Magnolia
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Il y a des films qui laissent une empreinte immédiate, d'autres qui demandent du temps pour se révéler, et puis il y a ceux qui, malgré tous les efforts qu'on y met, laissent une impression de rendez-vous manqué. Magnolia, réalisé par Paul Thomas Anderson en 1999, fait partie de cette dernière catégorie. Après le succès critique de Boogie nights, Anderson avait carte blanche. Il en a profité pour empiler les personnages, les intrigues, les références, les intentions. On sent qu'il veut bien faire, qu'il veut tout dire, tout embrasser. Le résultat ? Trois heures de film, une ambitieuse mécanique choral, et une pluie de grenouilles.
Le film suit les destins parallèles d'une galerie de personnages qui gravitent autour de la vallée de San Fernando : un vieux magnat mourant, son infirmier dévoué, une épouse en crise de conscience, un présentateur de jeu télévisé, sa fille toxicomane, un enfant génie, un ancien champion pathétique, un policier solitaire, et Frank T. J. Mackey, un gourou de la virilité en croisade contre la tendresse. Les histoires s'entrelacent vaguement autour de thèmes communs, de souvenirs communs, parfois de visages communs, mais rarement d'actions partagées. On attend, tout au long du film, ce moment où le tableau prendra sens. Et on attend longtemps.
Le scénario donne une impression de maquette trop chargée, comme si chaque idée d'écriture avait été gardée par peur d'en perdre la poésie. L'introduction du film, divisée en trois « légendes urbaines », promet un jeu fascinant sur le hasard, le destin, les coïncidences. On s'attend à un grand puzzle à la Short cuts ou à la Amours chiennes. Mais très vite, les pièces cessent de s'imbriquer. Le rythme devient chaotique, l'attente se mue en frustration, et les croisements attendus entre les personnages se révèlent mineurs, parfois inexistants. On a du mal à croire que ces destins se percutent ; ils se frôlent, au mieux.
Certains personnages intriguent, d'autres fatiguent. Frank Mackey détonne par son extrêmisant pathos mélangé à une espèce de théâtralité volontaire. Donnie Smith, lui, traîne une nostalgie surjouée d'enfant star avorté. Stanley, le petit prodige, suscite l'empathie, mais son histoire semble condamnée à rester en suspens. Le policier, Jim Kurring, devient un fil narratif à lui tout seul, tant sa présence rassure, même si elle s'éparpille elle aussi. Le problème vient surtout de cette sensation étrange qu'aucun personnage ne va vraiment au bout de son évolution. L'introspection est posée, la douleur est dite, mais il manque le basculement, le vrai.
Le film ambitionne de parler de la transmission du trauma, de la solitude, du pardon, de la responsabilité paternelle, du besoin d'être aimé, de ce qui fait qu'on survit ou qu'on s'effondre. Mais à trop vouloir survoler tous ces thèmes, Anderson les effleure plus qu'il ne les explore. Même la pluie de grenouilles, pourtant théoriquement bouleversante, surgit sans prévenir, presque gratuite. Elle ne modifie pas réellement le cours des choses, et devient donc un symbole sans conséquence. Un coup d'éclat vide, malgré sa force visuelle.
Techniquement, le film est réussi. La réalisation est énergique, les mouvements de caméra sont fluides et souvent virtuoses, la photographie de Robert Elswit sait flatter les visages et faire vibrer les décors. La bande originale, dominée par les chansons d'Aimee Mann, soutient l'émotion à grands coups de mélancolie. L'ensemble est propre, soigné, presque trop parfait.
Côté comédiens, c'est indéniablement solide. Tom Cruise surprend dans un rôle à contre-emploi, déployant une énergie brute et un charisme rageur qui le rendent fascinant. Julianne Moore livre une performance habitée, à fleur de nerfs, tandis que Philip Seymour Hoffman apporte une douceur silencieuse, presque maternelle. Tous sont bons, parfois même excellents. Mais leurs talents ne suffisent pas à combler le décalage entre les ambitions du film et ce qu'il accomplit vraiment.
En sortant de Magnolia, j'ai eu la sensation d'avoir regardé quelque chose d'important. Et puis, en y repensant, j'ai surtout eu l'impression d'avoir assisté à une démonstration de style, une œuvre maniérée plus qu'inspirée, une fresque à laquelle il manque l'âme. On peut être admiratif de l'élan, de la technique, de la volonté. Mais pour peu qu'on aime être embarqué par une histoire, touché par des personnages, ou simplement surpris par un enchaînement logique, le film laisse un goût d'inabouti. Pour découvrir Paul Thomas Anderson sous un meilleur jour, je conseillerais plutôt There will be blood, The master, ou Phantom thread, où sa rigueur trouve enfin une justesse émotionnelle que je n'ai pas ressentie ici.
