Man on the Moon
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Avec Man on the Moon, Miloš Forman s'attaque à un personnage aussi singulier qu'insaisissable : Andy Kaufman, humoriste culte pour certains, imposteur brillant pour d'autres. Porté par un Jim Carrey totalement habité, au point de se faire appeler Andy sur le tournage et de pousser la méthode jusqu'à l'absurde, ce biopic sorti en 1999 a tout pour intriguer. Le film, récompensé aux Golden Globes, promettait une plongée vertigineuse dans l'esprit d'un homme qui a toujours brouillé les pistes entre fiction et réalité. Sur le papier, difficile de rêver mieux qu'un réalisateur iconoclaste comme Forman pour épouser le chaos créatif d'un tel personnage.
L'histoire suit fidèlement les grandes étapes de la carrière de Kaufman, de ses débuts dans des clubs où il déclame des comptines pour enfants face à un public déconcerté, jusqu'à sa consécration (et ses provocations) à la télévision, dans Taxi, le Saturday night live ou encore ses fameuses séances de catch misogyne. Le film ne se contente pas d'illustrer les faits, il joue avec la frontière entre le spectacle et la vie, jusqu'à suggérer que sa mort elle-même pourrait avoir été une ultime mise en scène.
Sur le plan scénaristique, l'ensemble est plutôt fidèle à la trajectoire réelle de Kaufman, à quelques entorses près que Forman assume ouvertement. Le souci, c'est que cette fidélité n'est pas toujours synonyme d'intérêt. À force de vouloir retranscrire les performances absurdes et provocatrices du comédien, le film finit par adopter lui-même un rythme bancal. Certaines scènes traînent en longueur, surtout celles qui tentent de reproduire des sketchs intégraux. L'effet de sidération escompté laisse parfois place à l'ennui. Et lorsque l'humour repose sur une forme de rejet du spectateur, il faut un sacré dosage pour que ça fonctionne sur deux heures. Ici, la provocation, si elle colle bien à l'esprit de Kaufman, lasse rapidement. On a l'impression que le film finit par tourner en rond dans sa propre admiration pour son sujet.
Le personnage d'Andy Kaufman est justement ce qui peut désarçonner. Il est difficile de s'y attacher, et c'est probablement voulu : Andy est insaisissable, toujours dans la posture, jamais là où on l'attend. Le film réussit à le montrer sans concession, mais cela a pour effet de laisser le spectateur un peu à distance. À ses côtés, George Shapiro, son agent loyal, et Bob Zmuda, son complice trouble, offrent un contrepoint plus humain, mais peinent à trouver une vraie consistance dramatique face à l'ombre omniprésente du personnage principal.
Sur le fond, Man on the Moon interroge l'authenticité, le rapport à la célébrité et au public, et surtout cette frontière poreuse entre art et imposture. Il y a une vraie tentative de réflexion sur le rôle de l'artiste et sa responsabilité. L'idée que Kaufman se moquait autant de ses spectateurs que de lui-même, et qu'il a transformé sa propre vie en performance continue, donne matière à penser. Mais encore faut-il adhérer à ce postulat. Ceux qui n'ont jamais trouvé drôle les shows de « Clifton » ou les lectures de Gatsby le magnifique sur scène risquent de ne pas être convaincus davantage par leur reconstitution au cinéma.
Visuellement, la mise en scène de Forman reste sobre. Il n'y a pas de grands effets de manche ni de prouesses techniques, mais une réalisation efficace, presqu'effacée derrière son sujet. La photographie, signée Anastas Michos, joue la carte du réalisme sans chercher à sublimer l'image. Ce choix se comprend dans une optique de fidélité documentaire, mais laisse peu de place à la surprise. Côté musique, la bande originale de R.E.M. — et en particulier The great beyond — parvient en revanche à capter une émotion que le reste du film peine parfois à générer.
En ce qui concerne les performances, Jim Carrey livre un rôle de composition impressionnant. Il ne joue pas Kaufman, il l'incarne. Quitte à en faire trop ? Peut-être, mais difficile de ne pas saluer l'engagement. Il y a une sincérité dans son interprétation, même dans ses excès. Le problème, c'est que le personnage est tellement excentrique qu'on finit par perdre le contact avec l'homme derrière le masque. Autour de lui, Danny DeVito fait ce qu'il peut dans un rôle plus sage, tandis que Courtney Love étonne par une retenue inattendue dans le rôle de Lynne. Paul Giamatti, comme souvent, apporte une touche de densité à un personnage secondaire.
