Lovely bones
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Lovely bones est un film de Peter Jackson sorti en 2009, qui marque une étape singulière dans la carrière du réalisateur néo-zélandais, bien connu pour avoir orchestré la démesure épique du Seigneur des anneaux et de King Kong. Ici, il délaisse les paysages de la Terre du Milieu pour s'aventurer dans un autre entre-deux mondes : celui, suspendu, d'une adolescente assassinée, entre la vie et la mort. Le projet est ambitieux, délicat et risqué, porté par un casting hétéroclite — Saoirse Ronan, Mark Wahlberg, Rachel Weisz, Stanley Tucci, Susan Sarandon — et adapté du roman La nostalgie de l'ange d'Alice Sebold, récit à la fois traumatique et poétique.
Susie Salmon, 14 ans, est assassinée dans un champ, quelque part dans une banlieue tranquille des années 70. Depuis un au-delà mouvant, l'entre-deux mondes, elle observe les vivants : son père qui cherche à comprendre, sa mère qui fuit, sa sœur qui doute, son petit frère trop jeune pour tout saisir… et son meurtrier, qui vit à quelques mètres. Le film déroule alors cette étrange attente : Susie ne peut rien faire, mais voit tout. L'enquête avance à tâtons, les émotions circulent entre ciel et terre, et ce purgatoire lumineux devient le théâtre de ses sentiments. Au cœur de ce récit, la question n'est pas tant de résoudre un crime que d'accepter une perte.
C'est là que le scénario vacille. Il mêle les genres — drame familial, thriller, film fantastique, fable métaphysique — sans toujours parvenir à en dompter la cohabitation. On passe d'un moment de grâce à une séquence embarrassante, d'une tension soutenue à une langueur molle. Parfois, le film frôle le sublime, notamment dans les instants où les émotions s'expriment sans mots : ce champ de blé qui devient mer, cette bouteille échouée sur une plage onirique, ces maquettes détruites par un père dévasté. D'autres fois, l'image se perd dans des fonds d'écran Windows et des ciels violets kitsch. Le film semble alors vouloir tout dire, tout montrer, au risque de noyer l'essentiel. On sent l'envie de poésie, mais parfois elle sonne creux, trop sucrée pour vraiment bouleverser.
Les personnages, pourtant, sont écrits avec une certaine finesse. Susie, bien sûr, sorte de narratrice fantôme, incarne la candeur fauchée et la colère douce. Elle est à la fois spectatrice et absente, ce qui rend son arc frustrant, mais logique dans la mécanique du deuil. Jack, son père, suit une trajectoire obsessionnelle qui l'éloigne du monde, Abigail, la mère, se retire pour ne pas sombrer. Et George Harvey, le tueur, glaçant de banalité, est justement terrifiant parce qu'il n'a rien d'un monstre spectaculaire : juste un type discret, gris, tapi dans l'ombre. À noter d'ailleurs que certains acteurs avaient refusé le rôle, trop éprouvant à endosser.
Le thème du film est d'autant plus poignant qu'il ne repose pas uniquement sur le deuil ou la justice, mais sur le passage, l'acceptation, la reconstruction. On ne voit pas le Paradis mais un entre-deux fluide, psychédélique parfois, malléable, qui s'adapte aux émotions de Susie. Il ne s'agit pas d'un purgatoire religieux, mais d'un espace intime, esthétique et sensible, un écho du monde réel filtré par l'imaginaire. Dans ses meilleurs moments, ce parti pris fonctionne : on sent l'amour, la perte, le manque, la beauté même dans la douleur. Mais quand le film force l'émotion ou alourdit son symbolisme, on décroche.
Techniquement, Peter Jackson ne triche pas : deux caméras, un soin méticuleux des cadres, les effets de Weta Digital, une direction artistique travaillée jusque dans les moindres détails. Mais ce déploiement visuel dessert parfois son propos. Ce monde des limbes est censé être onirique, mais il verse souvent dans l'esthétisme creux. On pense à Au-delà de nos rêves ou à certaines séquences des Harry Potter récents, quand l'image veut tellement être « belle » qu'elle perd en justesse. Même la bande-son de Brian Eno, d'habitude si inspirée, peine à faire vibrer autre chose qu'un spleen flou.
Heureusement, la distribution sauve l'ensemble. Saoirse Ronan, à tout juste quinze ans, apporte à Susie une profondeur sans pathos, une mélancolie cristalline. Stanley Tucci est impressionnant dans l'horreur contenue, si bien qu'on oublie parfois qu'il s'agit d'un acteur. Mark Wahlberg, d'ordinaire plus à l'aise dans l'action, se montre crédible en père en deuil, même s'il est parfois un peu en surjeu. Susan Sarandon joue la grand-mère exubérante avec un humour étrange, mais qui apporte un contrepoint bienvenu au drame.