Le film suit les destins parallèles d'une galerie de personnages qui gravitent autour de la vallée de San Fernando : un vieux magnat mourant, son infirmier dévoué, une épouse en crise de conscience, un présentateur de jeu télévisé, sa fille toxicomane, un enfant génie, un ancien champion pathétique, un policier solitaire, et Frank T. J. Mackey, un gourou de la virilité en croisade contre la tendresse. Les histoires s'entrelacent vaguement autour de thèmes communs, de souvenirs communs, parfois de visages communs, mais rarement d'actions partagées. On attend, tout au long du film, ce moment où le tableau prendra sens. Et on attend longtemps.
Le scénario donne une impression de maquette trop chargée, comme si chaque idée d'écriture avait été gardée par peur d'en perdre la poésie. L'introduction du film, divisée en trois « légendes urbaines », promet un jeu fascinant sur le hasard, le destin, les coïncidences. On s'attend à un grand puzzle à la Short cuts ou à la Amours chiennes. Mais très vite, les pièces cessent de s'imbriquer. Le rythme devient chaotique, l'attente se mue en frustration, et les croisements attendus entre les personnages se révèlent mineurs, parfois inexistants. On a du mal à croire que ces destins se percutent ; ils se frôlent, au mieux.
Certains personnages intriguent, d'autres fatiguent. Frank Mackey détonne par son extrêmisant pathos mélangé à une espèce de théâtralité volontaire. Donnie Smith, lui, traîne une nostalgie surjouée d'enfant star avorté. Stanley, le petit prodige, suscite l'empathie, mais son histoire semble condamnée à rester en suspens. Le policier, Jim Kurring, devient un fil narratif à lui tout seul, tant sa présence rassure, même si elle s'éparpille elle aussi. Le problème vient surtout de cette sensation étrange qu'aucun personnage ne va vraiment au bout de son évolution. L'introspection est posée, la douleur est dite, mais il manque le basculement, le vrai.
Le film ambitionne de parler de la transmission du trauma, de la solitude, du pardon, de la responsabilité paternelle, du besoin d'être aimé, de ce qui fait qu'on survit ou qu'on s'effondre. Mais à trop vouloir survoler tous ces thèmes, Anderson les effleure plus qu'il ne les explore. Même la pluie de grenouilles, pourtant théoriquement bouleversante, surgit sans prévenir, presque gratuite. Elle ne modifie pas réellement le cours des choses, et devient donc un symbole sans conséquence. Un coup d'éclat vide, malgré sa force visuelle.
Techniquement, le film est réussi. La réalisation est énergique, les mouvements de caméra sont fluides et souvent virtuoses, la photographie de Robert Elswit sait flatter les visages et faire vibrer les décors. La bande originale, dominée par les chansons d'Aimee Mann, soutient l'émotion à grands coups de mélancolie. L'ensemble est propre, soigné, presque trop parfait.
Côté comédiens, c'est indéniablement solide. Tom Cruise surprend dans un rôle à contre-emploi, déployant une énergie brute et un charisme rageur qui le rendent fascinant. Julianne Moore livre une performance habitée, à fleur de nerfs, tandis que Philip Seymour Hoffman apporte une douceur silencieuse, presque maternelle. Tous sont bons, parfois même excellents. Mais leurs talents ne suffisent pas à combler le décalage entre les ambitions du film et ce qu'il accomplit vraiment.
En sortant de Magnolia, j'ai eu la sensation d'avoir regardé quelque chose d'important. Et puis, en y repensant, j'ai surtout eu l'impression d'avoir assisté à une démonstration de style, une œuvre maniérée plus qu'inspirée, une fresque à laquelle il manque l'âme. On peut être admiratif de l'élan, de la technique, de la volonté. Mais pour peu qu'on aime être embarqué par une histoire, touché par des personnages, ou simplement surpris par un enchaînement logique, le film laisse un goût d'inabouti. Pour découvrir Paul Thomas Anderson sous un meilleur jour, je conseillerais plutôt There will be blood, The master, ou Phantom thread, où sa rigueur trouve enfin une justesse émotionnelle que je n'ai pas ressentie ici.
Ma note47%
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