À l'arrivée, Man on the Moon est un film inégal, parfois fascinant, parfois épuisant. Il propose une expérience cinématographique qui refuse la facilité, mais sans toujours trouver le juste équilibre entre hommage sincère et fascination distante. Il séduira sans doute ceux qui voient en Kaufman un génie incompris et dérangeant. Les autres, moi y compris, risquent de rester sur le seuil, un peu décontenancés, à se demander si tout cela valait vraiment la peine.
L'histoire suit fidèlement les grandes étapes de la carrière de Kaufman, de ses débuts dans des clubs où il déclame des comptines pour enfants face à un public déconcerté, jusqu'à sa consécration (et ses provocations) à la télévision, dans Taxi, le Saturday night live ou encore ses fameuses séances de catch misogyne. Le film ne se contente pas d'illustrer les faits, il joue avec la frontière entre le spectacle et la vie, jusqu'à suggérer que sa mort elle-même pourrait avoir été une ultime mise en scène.
Sur le plan scénaristique, l'ensemble est plutôt fidèle à la trajectoire réelle de Kaufman, à quelques entorses près que Forman assume ouvertement. Le souci, c'est que cette fidélité n'est pas toujours synonyme d'intérêt. À force de vouloir retranscrire les performances absurdes et provocatrices du comédien, le film finit par adopter lui-même un rythme bancal. Certaines scènes traînent en longueur, surtout celles qui tentent de reproduire des sketchs intégraux. L'effet de sidération escompté laisse parfois place à l'ennui. Et lorsque l'humour repose sur une forme de rejet du spectateur, il faut un sacré dosage pour que ça fonctionne sur deux heures. Ici, la provocation, si elle colle bien à l'esprit de Kaufman, lasse rapidement. On a l'impression que le film finit par tourner en rond dans sa propre admiration pour son sujet.
Le personnage d'Andy Kaufman est justement ce qui peut désarçonner. Il est difficile de s'y attacher, et c'est probablement voulu : Andy est insaisissable, toujours dans la posture, jamais là où on l'attend. Le film réussit à le montrer sans concession, mais cela a pour effet de laisser le spectateur un peu à distance. À ses côtés, George Shapiro, son agent loyal, et Bob Zmuda, son complice trouble, offrent un contrepoint plus humain, mais peinent à trouver une vraie consistance dramatique face à l'ombre omniprésente du personnage principal.
Sur le fond, Man on the Moon interroge l'authenticité, le rapport à la célébrité et au public, et surtout cette frontière poreuse entre art et imposture. Il y a une vraie tentative de réflexion sur le rôle de l'artiste et sa responsabilité. L'idée que Kaufman se moquait autant de ses spectateurs que de lui-même, et qu'il a transformé sa propre vie en performance continue, donne matière à penser. Mais encore faut-il adhérer à ce postulat. Ceux qui n'ont jamais trouvé drôle les shows de « Clifton » ou les lectures de Gatsby le magnifique sur scène risquent de ne pas être convaincus davantage par leur reconstitution au cinéma.
Visuellement, la mise en scène de Forman reste sobre. Il n'y a pas de grands effets de manche ni de prouesses techniques, mais une réalisation efficace, presqu'effacée derrière son sujet. La photographie, signée Anastas Michos, joue la carte du réalisme sans chercher à sublimer l'image. Ce choix se comprend dans une optique de fidélité documentaire, mais laisse peu de place à la surprise. Côté musique, la bande originale de R.E.M. — et en particulier The great beyond — parvient en revanche à capter une émotion que le reste du film peine parfois à générer.
En ce qui concerne les performances, Jim Carrey livre un rôle de composition impressionnant. Il ne joue pas Kaufman, il l'incarne. Quitte à en faire trop ? Peut-être, mais difficile de ne pas saluer l'engagement. Il y a une sincérité dans son interprétation, même dans ses excès. Le problème, c'est que le personnage est tellement excentrique qu'on finit par perdre le contact avec l'homme derrière le masque. Autour de lui, Danny DeVito fait ce qu'il peut dans un rôle plus sage, tandis que Courtney Love étonne par une retenue inattendue dans le rôle de Lynne. Paul Giamatti, comme souvent, apporte une touche de densité à un personnage secondaire.
À l'arrivée, Man on the Moon est un film inégal, parfois fascinant, parfois épuisant. Il propose une expérience cinématographique qui refuse la facilité, mais sans toujours trouver le juste équilibre entre hommage sincère et fascination distante. Il séduira sans doute ceux qui voient en Kaufman un génie incompris et dérangeant. Les autres, moi y compris, risquent de rester sur le seuil, un peu décontenancés, à se demander si tout cela valait vraiment la peine.
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