En définitive, Lovely bones est un film profondément inégal. Il ne manque ni de cœur ni d'ambition, et certaines séquences sont réellement marquantes. Mais à force de vouloir tout embrasser — le merveilleux, le drame, le thriller, la parabole, l'expérimental — il finit par manquer sa cible émotionnelle. C'est un film qui peut autant déranger qu'émouvoir, autant fasciner que lasser. On en ressort troublé, pas totalement convaincu, mais incapable de l'ignorer. Peut-être parce qu'il a cette étrangeté-là, cette sincérité désordonnée qui, même quand elle trébuche, laisse une empreinte.
Susie Salmon, 14 ans, est assassinée dans un champ, quelque part dans une banlieue tranquille des années 70. Depuis un au-delà mouvant, l'entre-deux mondes, elle observe les vivants : son père qui cherche à comprendre, sa mère qui fuit, sa sœur qui doute, son petit frère trop jeune pour tout saisir… et son meurtrier, qui vit à quelques mètres. Le film déroule alors cette étrange attente : Susie ne peut rien faire, mais voit tout. L'enquête avance à tâtons, les émotions circulent entre ciel et terre, et ce purgatoire lumineux devient le théâtre de ses sentiments. Au cœur de ce récit, la question n'est pas tant de résoudre un crime que d'accepter une perte.
C'est là que le scénario vacille. Il mêle les genres — drame familial, thriller, film fantastique, fable métaphysique — sans toujours parvenir à en dompter la cohabitation. On passe d'un moment de grâce à une séquence embarrassante, d'une tension soutenue à une langueur molle. Parfois, le film frôle le sublime, notamment dans les instants où les émotions s'expriment sans mots : ce champ de blé qui devient mer, cette bouteille échouée sur une plage onirique, ces maquettes détruites par un père dévasté. D'autres fois, l'image se perd dans des fonds d'écran Windows et des ciels violets kitsch. Le film semble alors vouloir tout dire, tout montrer, au risque de noyer l'essentiel. On sent l'envie de poésie, mais parfois elle sonne creux, trop sucrée pour vraiment bouleverser.
Les personnages, pourtant, sont écrits avec une certaine finesse. Susie, bien sûr, sorte de narratrice fantôme, incarne la candeur fauchée et la colère douce. Elle est à la fois spectatrice et absente, ce qui rend son arc frustrant, mais logique dans la mécanique du deuil. Jack, son père, suit une trajectoire obsessionnelle qui l'éloigne du monde, Abigail, la mère, se retire pour ne pas sombrer. Et George Harvey, le tueur, glaçant de banalité, est justement terrifiant parce qu'il n'a rien d'un monstre spectaculaire : juste un type discret, gris, tapi dans l'ombre. À noter d'ailleurs que certains acteurs avaient refusé le rôle, trop éprouvant à endosser.
Le thème du film est d'autant plus poignant qu'il ne repose pas uniquement sur le deuil ou la justice, mais sur le passage, l'acceptation, la reconstruction. On ne voit pas le Paradis mais un entre-deux fluide, psychédélique parfois, malléable, qui s'adapte aux émotions de Susie. Il ne s'agit pas d'un purgatoire religieux, mais d'un espace intime, esthétique et sensible, un écho du monde réel filtré par l'imaginaire. Dans ses meilleurs moments, ce parti pris fonctionne : on sent l'amour, la perte, le manque, la beauté même dans la douleur. Mais quand le film force l'émotion ou alourdit son symbolisme, on décroche.
Techniquement, Peter Jackson ne triche pas : deux caméras, un soin méticuleux des cadres, les effets de Weta Digital, une direction artistique travaillée jusque dans les moindres détails. Mais ce déploiement visuel dessert parfois son propos. Ce monde des limbes est censé être onirique, mais il verse souvent dans l'esthétisme creux. On pense à Au-delà de nos rêves ou à certaines séquences des Harry Potter récents, quand l'image veut tellement être « belle » qu'elle perd en justesse. Même la bande-son de Brian Eno, d'habitude si inspirée, peine à faire vibrer autre chose qu'un spleen flou.
Heureusement, la distribution sauve l'ensemble. Saoirse Ronan, à tout juste quinze ans, apporte à Susie une profondeur sans pathos, une mélancolie cristalline. Stanley Tucci est impressionnant dans l'horreur contenue, si bien qu'on oublie parfois qu'il s'agit d'un acteur. Mark Wahlberg, d'ordinaire plus à l'aise dans l'action, se montre crédible en père en deuil, même s'il est parfois un peu en surjeu. Susan Sarandon joue la grand-mère exubérante avec un humour étrange, mais qui apporte un contrepoint bienvenu au drame.
En définitive, Lovely bones est un film profondément inégal. Il ne manque ni de cœur ni d'ambition, et certaines séquences sont réellement marquantes. Mais à force de vouloir tout embrasser — le merveilleux, le drame, le thriller, la parabole, l'expérimental — il finit par manquer sa cible émotionnelle. C'est un film qui peut autant déranger qu'émouvoir, autant fasciner que lasser. On en ressort troublé, pas totalement convaincu, mais incapable de l'ignorer. Peut-être parce qu'il a cette étrangeté-là, cette sincérité désordonnée qui, même quand elle trébuche, laisse une empreinte.
Ma note59%
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