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· Julien   Lepage

Le pacte des loups
Christophe Gans
2001

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Illustration de critique : Le pacte des loups
Dès la première scène du Pacte des loups, on sent déjà le désastre qui s'annonce. Imaginez une jeune femme au décolleté plongeant poursuivie dans la campagne française du XVIIIe siècle, pour finir suspendue en l'air, agitée comme une marionnette par un ennemi invisible. Ce spectacle grotesque donne immédiatement le ton de ce que sera ce film de Christophe Gans, sorti en 2001, avec Samuel Le Bihan, Mark Dacascos, Vincent Cassel et Monica Bellucci.

S'inspirant de la véritable légende de la Bête du Gévaudan, qui fit plus d'une centaine de victimes entre 1764 et 1767, le film nous présente le chevalier Grégoire de Fronsac (Le Bihan), naturaliste envoyé par le roi pour enquêter sur cette mystérieuse créature. Il est accompagné de Mani (Dacascos), un guerrier iroquois maîtrisant les arts martiaux (parce que pourquoi pas?). Au fil de l'enquête, ils rencontrent l'énigmatique Marianne de Morangias (Émilie Dequenne) et son inquiétant frère Jean-François (Cassel), et découvrent progressivement un complot impliquant une mystérieuse confrérie cherchant à discréditer la monarchie.

Le scénario est d'une médiocrité confondante. Gans a voulu moderniser le film historique en y introduisant des éléments totalement anachroniques, comme des arts martiaux asiatiques pratiqués par un Amérindien au fin fond de la Lozère du XVIIIe siècle. Alors que la véritable histoire de la Bête du Gévaudan possède déjà tous les ingrédients d'un récit captivant, le film s'embourbe dans des sous-intrigues inutiles et des rebondissements prévisibles. Les indices menant à l'identité du méchant sont si grossiers que même un enfant de dix ans aurait résolu l'énigme en moins d'une heure.

Les personnages sont tout aussi caricaturaux. Fronsac est le héros typique, sans profondeur ni nuance. Mani accumule tous les clichés imaginables sur les Amérindiens : sagesse mystique, connexion spirituelle avec la nature, capacités physiques surnaturelles… Marianne est la demoiselle en détresse qui tente timidement de s'affirmer, tandis que Jean-François arbore dès sa première apparition les traits évidents du méchant torturé.

Le film tente maladroitement d'aborder certains thèmes comme le pouvoir de la superstition face à la science naissante, l'opposition entre traditions et modernité, ou encore les prémices de la Révolution française. Mais ces sujets potentiellement riches sont traités avec une telle superficialité qu'ils se perdent dans l'absurdité générale du récit. La dimension politique est particulièrement mal exploitée, se résumant à « des aristocrates malveillants déguisent un lion en monstre pour faire peur aux paysans et ainsi discréditer le roi ». Sérieusement ?

C'est dans sa réalisation que le film atteint des sommets de ridicule. Gans semble avoir découvert tous les effets spéciaux disponibles en 2001 et a décidé de les utiliser sans discernement. Les ralentis interminables, les zooms intempestifs, les fondus enchaînés entre chaque plan… on dirait un étudiant en cinéma qui aurait eu accès pour la première fois à une table de montage. Les scènes d'action, censées être le point fort du film, sont d'une ridicule absurdité. Les combats chorégraphiés rappellent davantage une parodie des Misérables façon arts martiaux qu'une séquence crédible dans la France du XVIIIe siècle.

Quant à la créature elle-même, l'effet est catastrophique. Le mélange d'animatronique et d'effets numériques primitifs produit un monstre qui semble tout droit sorti d'un jeu vidéo de l'époque. La première apparition complète de la bête, au lieu d'inspirer la terreur, provoque un fou rire incontrôlable.

Du côté des acteurs, c'est la débandade générale. Le Bihan semble constamment perdu, comme s'il ne comprenait pas lui-même ce qu'il faisait dans ce film. Dacascos, habituellement à l'aise dans les rôles d'action, se retrouve réduit à jouer l'Indien mystique avec un sérieux qui frise le comique involontaire. Cassel cabotine à outrance, transformant son personnage en vilain de pantomime. Même Jean Yanne et Jean-François Stévenin, acteurs de talent, semblent complètement dépassés par l'absurdité de leurs rôles. Seule Monica Bellucci tire son épingle du jeu, mais c'est surtout parce que son rôle se limite essentiellement à être belle et mystérieuse — ce qui est, reconnaissons-le, dans ses cordes.

Plus de dix ans après sa sortie, Le pacte des loups apparaît comme un témoignage embarrassant d'une certaine vision du cinéma français de genre, un film qui voulait concurrencer Hollywood avec ses propres codes, mais qui n'a réussi qu'à produire un navet prétentieux. Il est difficile de comprendre comment ce film a pu connaître un tel succès à sa sortie, si ce n'est par l'effet de nouveauté et une campagne marketing efficace.

Si vous cherchez un bon film sur cette période historique, tournez-vous plutôt vers Ridicule de Patrice Leconte ou La Révolution française. Et si vous voulez explorer la légende de la Bête du Gévaudan, lisez plutôt les excellents ouvrages historiques sur le sujet — ils sont bien plus captivants que cette mascarade cinématographique qui n'a de loup que le nom et de pacte que celui que le réalisateur semble avoir fait avec le Diable du mauvais goût.
Ma note6%
Vu le 4 Août 2013


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