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· Julien   Lepage

La tour Montparnasse infernale
Charles Nemes
2001

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Illustration de critique : La tour Montparnasse infernale
Sorti en 2001, La tour Montparnasse infernale marque l'arrivée sur grand écran du duo Éric et Ramzy, qui s'étaient déjà fait un nom à la télévision avec la série H et leurs sketches absurdes. Réalisé par Charles Nemes, le film se veut une parodie des films d'action, avec une influence très marquée par Piège de cristal et une pincée d'autres références cinématographiques plus ou moins subtiles. Sur le papier, l'idée pouvait fonctionner : deux crétins finissent malgré eux au cœur d'une prise d'otages dans un gratte-ciel, et leur bêtise innée va se révéler être leur plus grande arme. Dans les faits, le résultat est une avalanche d'humour lourd, répétitif et souvent gênant.

L'intrigue suit Éric et Ramzy, deux laveurs de carreaux perchés en haut de la tour Montparnasse. Leur principale occupation semble être d'échanger des idioties tout en admirant Marie-Joëlle (qui s'appelle en réalité Stéphanie), la nièce du PDG du groupe Lanceval. Mais la soirée vire au chaos lorsqu'un commando prend le contrôle de la tour pour vider le coffre-fort de la société. Éric, totalement à côté de la plaque, est convaincu que Marie-Joëlle est en danger et décide de jouer les héros, entraînant un Ramzy réticent dans une succession de gags absurdes. Malgré leurs interventions aussi désastreuses qu'imprévisibles, ils finissent par déjouer le plan des braqueurs… mais uniquement grâce à un enchaînement de hasards et de stupidité.

Là où une bonne parodie joue avec les codes d'un genre pour mieux les détourner, La tour Montparnasse infernale se contente d'un empilement de situations grotesques et de dialogues qui misent tout sur la crétinerie extrême des personnages. Il ne suffit pas de singer Piège de cristal pour réussir à en faire une version comique, encore faut-il un minimum de finesse dans l'exécution. Ici, tout repose sur l'idée que voir deux imbéciles enchaîner des catastrophes est forcément hilarant. Le problème, c'est qu'après dix minutes à ce régime, le film devient lassant. La répétition des gags finit par créer une forme d'épuisement, et la trame, bien qu'elle tente de coller à un schéma de film d'action, est tellement prévisible qu'elle se vide de toute tension.

Les personnages ne sont pas développés, ce qui en soi ne serait pas un problème si leur stupidité était mise au service d'une dynamique efficace. Mais ici, ils sont tellement caricaturaux qu'on finit par les regarder avec un détachement total. Éric est l'idiot qui ne comprend rien à rien, Ramzy est l'idiot qui essaie vaguement d'être lucide avant de sombrer lui aussi dans l'absurde. Stéphanie, censée être la méchante manipulatrice, est réduite à un rôle accessoire, et Michel, le leader des braqueurs, n'a aucune consistance. Aucun des personnages ne dépasse sa fonction initiale de pantin destiné à alimenter les situations burlesques.

Difficile de parler de thèmes ou de messages dans un film qui ne cherche rien d'autre que l'accumulation de gags. Il y avait pourtant matière à une vraie parodie bien construite sur les films d'action et les héros malgré eux, un peu à la manière de La cité de la peur. Mais ici, l'absurde ne se transforme pas en humour corrosif ou en satire du genre. Tout est simplement prétexte à des répliques bêtes et des situations absurdes, sans aucune volonté de critique ou de détournement intelligent.

La réalisation est aussi approximative que l'écriture. Le film est mal cadré, la mise en scène manque d'inventivité et la direction artistique est inexistante. On pourrait arguer que ce n'est pas le sujet, qu'on est là pour rigoler, mais même sur le plan du rythme et de la gestion des scènes d'action, c'est raté. Les séquences censées être épiques sont plates, les rares tentatives d'effets visuels sont maladroites et la musique est totalement oubliable. Il est ironique de voir un film vouloir rendre hommage aux blockbusters américains tout en ayant une réalisation digne d'un téléfilm du dimanche après-midi.

Si le film a un mérite, c'est celui de révéler Marina Foïs, qui s'en sort avec les honneurs malgré le chaos ambiant. Elle est la seule à donner un semblant de crédibilité à son personnage et à jouer avec un minimum d'intensité. Serge Riaboukine, en méchant de service, fait ce qu'il peut avec un rôle sous-écrit. Quant à Éric Judor et Ramzy Bedia, ils sont exactement dans leur registre habituel, mais sur un format long, leur jeu devient vite insupportable. Ce qui fonctionnait en sketch ou dans H tourne ici à vide, avec un comique de répétition qui ne fait que souligner leurs limites en tant qu'acteurs de cinéma.

Si La tour Montparnasse infernale a acquis un certain statut culte au fil des années, c'est surtout parce qu'il a marqué une génération d'ados réceptifs à son humour potache. Mais revu aujourd'hui, il n'a rien d'un classique du comique absurde et se révèle plus fatigant que réellement drôle. Ce n'est pas le pire navet du cinéma français, mais c'est un film qui tourne en rond, manque d'inventivité et finit par lasser bien avant son générique de fin. À réserver aux fans du duo… et encore, même eux pourraient préférer revoir un épisode de H.
Ma note30%
Vu le 27 Mars 2010


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