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· Julien   Lepage

Neuilly sa mère !
Gabriel Julien-Laferrière
2008

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Illustration de critique : Neuilly sa mère !
Lorsqu'est sorti Neuilly sa mère !, réalisé par Gabriel Julien-Laferrière, on pouvait difficilement ignorer l'intention affichée : marier la comédie populaire à une satire sociale douce-amère, sur fond de choc des classes. En reprenant deux jeunes acteurs de Big city, Djamel Bensalah — ici à l'origine du projet — voulait réactualiser à la sauce banlieue-bourgeoisie l'esprit de La vie est un long fleuve tranquille ou même de Le prince de Bel-Air, avec cette idée simple, mais efficace : délocaliser un ado de cité dans les beaux quartiers. Forcément, ça fait des étincelles.

Le pitch est limpide. Sami, 14 ans, quitte sa cité de Chalon pour aller habiter chez sa tante à Neuilly-sur-Seine, dans un hôtel particulier cossu où l'attendent sa nouvelle famille d'accueil, dont Charles, son cousin du même âge, très attaché aux bonnes manières et aux figures tutélaires de la droite française. L'adaptation à cette nouvelle vie passe par l'école privée, la confrontation aux préjugés, quelques brimades, une romance avec la jolie Marie et, bien sûr, une série de gags sur le gouffre qui sépare les deux univers. Le ton est bon enfant, l'approche résolument grand public.

On ne va pas se mentir : le scénario ne brille pas par son originalité. Tout y est attendu, des premières altercations aux réconciliations finales, avec cette trajectoire d'intégration cousue de fil blanc. Pourtant, on sent une vraie envie de bien faire. Le film mise sur des effets comiques simples, parfois efficaces, souvent appuyés, et sur une galerie de personnages secondaires pensés pour nourrir les situations plutôt que les nuances. Le rythme est correct, certaines scènes fonctionnent bien (la boum, le confessionnal, les échanges entre Sami et Marie), mais l'ensemble reste trop sage pour vraiment marquer. Le scénario a la tête dans les clichés, mais le cœur du bon côté.

Les personnages, eux, sont taillés à la serpe, ce qui fonctionne dans une logique de comédie adolescente, mais limite évidemment la portée du propos. Sami est attachant, débrouillard, un peu grande gueule mais pas caricatural, ce qui est en soi une réussite. Charles, en revanche, pousse le curseur bien trop loin dans le ridicule : il devient parfois involontairement plus gênant que drôle. Les personnages féminins, comme Marie ou Caroline, sont esquissés, mais jamais creusés. Quant aux figures adultes, elles servent surtout à souligner l'écart générationnel ou social, sans qu'aucune ne sorte véritablement du lot narratif.

Sur le plan des idées, le film joue la carte du miroir social : banlieue contre Neuilly, codes populaires contre bienséance bourgeoise, intégration contre exclusion. Mais ce miroir est parfois un peu sale, trop recouvert de facilités pour refléter quoi que ce soit de solide. L'angle politique, notamment via Charles, est traité à travers des punchlines qui font sourire, mais sans réelle portée critique. On a bien quelques saillies sur Sarközy ou la France qui se lève tôt, mais ça reste de la parodie soft. Le film préfère l'amusement à la subversion, et finit par tourner autour des valeurs consensuelles : tolérance, vivre ensemble, ouverture.

La réalisation, sans être calamiteuse, reste très académique. Les cadres sont classiques, l'image est propre, le montage fluide, mais tout ça manque de personnalité. On n'y cherche pas d'ambition esthétique, et c'est peut-être ce qui rend l'ensemble un peu plat, visuellement parlant. La bande-son, en revanche, est bien intégrée. Le Boléro de Ravel, les tubes pop, le hip-hop de quartier — tout ça contribue à ancrer le récit dans une dynamique plaisante, même si elle reste très balisée.

Du côté des interprètes, Samy Seghir s'en sort plutôt bien. Il a le naturel, le ton juste, et ne force jamais le trait. Jérémy Denisty, en revanche, semble parfois prisonnier de son personnage, oscillant entre caricature et cabotinage. Parmi les adultes, Denis Podalydès amuse dans un rôle plus léger qu'à l'accoutumée, Rachida Brakni fait le job, sans éclat mais avec présence. Les apparitions de Michel Galabru, Josiane Balasko ou Valérie Lemercier donnent un peu de corps à l'ensemble, mais on sent bien qu'elles servent aussi de gages de sérieux à un film qui, sans elles, aurait peut-être été classé plus bas dans l'échelle des comédies du mercredi soir.

Neuilly sa mère ! n'est donc ni honteux ni remarquable. C'est un film qui sait à qui il s'adresse et qui s'en contente. S'il ne creuse pas très profond, il évite aussi le ridicule. Un film inégal, parfois amusant, parfois fatigué, qui s'appuie trop sur ses clichés pour proposer autre chose que du divertissement gentiment calibré. Pour un public adolescent ou nostalgique d'une certaine époque du cinéma populaire français, l'expérience peut rester plaisante. Pour les autres, elle s'oubliera aussi vite qu'elle s'est lancée.
Ma note59%
Vu le 20 Décembre 2009


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