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· Julien   Lepage

Mamie moule maki, ados & parents
Tailemi
2025

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Illustration de critique : Mamie moule maki, ados & parents
Pensée comme une déclinaison familiale de Mamie moule maki, cette version « Ados & parents » est arrivée le 24 octobre 2025, toujours chez Tailemi. Elle est signée par Apo, Matt, Paul et Tom, le quatuor du Studio Tailemi, avec Vincent Burger aux illustrations. L’idée est assez transparente : reprendre un jeu jusque-là destiné aux plus de 16 ans et l’ouvrir aux familles, cette fois dès 10 ans et pour deux à six joueurs. Tailemi présente d’ailleurs officiellement cette déclinaison comme née après le succès du jeu d’origine.

Le principe, lui, n’a pratiquement pas bougé et reste celui d’un Petit bac passé à la moulinette du jeu d’ambiance moderne. Un dé à vingt faces désigne une lettre, une carte propose huit catégories et chacun dispose de deux minutes pour remplir son ardoise. On compare ensuite les réponses, on discute celles qui paraissent un peu tirées par les cheveux et le groupe décide si elles méritent d’être validées. C’est simple, immédiat, sans temps mort et suffisamment familier pour qu’on puisse poser la boîte sur la table et commencer à jouer sans transformer le début de soirée en conférence sur le droit constitutionnel.

Sur le papier, cette version familiale est donc parfaitement logique. Dans les faits, c’est justement là que j’ai un problème : Mamie moule maki, ados & parents retire une bonne partie de ce qui faisait à mes yeux l’intérêt de Mamie moule maki. L’original reposait beaucoup sur cette possibilité de partir trop loin, de proposer une réponse franchement idiote, salace ou douteuse puis d’essayer, avec un aplomb formidable, de convaincre les autres qu’elle correspond parfaitement à la catégorie. La mécanique n’était finalement qu’un prétexte. Le vrai jeu se passait autour de la table.

Ici, les catégories ont été pensées pour pouvoir jouer avec des enfants à partir de 10 ans. C’est cohérent avec le public visé, évidemment, mais cela provoque chez moi un phénomène assez curieux : mon cerveau continue de jouer à l’autre version. Je lis une catégorie, une lettre tombe, et la première réponse qui me vient est régulièrement une cochonnerie. Puis une deuxième. Parfois une troisième. Et seulement ensuite arrive la petite voix raisonnable : « Non, Julien, il y a peut-être un enfant de dix ans à table. ». Me voilà donc à chercher volontairement une réponse plus sage, plus présentable, plus « dimanche chez mamie ». Ce n’est pas exactement la sensation de liberté créative que j’attends d’un jeu d’ambiance.

Ici, je passe parfois davantage de temps à censurer mes idées qu’à en trouver. Et devoir se retenir dans un jeu dont l’intérêt consiste justement à lâcher des réponses spontanées me paraît légèrement contre-productif.

Le plus frustrant est que le système demeure efficace. Les deux minutes mettent juste ce qu’il faut de pression, certaines catégories donnent de bonnes idées et la phase de discussion reste amusante, surtout lorsque quelqu’un entreprend de défendre une réponse objectivement indéfendable avec tout le sérieux du monde. Le jeu stimule réellement l’imagination et l’argumentation, et je comprends parfaitement qu’une famille avec des préados puisse préférer cette boîte.

Mais ce qui constitue pour ce public une qualité devient précisément mon principal reproche. Je n’avais pas besoin d’un Mamie moule maki assagi. J’aurais préféré soit une vraie réinvention destinée aux familles, avec de nouvelles mécaniques tirant parti de ce changement de cible, soit simplement rester sur le jeu original. Là, j’ai trop souvent l’impression d’utiliser exactement le même moteur avec un limiteur de vitesse.

Tout dépend donc beaucoup de la table autour de laquelle on joue. Avec des enfants ou des ados plutôt jeunes, cette édition remplit correctement sa mission : elle est facile à sortir, facile à comprendre, chacun peut participer et les règles savent se faire oublier. Les joueurs qui découvrent directement la formule pourront même y trouver un Petit bac nettement plus vivant que celui que l’on griffonnait autrefois sur une feuille avec « prénom, ville, animal, métier ». Elle n’est ni bâclée ni désagréable, et son existence a du sens.

Mais entre adultes, ou même avec des adolescents qui ont déjà largement dépassé le stade où le mot « fesse » provoque un scandale familial, je vois beaucoup moins l’intérêt. Dès que le groupe possède l’humour un peu sale qui fait fonctionner l’original, cette version donne surtout envie de sortir l’autre boîte. Ce qui est tout de même une position assez inconfortable pour un jeu : passer trente minutes à me rappeler qu’une version que je préfère existe déjà.

Je reste donc partagé, mais pas vraiment indécis. Mamie moule maki, ados & parents accomplit honnêtement ce qu’il promet et peut convenir à une famille cherchant un jeu d’ambiance immédiatement accessible. Simplement, ce qu’il promet m’intéresse beaucoup moins que ce qu’offrait son prédécesseur. La tentation de mettre des cochonneries est trop grande, et devoir ensuite se contenir pour proposer une réponse plus soft devient vite frustrant. À ce compte-là, autant choisir un jeu véritablement conçu autour d’un humour familial, ou ressortir Mamie moule maki et laisser les mauvaises idées faire leur travail.
Ma note49%
Joué le 11 Juillet 2026


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