Les yeux de la forêt
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Un film d'horreur estampillé Disney avec Bette Davis en grand-mère éplorée, une forêt brumeuse anglaise, une enfant disparue depuis trente ans, et une ambiance vaguement gothique ? Il n'en fallait pas plus pour attiser ma curiosité. Sorti en 1980, réalisé par John Hough (à qui l'on doit le très moyen Hurlements 4, mais aussi le plutôt réussi Incubus), Les yeux de la forêt appartient à cette courte période où Disney tentait — parfois maladroitement — de séduire un public plus adolescent. Après l'échec du Trou noir, le studio retente une incursion du côté du fantastique, en lorgnant cette fois vers l'épouvante, mais avec des gants de soie.
L'histoire suit la famille Curtis, fraîchement installée dans un vieux manoir niché en pleine campagne britannique. Deux filles, Jan l'aînée, et Ellie, sa cadette un brin espiègle, accompagnent leurs parents artistes dans cette retraite bucolique. Très vite, Jan ressent des choses étranges, est sujette à des visions, croit voir une jeune fille aux yeux bandés dans un miroir et commence à entendre des voix. Tout cela aurait de quoi glacer le sang, mais on reste ici dans un registre très soft, calibré pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes. La forêt voisine semble receler un lourd secret, et c'est autour de cette disparition vieille de trois décennies que s'articule une enquête menée en douce par les enfants.
Sur le papier, c'est alléchant. Un manoir hanté, une vieille dame mystérieuse, un chien nommé « Nerak » (tiens donc…), des cérémonies nocturnes et des triangles de lumière dans les bois… Tout était réuni pour une atmosphère inquiétante à la Maison du Diable. Mais le scénario s'éparpille un peu trop. On sent qu'on a voulu complexifier l'intrigue avec un soupçon de science-fiction, quelques relents occultes et des éléments de possession, mais l'ensemble reste trop sage pour vraiment convaincre. Le récit manque de densité, certaines scènes tombent à plat, et les dialogues peinent à donner de la chair aux mystères qu'ils brassent.
Les personnages sont, pour la plupart, des archétypes assez convenus. Jan incarne l'adolescente courageuse et intuitive, portée par une forme de connexion surnaturelle avec le passé. Sa petite sœur Ellie est le ressort comique involontaire, bavarde et fantasque, un peu à la Gertie dans E.T.. Les figures adultes, elles, se partagent entre la vieille veuve endeuillée, les parents absents, et les voisins étrangement silencieux. Personne ne se détache vraiment, si ce n'est cette fameuse Mme Aylwood, figure aussi bienveillante qu'inquiétante, dont la solitude recèle un traumatisme plus grand.
Il y a pourtant des thématiques intéressantes derrière cette histoire : le deuil, la culpabilité, la quête de vérité, et cette idée troublante d'un échange interdimensionnel, qui rappelle autant certains récits de Ray Bradbury que les épisodes les plus étranges de La quatrième dimension. On parle de disparition, de mémoire collective, d'oubli volontaire. Et ce n'est pas innocent si l'héroïne ressemble trait pour trait à l'enfant disparue. Tout tourne autour de la question de la substitution, de l'échange. Mais ces pistes sont à peine effleurées, comme si le film n'osait pas aller au bout de ses idées. Peut-être à cause du cahier des charges Disney, ou d'un souci de lisibilité pour le jeune public.
Sur le plan de la réalisation, John Hough s'en sort plutôt bien. Il use de la caméra subjective avec parcimonie, mais à bon escient, et offre quelques beaux plans atmosphériques, notamment dans la forêt ou à l'intérieur de la chapelle en ruine. La photographie d'Alan Hume donne parfois de jolies ambiances crépusculaires, même si l'ensemble manque un peu de souffle. La musique de Stanley Myers participe efficacement à l'ambiance, en cultivant cette inquiétude diffuse propre aux récits d'enfance qui flirtent avec l'étrange.
Côté interprétation, on notera sans surprise la prestation solide de Bette Davis, impressionnante de présence malgré la relative simplicité de son rôle. Elle joue juste, sans jamais en faire trop, et parvient à faire exister Mme Aylwood entre douleur contenue et étrangeté latente. Lynn-Holly Johnson, en revanche, n'est pas toujours très à l'aise : elle semble figée dans une expression unique, un brin monotone, qui nuit à l'implication émotionnelle. Kyle Richards, future vedette de télé-réalité, est charmante dans le rôle de la petite sœur, même si son personnage aurait mérité un peu plus de nuance. Le reste du casting tient la route, sans éclats particuliers.
