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· Julien   Lepage

La maison du bonheur
Dany Boon
2006

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Illustration de critique : La maison du bonheur
Dans La maison du bonheur, Dany Boon endosse un double rôle : devant et derrière la caméra, pour une comédie tirée de sa propre pièce, La vie de chantier. Le pari est risqué, mais il a visiblement séduit Claude Berri, d'abord dubitatif, puis franchement conquis après une représentation sur scène. Le film, sorti en 2006, réunit une brochette de seconds rôles solides, dont Michèle Laroque, Daniel Prévost ou encore Zinedine Soualem. On aurait pu craindre un exercice d'autosatisfaction ou une simple captation de théâtre filmé. Finalement, c'est plus modeste… mais aussi plus efficace.

L'histoire, en apparence banale, suit Charles Boulin, un employé de Crédilem, radin notoire, qui décide de surprendre sa femme en lui offrant une maison. Ou plutôt une ruine. Escroqué par un agent immobilier, puis ruiné par une équipe d'artisans peu recommandables, Boulin s'enfonce peu à peu dans un cauchemar burlesque où les murs s'effondrent à mesure que sa vie se fissure. Le récit repose sur l'accumulation de galères, dans un crescendo de catastrophes ménagées avec une certaine rigueur comique.

Le scénario ne révolutionne rien. On reconnaît les ressorts classiques du boulevard : les mensonges en cascade, les quiproquos, les ruptures de ton. Tout est balisé, et l'on devine souvent la chute bien avant qu'elle ne se produise. Pourtant, cette mécanique un peu datée fonctionne ici avec un charme désuet. Parce que l'ensemble, même balourd par moments, ne cherche jamais à se donner des airs. La simplicité de l'écriture, combinée à un sens du rythme honnête, permet à l'humour de faire mouche plus souvent qu'on ne l'aurait cru. Il y a dans cette construction dramatique un petit côté Un million clé en main (avec Cary Grant), que le film revendique à demi-mot — mais à l'échelle banlieusarde et francilienne, avec du plâtre dans les narines et des sandwichs sur échafaudage.

Les personnages sont à la hauteur de ce que le cadre impose. Charles Boulin est une caricature de radin bienveillant, sincère dans sa volonté de bien faire, mais engoncé dans ses principes absurdes et ses scrupules économiques. Anne, sa femme, semble tout droit sortie d'un autre univers : cultivée, indépendante, elle incarne une normalité que le film prend soin de ne jamais ridiculiser. Le duo fonctionne d'autant mieux que l'intrigue ne cherche pas à opposer frontalement leurs mondes, mais à les rapprocher dans le chaos. Autour, les figures secondaires (le collègue, les ouvriers, l'agent immobilier, la fille rebelle) gravitent sans surprises, mais avec efficacité, chacune venant ajouter un peu de piment à l'effondrement progressif de cette maison de papier.

À travers cette histoire, le film touche au couple, à la communication, à la compromission, sans jamais appuyer lourdement ses effets. Il y a dans le fond une critique douce des apparences et des rôles sociaux — de ce que l'on cherche à offrir à l'autre pour se faire pardonner d'être soi. Le personnage de Boulin, pour risible qu'il soit, incarne aussi une forme de sincérité maladroite. Et ce n'est pas rien, dans une comédie. En filigrane, on sent même poindre un message sur la valeur des choses, la patience, le temps qui passe. Mais tout cela reste feutré, jamais démonstratif.

La réalisation est propre, sans éclat ni fioriture, mais elle remplit parfaitement son contrat. On sent que Boon est encore en phase d'apprentissage, s'entourant de collaborateurs solides (le chef opérateur Jean-Marie Dreujou, le compositeur Philippe Rombi) et comptant sur la précision du découpage plus que sur l'inventivité des plans. C'est simple, mais jamais bâclé. On retrouve dans certains passages le sens du tempo hérité du théâtre, sans que cela vire à la captation figée. Et la musique, bien que discrète, accompagne agréablement les variations de ton.

Côté interprétation, la surprise vient de Boon lui-même, étonnamment mesuré. Lui qui a tendance à en faire des tonnes dans ses personnages trouve ici un équilibre bienvenu. Il campe un radin touchant, jamais hystérique, et surtout crédible dans son obstination. Michèle Laroque, avec son humour à l'anglaise et sa gestuelle à contretemps, apporte une fraîcheur inattendue. Le duo fonctionne bien. Daniel Prévost, fidèle à lui-même, cabotine juste ce qu'il faut pour donner du relief à son rôle d'agent immobilier crapuleux. Et Zinedine Soualem compose un artisan lunaire dont la maladresse devient presqu'attendrissante. Le reste du casting, choisi par Boon lui-même jusqu'au moindre figurant, assure une continuité tonale et un vrai plaisir de jeu.

La maison du bonheur ne cherche pas à bouleverser le genre, ni même à se distinguer franchement. Et pourtant, le film séduit, presque malgré lui. Sa sincérité désarmante, son humour sans prétention, son casting bien tenu et sa mise en scène honnête font de cette comédie un moment agréable, qui fait mouche plus souvent qu'on ne l'attend. Pour une fois, j'ai ri avec Dany Boon. Et c'est suffisamment rare pour être souligné.
Ma note84%
Vu le 14 Février 2010


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