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· Julien   Lepage

Millénium : les Hommes qui n'aimaient pas les femmes
David Fincher
2011

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Illustration de critique : Millénium : les Hommes qui n'aimaient pas les femmes
Difficile de ne pas attendre un minimum d'un film réalisé par David Fincher, un réalisateur qui, qu'on l'aime ou non, maîtrise son art et a marqué le thriller moderne avec Seven et Zodiac. Ajoutez à cela une adaptation d'un best-seller qui a déjà eu droit à son succès en Suède et un casting mené par Daniel Craig et Rooney Mara, et il y avait de quoi susciter une certaine curiosité.

L'intrigue suit Mikael Blomkvist, journaliste d'investigation en disgrâce, engagé par Henrik Vanger, un industriel vieillissant, pour enquêter sur la disparition de sa nièce survenue plusieurs décennies plus tôt. Ses recherches vont le mener à croiser la route de Lisbeth Salander, hacker asociale au passé tourmenté, qui possède un talent hors du commun pour fouiller les secrets bien enfouis. L'enquête les plongera au cœur des noirceurs d'une famille où secrets, violence et crimes sordides se mêlent dans un ballet de désillusions froides.

Sur le papier, tout y est : un mystère familial pesant, des thématiques sombres et une héroïne marquante. Pourtant, dès les premières minutes, un doute s'installe. Le film s'ouvre sur un générique tape-à-l'œil, une sorte de croisement entre un spot publicitaire pour lecteur MP3 et une parodie de Chris Cunningham. Visuellement impressionnant, mais totalement hors-sujet, il donne l'impression que Fincher s'est laissé séduire par un pur exercice de style au détriment de l'immersion.

Une fois passé ce premier faux-pas, le scénario déroule son intrigue avec la rigueur attendue, mais sans éclat. On retrouve tous les éléments caractéristiques du polar moderne : meurtres en série, secrets de famille, corruption, viol, inceste, nazisme... Une sorte de cocktail du glauque où l'on coche les cases sans trop se soucier de l'originalité. Il y a un côté mécanique, une froideur clinique qui empêche l'histoire d'avoir un véritable impact émotionnel. Tout est là, mais rien ne surprend, et encore moins ne captive pleinement.

Le personnage de Lisbeth Salander est central dans l'histoire, et c'est là que le film semble hésiter sur sa propre direction. Dépeinte comme une rebelle au passé traumatique, elle est définie avant tout par son look gothique, sa moto et son attitude misanthrope. Une version hollywoodienne de la marginalité, presque caricaturale, qui donne l'impression que le film force un peu trop le trait. Le pire, c'est que ce personnage fascinant, complexe et iconique du roman se retrouve relégué au second plan derrière une enquête qui suit un déroulement convenu.

Les thèmes abordés ne manquent pourtant pas d'intérêt. La misogynie systémique, le pouvoir des élites, les abus et l'impunité sont au cœur du récit, et certaines scènes, comme celle du viol de Lisbeth, sont dérangeantes et marquent par leur brutalité crue. Mais malgré cette noirceur assumée, le film ne parvient pas à lui donner une réelle portée. L'ensemble reste en surface, un simple constat clinique qui ne cherche jamais à aller plus loin. On est loin du travail d'orfèvre sur la psyché des personnages qu'on trouvait dans Zodiac.

Visuellement, on est en terrain connu. Fincher applique son savoir-faire habituel : une image léchée, une photographie glaciale signée Jeff Cronenweth, et un sens du cadrage impeccable. Mais cette maîtrise technique vire presque à l'exercice de style impersonnel. On retrouve cette obsession pour l'éclairage tamisé à l'extrême, au point qu'il faut parfois plisser les yeux pour discerner les détails. L'ambiance est pesante, certes, mais elle frôle l'aseptisation tant elle semble calculée au millimètre.

Côté bande-son, Trent Reznor et Atticus Ross livrent un travail honnête, mais bien moins inspiré que sur The social network. Quelques notes minimalistes, une ambiance anxiogène, mais rien de véritablement marquant. Même la reprise d'Immigrant song de Led Zeppelin, aussi énergique soit-elle, semble artificiellement plaquée sur l'ensemble.

Les acteurs, eux, font le travail. Daniel Craig compose un Mikael Blomkvist efficace, bien que son charisme de star empêche parfois d'y croire totalement. Rooney Mara, elle, s'en sort avec les honneurs. Si son interprétation peut sembler trop appuyée par moments, elle parvient tout de même à donner une épaisseur à son personnage. Christopher Plummer, inoxydable, apporte une touche de classe bienvenue, tandis que Stellan Skarsgård fait ce qu'on attend de lui dans un rôle un peu trop prévisible.

Au final, Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes est un film qui coche toutes les cases du thriller moderne sans jamais transcender son matériau d'origine. Il est propre, efficace, bien joué, mais terriblement mécanique. Loin de l'ambition viscérale de Seven ou du labyrinthe obsessionnel de Zodiac, il donne l'impression que Fincher s'est contenté d'appliquer une formule bien rodée, sans réelle prise de risque. Si vous aimez les thrillers bien ficelés et que vous n'avez pas vu l'adaptation suédoise, il fera le travail. Sinon, difficile de ne pas ressentir un certain ennui poli devant cette enquête qui, malgré son vernis impeccable, manque cruellement d'âme.
Ma note40%
Vu le 10 Juillet 2012


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