Meuhte

Meuhte, c'est d'abord une vache en plastique rose. Pas une métaphore : une vraie petite vache rose, molle, légèrement ridicule, qui trône au centre de la table comme une insulte douce. C'est elle, le cœur émotionnel du jeu. Et quelque part, ça résume assez bien l'ambition de l'ensemble.
Dan Penn et Rich Coombes sont les deux designers britanniques à l'origine de Herd mentality, sorti en 2020 chez Big Potato Games, le studio londonien spécialisé dans les jeux d'ambiance accessibles : ceux qu'on ouvre à Noël entre deux tranches de bûche. Herd mentality a rencontré un vrai succès outre-Manche, au point d'être décliné en plusieurs extensions thématiques. Gigamic en a acquis les droits pour la France, rebaptisé le tout Meuhte avec un jeu de mots phonétique pas désagréable, et l'a mis en rayon en 2021. Le concept originel est intact. La vache aussi.
Le principe est d'une limpidité absolue. Une carte est retournée, une question est lue à voix haute — du genre « Quel est le meilleur animal de compagnie ? » ou « Cite une couleur porte-bonheur » — et chaque joueur note secrètement sa réponse sur un petit bloc. On révèle tout d'un coup. Si ta réponse figure dans la majorité, tu gagnes un jeton vache. Si tu es le seul à avoir répondu « tamanoir », tu hérites de la fameuse vache rose, et ton troupeau entier ne vaut plus rien… jusqu'à ce que tu réussisses à la refiler à quelqu'un d'autre. Le premier à huit vaches l'emporte, vache rose en moins. C'est tout. Vraiment tout. Les règles tiennent en deux minutes montre en main.
Ce minimalisme est à la fois la grande force et la principale limite du jeu. D'un côté, Meuhte fonctionne à peu près avec n'importe qui : les enfants, les grands-parents, les collègues en team building, les beaux-frères qui ne savent pas jouer. Il n'y a rien à mémoriser, pas de stratégie à élaborer, aucun prérequis culturel ou intellectuel. La mécanique est tellement simple qu'elle disparaît complètement derrière les interactions humaines qu'elle génère. On joue moins à un jeu qu'on ne joue avec les autres. L'idée que le vrai terrain de jeu, ce n'est pas le plateau, mais le cerveau collectif du groupe, est séduisante, et rappelle un peu ce que faisait Dixit à sa manière ; sauf qu'ici, on cherche la convergence plutôt que l'originalité.
De l'autre côté, justement parce qu'il n'y a rien d'autre que ça, le soufflé retombe assez vite. La vache rose crée un moment de tension sympathique, mais la mécanique pénalisante manque un peu de mordant : on peut s'en débarrasser trop facilement certaines manches, et rester coincé dessus indéfiniment d'autres fois, au gré d'une chance qui masque tout semblant de maîtrise. Les 320 questions réparties sur 80 cartes paraissent généreuses, mais les joueurs réguliers témoignent volontiers d'un épuisement du stock plus rapide qu'espéré ; un problème récurrent dans ce type de format. Et surtout, le jeu est entièrement tributaire du groupe : avec des gens qui se connaissent bien, les réponses deviennent prévisibles et la magie s'étiole ; avec des inconnus, l'effet de surprise fonctionne mieux, mais le liant social est moins fort.
Il y a dans Meuhte quelque chose qui ressemble à un gadget de soirée très bien exécuté. Ce n'est pas rien : les gadgets bien exécutés sont rares. Mais le jeu ne cherche pas à être davantage, et ça se sent. Pour une première expérience entre joueurs occasionnels ou pour briser la glace lors d'une réunion de famille, il remplit parfaitement son contrat. Pour qui cherche à y revenir régulièrement ou à y trouver une quelconque profondeur, il montrera ses limites à la deuxième ou troisième session. Un jeu honnête, en somme, qui sait exactement ce qu'il est, et qui a au moins la décence de ne pas prétendre être autre chose.
Dan Penn et Rich Coombes sont les deux designers britanniques à l'origine de Herd mentality, sorti en 2020 chez Big Potato Games, le studio londonien spécialisé dans les jeux d'ambiance accessibles : ceux qu'on ouvre à Noël entre deux tranches de bûche. Herd mentality a rencontré un vrai succès outre-Manche, au point d'être décliné en plusieurs extensions thématiques. Gigamic en a acquis les droits pour la France, rebaptisé le tout Meuhte avec un jeu de mots phonétique pas désagréable, et l'a mis en rayon en 2021. Le concept originel est intact. La vache aussi.
Le principe est d'une limpidité absolue. Une carte est retournée, une question est lue à voix haute — du genre « Quel est le meilleur animal de compagnie ? » ou « Cite une couleur porte-bonheur » — et chaque joueur note secrètement sa réponse sur un petit bloc. On révèle tout d'un coup. Si ta réponse figure dans la majorité, tu gagnes un jeton vache. Si tu es le seul à avoir répondu « tamanoir », tu hérites de la fameuse vache rose, et ton troupeau entier ne vaut plus rien… jusqu'à ce que tu réussisses à la refiler à quelqu'un d'autre. Le premier à huit vaches l'emporte, vache rose en moins. C'est tout. Vraiment tout. Les règles tiennent en deux minutes montre en main.
Ce minimalisme est à la fois la grande force et la principale limite du jeu. D'un côté, Meuhte fonctionne à peu près avec n'importe qui : les enfants, les grands-parents, les collègues en team building, les beaux-frères qui ne savent pas jouer. Il n'y a rien à mémoriser, pas de stratégie à élaborer, aucun prérequis culturel ou intellectuel. La mécanique est tellement simple qu'elle disparaît complètement derrière les interactions humaines qu'elle génère. On joue moins à un jeu qu'on ne joue avec les autres. L'idée que le vrai terrain de jeu, ce n'est pas le plateau, mais le cerveau collectif du groupe, est séduisante, et rappelle un peu ce que faisait Dixit à sa manière ; sauf qu'ici, on cherche la convergence plutôt que l'originalité.
De l'autre côté, justement parce qu'il n'y a rien d'autre que ça, le soufflé retombe assez vite. La vache rose crée un moment de tension sympathique, mais la mécanique pénalisante manque un peu de mordant : on peut s'en débarrasser trop facilement certaines manches, et rester coincé dessus indéfiniment d'autres fois, au gré d'une chance qui masque tout semblant de maîtrise. Les 320 questions réparties sur 80 cartes paraissent généreuses, mais les joueurs réguliers témoignent volontiers d'un épuisement du stock plus rapide qu'espéré ; un problème récurrent dans ce type de format. Et surtout, le jeu est entièrement tributaire du groupe : avec des gens qui se connaissent bien, les réponses deviennent prévisibles et la magie s'étiole ; avec des inconnus, l'effet de surprise fonctionne mieux, mais le liant social est moins fort.
Il y a dans Meuhte quelque chose qui ressemble à un gadget de soirée très bien exécuté. Ce n'est pas rien : les gadgets bien exécutés sont rares. Mais le jeu ne cherche pas à être davantage, et ça se sent. Pour une première expérience entre joueurs occasionnels ou pour briser la glace lors d'une réunion de famille, il remplit parfaitement son contrat. Pour qui cherche à y revenir régulièrement ou à y trouver une quelconque profondeur, il montrera ses limites à la deuxième ou troisième session. Un jeu honnête, en somme, qui sait exactement ce qu'il est, et qui a au moins la décence de ne pas prétendre être autre chose.
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