la mer ou, plus récemment, à Mon père — des propositions qui, sans être des chefs-d'œuvre, assument davantage leurs partis pris.
Ma note50%
Vu le 19 Octobre 2023


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