Les meilleurs récits de Wonder stories

L'histoire de la science-fiction, c'est souvent l'histoire de types un peu fous qui ont décidé, contre vents et marées économiques, de publier des magazines que personne ne prenait au sérieux. Hugo Gernsback était l'un d'eux : inventeur luxembourgo-américain, éditeur compulsif, visionnaire autoproclamé, qui, en 1929, lança Wonder sStories après avoir perdu le contrôle de son premier bébé, Amazing stories. C'est dans ce pulp cheap, imprimé sur du papier journal et vendu 25 cents le numéro, que le terme même de « science-fiction » fit sa première apparition écrite. Pas mal pour une revue que beaucoup considéraient à l'époque comme de la littérature de gare pour adolescents boutonneux.
Jacques Sadoul, lui, n'a jamais boudé son plaisir face à ces vieux magazines jaunis. Directeur éditorial de la collection J'ai Lu pendant plus de trente ans, collectionneur invétéré de pulps américains, il a consacré une bonne partie de sa carrière à faire découvrir aux lecteurs français ce patrimoine enfoui sous des décennies de mépris littéraire. Les meilleurs récits de Wonder stories, paru en 1976, s'inscrit dans une collection plus large qu'il pilote avec la même énergie : des volumes dédiés à Amazing stories, Weird tales, Planet stories et d'autres encore. C'est le cinquième tome d'une série qui ressemble à une œuvre de passeur autant que d'éditeur : Sadoul ne compile pas, il ressuscite.
Le principe du livre est simple : huit nouvelles tirées de Wonder stories entre 1929 et 1935, chacune précédée d'une courte introduction contextuelle signée Sadoul. On y croise Clark Ashton Smith et sa Cité de la flamme chantante, un récit d'exploration interdimensionnelle ancré dans un lieu réel, Crater ridge, dont Smith lui-même disait ne pas être tout à fait certain qu'il ne cachait pas entre ses rochers l'entrée d'un monde invisible. Il y a Stanley Weinbaum et son Odyssée martienne, texte le plus souvent reproduit dans les anthologies américaines et véritable tournant dans la représentation de l'extraterrestre : pour la première fois, l'alien n'est ni un monstre ni un humain déguisé, juste un être radicalement autre. On trouve aussi Leslie F. Stone avec La conquête de Gola, présentée par Sadoul comme la première histoire de SF où une femme réclame explicitement pour son sexe le droit au plaisir et à la liberté : en 1931, dans un pulp à 25 cents, ce n'est pas rien. Et puis Francis Flagg, Edmond Hamilton, Philip Barshofsky, et Gernsback lui-même qui signe L'éclair mortel ; autant dire que l'éditeur se glisse discrètement parmi ses propres auteurs.
Ce qui frappe à la lecture, c'est l'écart de qualité entre les textes. Les deux ou trois sommets du recueil sont franchement épatants : Smith déploie une prose quasi-onirique qui n'a pas grand-chose à envier à du Lovecraft, et L'odyssée martienne de Weinbaum possède encore aujourd'hui une fraîcheur conceptuelle réelle. Mais les textes plus mineurs pèsent sur l'ensemble. Le surhomme du Dr Jukes, c'est une histoire de super-héros avant l'heure avec un tueur à gages cobaye d'une injection de sérum, sympathique, mais anecdotique, et dont la chute frise le ridicule. Gernsback lui-même, grand théoricien du genre, n'est pas franchement un grand styliste : son texte se lit davantage comme un exposé scientifique avec vague prétexte narratif que comme une vraie nouvelle. On finit le livre avec ce sentiment un peu frustrant d'avoir tenu entre les mains quelque chose d'important sans que l'expérience de lecture soit entièrement à la hauteur de l'importance historique.
Sadoul, heureusement, sauve souvent la mise avec ses introductions. Courtes, informées, jamais pédantes, elles donnent à chaque texte une épaisseur que certains auraient du mal à dégager seuls. C'est là son vrai talent dans cette collection : transformer une lecture en leçon d'histoire sans qu'on ait l'impression d'ouvrir un manuel scolaire.
Jacques Sadoul, lui, n'a jamais boudé son plaisir face à ces vieux magazines jaunis. Directeur éditorial de la collection J'ai Lu pendant plus de trente ans, collectionneur invétéré de pulps américains, il a consacré une bonne partie de sa carrière à faire découvrir aux lecteurs français ce patrimoine enfoui sous des décennies de mépris littéraire. Les meilleurs récits de Wonder stories, paru en 1976, s'inscrit dans une collection plus large qu'il pilote avec la même énergie : des volumes dédiés à Amazing stories, Weird tales, Planet stories et d'autres encore. C'est le cinquième tome d'une série qui ressemble à une œuvre de passeur autant que d'éditeur : Sadoul ne compile pas, il ressuscite.
Le principe du livre est simple : huit nouvelles tirées de Wonder stories entre 1929 et 1935, chacune précédée d'une courte introduction contextuelle signée Sadoul. On y croise Clark Ashton Smith et sa Cité de la flamme chantante, un récit d'exploration interdimensionnelle ancré dans un lieu réel, Crater ridge, dont Smith lui-même disait ne pas être tout à fait certain qu'il ne cachait pas entre ses rochers l'entrée d'un monde invisible. Il y a Stanley Weinbaum et son Odyssée martienne, texte le plus souvent reproduit dans les anthologies américaines et véritable tournant dans la représentation de l'extraterrestre : pour la première fois, l'alien n'est ni un monstre ni un humain déguisé, juste un être radicalement autre. On trouve aussi Leslie F. Stone avec La conquête de Gola, présentée par Sadoul comme la première histoire de SF où une femme réclame explicitement pour son sexe le droit au plaisir et à la liberté : en 1931, dans un pulp à 25 cents, ce n'est pas rien. Et puis Francis Flagg, Edmond Hamilton, Philip Barshofsky, et Gernsback lui-même qui signe L'éclair mortel ; autant dire que l'éditeur se glisse discrètement parmi ses propres auteurs.
Ce qui frappe à la lecture, c'est l'écart de qualité entre les textes. Les deux ou trois sommets du recueil sont franchement épatants : Smith déploie une prose quasi-onirique qui n'a pas grand-chose à envier à du Lovecraft, et L'odyssée martienne de Weinbaum possède encore aujourd'hui une fraîcheur conceptuelle réelle. Mais les textes plus mineurs pèsent sur l'ensemble. Le surhomme du Dr Jukes, c'est une histoire de super-héros avant l'heure avec un tueur à gages cobaye d'une injection de sérum, sympathique, mais anecdotique, et dont la chute frise le ridicule. Gernsback lui-même, grand théoricien du genre, n'est pas franchement un grand styliste : son texte se lit davantage comme un exposé scientifique avec vague prétexte narratif que comme une vraie nouvelle. On finit le livre avec ce sentiment un peu frustrant d'avoir tenu entre les mains quelque chose d'important sans que l'expérience de lecture soit entièrement à la hauteur de l'importance historique.
Sadoul, heureusement, sauve souvent la mise avec ses introductions. Courtes, informées, jamais pédantes, elles donnent à chaque texte une épaisseur que certains auraient du mal à dégager seuls. C'est là son vrai talent dans cette collection : transformer une lecture en leçon d'histoire sans qu'on ait l'impression d'ouvrir un manuel scolaire.
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