LOL : qui rit, sort ! (saison 3)
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C'est l'une de ces émissions qui n'auraient probablement jamais dû marcher autant. Le concept — dix célébrités enfermées six heures dans un loft avec pour seule règle de ne pas rire — sentait le gadget importé un peu vite d'un modèle nippon, le Documental d'Hitoshi Matsumoto, qui fonctionnait surtout grâce à l'humour absurde et répétitif d'une culture comique très spécifique. La version française, lancée par Philippe Lacheau, avait livré deux premières saisons correctes mais inégales — des temps morts, des candidats campeurs, un montage télévisuel agaçant qui ressassait les mêmes scènes comme si le téléspectateur avait une mémoire de poisson rouge. Puis vint cette troisième saison, réalisée par Sébastien Zibi, diffusée sur Amazon Prime Video en mars 2023, avec un casting qui fait immédiatement monter les attentes d'un cran : Leïla Bekhti, Jonathan Cohen, François Damiens, Virginie Efira, Gad Elmaleh, Adèle Exarchopoulos, Laura Felpin, Paul Mirabel, Géraldine Nakache et Pierre Niney. Le principe n'a pas bougé d'un poil : six heures de jeu, un carton jaune au premier éclat de rire, un carton rouge au deuxième, et 50 000 euros pour l'association du vainqueur. Ce qui change, c'est l'énergie du groupe. Une grande partie du casting provient de Le Flambeau, la comédie Canal+ de Cohen qui avait fait un malheur, et cette connivence préexistante entre les participants se ressent immédiatement : on est moins dans la méfiance polie des premières saisons que dans quelque chose qui ressemble à une bande de copains décidés à se mettre mutuellement sur les genoux. C'est là que le format respire enfin. Le format, justement, reste structuré autour des mêmes mécaniques : des cartes joker permettant d'inviter des intervenants extérieurs, des saynètes préparées, des improvisations spontanées. Les présentations des candidats, plus cinématographiques que par le passé — des petits courts-métrages plutôt qu'une simple présentation télé-réalité — donnent le ton d'une saison qui assume davantage son ambition. L'introduction mettant en scène Efira et Exarchopoulos en train de concocter une potion d'invincibilité au rire est un joli clin d'œil, pas dénué d'humour. En revanche, les face-caméra entre les séquences — ce vestige télévisuel hérité des émissions de M6 des années 2000 — continuent de plomber le rythme et de rappeler douloureusement que LOL est, quoi qu'on en dise, un produit de flux habillé en série. Les personnalités qui émergent dans cet espace confiné sont au fond les mêmes que les personnalités publiques qu'on connaît, mais sous pression. Cohen est dans son élément naturel : il déborde, improvise, fabrique des situations absurdes du néant avec une facilité déconcertante, et son duo avec Niney constitue incontestablement l'épine dorsale de cette saison. Niney, César en poche pour Frantz, révèle ici une facette que le grand public ne lui connaissait peut-être pas aussi bien : un sens du timing comique redoutable, une capacité à construire des gags sur la durée, et une obstination offensive qui lui vaudra finalement la victoire — désigné gagnant face à Paul Mirabel lors d'une finale indécise, pour avoir infligé le plus grand nombre de cartons à ses adversaires. Il reverse ses 50 000 euros à l'Association Robert Debré pour la recherche médicale. L'élément de surprise de cette saison porte un prénom : Laura. L'humoriste, révélation de la scène stand-up française, joue sa carte joker avec une ambition folle : elle incarne une monitrice d'auto-école qui fête son départ à la retraite entourée d'anciens élèves, parmi lesquels surgit Georges-Alain Jones — candidat emblématique de la Star Academy 2 et véritable fantôme de la télé des années 2000 — que Felpin a elle-même réussi à convaincre de participer, aidée, apparemment, par le fait qu'il s'agit de son père. Cohen, qui le reconnaît en quelques secondes, n'en revient pas. C'est le moment le plus mémorable de la saison, et l'un des plus réussis de toute la série. Felpin prouve ici qu'elle n'est pas venue pour se faire voir, mais pour gagner. Du côté des déceptions, Damiens — dont on espérait beaucoup vu son registre de caméra cachée et de provocation — se montre plus en retrait que prévu, comme s'il cherchait encore son angle. Elmaleh, lui, n'apporte pas vraiment au jeu. Et puis il y a Paul Mirabel. L'humoriste aux millions d'abonnés semble traverser l'émission en mode veille, adoptant une stratégie de survie qui consiste essentiellement à ne rien faire et à réagir mollement aux initiatives des autres. C'est techniquement valide comme tactique — il atteint quand même la finale — mais c'est d'un ennui poli qui contraste violemment avec l'énergie du reste du groupe. On peut lui reconnaître une imperméabilité au rire quasi clinique, mais une émission d'humour où l'on ne rit pas en regardant quelqu'un, c'est un problème. Sur le plan de la mise en scène, Zibi ne réinvente pas la roue — difficile de révolutionner le genre avec une caméra fixe dans un loft — mais il gère l'espace, le montage et les ruptures de rythme avec plus de doigté que ses prédécesseurs. La bande-son reste discrète, fonctionnelle, et la direction artistique du plateau n'a pas vraiment évolué depuis les premières saisons. L'émission assume sa nature hybride entre télé-réalité et divertissement de streaming sans jamais vraiment trancher, ce qui lui confère cet air de produit légèrement schizophrène qui peine à s'affranchir des conventions du petit écran traditionnel. Cette saison 3 est sans doute la plus aboutie de la série depuis ses débuts, et on y passe de vrais bons moments, notamment grâce à un duo Cohen-Niney en état de grâce et à la performance mémorable de Felpin. Mais elle reste prisonnière de ses propres limites structurelles : un format qui s'étire, un montage télévisuel parfois épuisant et quelques participants dont on aurait pu se passer. Pour ceux que le concept tente, le Documental de Matsumoto reste la référence originelle, plus brutale et moins policée. Pour les autres, cette saison française est un cru honnête, inégal mais attachant, à condition d'accepter que tout le monde n'y soit pas à sa place.
Ma note67%
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