Les yeux de la forêt est un film attachant, inégal, mais sincère. L'atmosphère fonctionne souvent, le mystère tient à peu près en haleine jusqu'au dernier quart d'heure, mais le dénouement tombe comme un cheveu sur la soupe. La dernière scène, censée tout éclairer, alourdit inutilement un film qui s'en serait mieux tiré avec une ellipse ou un non-dit plus élégant. Reste ce curieux mélange des genres, entre fantastique, science-fiction et drame familial, qui donne au film une singularité qu'on ne peut nier. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est un essai intriguant, un peu bancal, un peu daté, mais pas sans charme.
L'histoire suit la famille Curtis, fraîchement installée dans un vieux manoir niché en pleine campagne britannique. Deux filles, Jan l'aînée, et Ellie, sa cadette un brin espiègle, accompagnent leurs parents artistes dans cette retraite bucolique. Très vite, Jan ressent des choses étranges, est sujette à des visions, croit voir une jeune fille aux yeux bandés dans un miroir et commence à entendre des voix. Tout cela aurait de quoi glacer le sang, mais on reste ici dans un registre très soft, calibré pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes. La forêt voisine semble receler un lourd secret, et c'est autour de cette disparition vieille de trois décennies que s'articule une enquête menée en douce par les enfants.
Sur le papier, c'est alléchant. Un manoir hanté, une vieille dame mystérieuse, un chien nommé « Nerak » (tiens donc…), des cérémonies nocturnes et des triangles de lumière dans les bois… Tout était réuni pour une atmosphère inquiétante à la Maison du Diable. Mais le scénario s'éparpille un peu trop. On sent qu'on a voulu complexifier l'intrigue avec un soupçon de science-fiction, quelques relents occultes et des éléments de possession, mais l'ensemble reste trop sage pour vraiment convaincre. Le récit manque de densité, certaines scènes tombent à plat, et les dialogues peinent à donner de la chair aux mystères qu'ils brassent.
Les personnages sont, pour la plupart, des archétypes assez convenus. Jan incarne l'adolescente courageuse et intuitive, portée par une forme de connexion surnaturelle avec le passé. Sa petite sœur Ellie est le ressort comique involontaire, bavarde et fantasque, un peu à la Gertie dans E.T.. Les figures adultes, elles, se partagent entre la vieille veuve endeuillée, les parents absents, et les voisins étrangement silencieux. Personne ne se détache vraiment, si ce n'est cette fameuse Mme Aylwood, figure aussi bienveillante qu'inquiétante, dont la solitude recèle un traumatisme plus grand.
Il y a pourtant des thématiques intéressantes derrière cette histoire : le deuil, la culpabilité, la quête de vérité, et cette idée troublante d'un échange interdimensionnel, qui rappelle autant certains récits de Ray Bradbury que les épisodes les plus étranges de La quatrième dimension. On parle de disparition, de mémoire collective, d'oubli volontaire. Et ce n'est pas innocent si l'héroïne ressemble trait pour trait à l'enfant disparue. Tout tourne autour de la question de la substitution, de l'échange. Mais ces pistes sont à peine effleurées, comme si le film n'osait pas aller au bout de ses idées. Peut-être à cause du cahier des charges Disney, ou d'un souci de lisibilité pour le jeune public.
Sur le plan de la réalisation, John Hough s'en sort plutôt bien. Il use de la caméra subjective avec parcimonie, mais à bon escient, et offre quelques beaux plans atmosphériques, notamment dans la forêt ou à l'intérieur de la chapelle en ruine. La photographie d'Alan Hume donne parfois de jolies ambiances crépusculaires, même si l'ensemble manque un peu de souffle. La musique de Stanley Myers participe efficacement à l'ambiance, en cultivant cette inquiétude diffuse propre aux récits d'enfance qui flirtent avec l'étrange.
Côté interprétation, on notera sans surprise la prestation solide de Bette Davis, impressionnante de présence malgré la relative simplicité de son rôle. Elle joue juste, sans jamais en faire trop, et parvient à faire exister Mme Aylwood entre douleur contenue et étrangeté latente. Lynn-Holly Johnson, en revanche, n'est pas toujours très à l'aise : elle semble figée dans une expression unique, un brin monotone, qui nuit à l'implication émotionnelle. Kyle Richards, future vedette de télé-réalité, est charmante dans le rôle de la petite sœur, même si son personnage aurait mérité un peu plus de nuance. Le reste du casting tient la route, sans éclats particuliers.
Les yeux de la forêt est un film attachant, inégal, mais sincère. L'atmosphère fonctionne souvent, le mystère tient à peu près en haleine jusqu'au dernier quart d'heure, mais le dénouement tombe comme un cheveu sur la soupe. La dernière scène, censée tout éclairer, alourdit inutilement un film qui s'en serait mieux tiré avec une ellipse ou un non-dit plus élégant. Reste ce curieux mélange des genres, entre fantastique, science-fiction et drame familial, qui donne au film une singularité qu'on ne peut nier. Ce n'est pas une réussite totale, mais c'est un essai intriguant, un peu bancal, un peu daté, mais pas sans charme.
Ma note66%
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