Oiseaux marins

Le rayon nature d'une librairie, c'est un peu comme les fonds marins : il y a des merveilles cachées et une quantité industrielle de choses ternes qui se ressemblent toutes. tombe quelque part entre les deux : pas tout à fait une pépite, pas tout à fait un naufrage non plus.
Philippe-Jacques Dubois est à cette époque-là un personnage central du monde naturaliste français. Fondateur de la revue Ornithos en 1994, conseiller scientifique chez Gallimard depuis 1993, il est l'homme qui voulait faire pour les oiseaux ce que Roger Tory Peterson avait fait pour les Anglo-saxons : rendre la nature accessible sans la vider de sa substance. Une ambition noble. Le livre paraît en 1996, en plein milieu de cette période faste où Dubois jongle entre ses responsabilités à la LPO, ses travaux scientifiques et une production éditoriale soutenue. Oiseaux marins s'inscrit dans la collection « Les carnets de la nature » chez Gallimard Jeunesse, aux côtés d'Yvon Guermeur, ornithologue breton spécialiste reconnu des espèces marines, et des illustrations de François Desbordes, déjà collaborateur de Dubois sur plusieurs projets.
Le principe du livre est simple et bien rodé : 48 pages spiralées, pelliculées, pensées pour sortir par tous les temps ; ce qui, sur une falaise bretonne sous l'averse, est un argument de vente non négligeable. La première moitié propose des planches couleur pour identifier les espèces (fous de Bassan, macareux moines, sternes arctiques, labbes) et la seconde bascule sur du noir et blanc encyclopédique avec des notions d'écologie et des conseils d'observation pratiques. Le tout tient dans une poche de veste. Difficile de ne pas y voir une bonne idée de départ.
Et pourtant. Quarante-huit pages, c'est court. Très court. Pour qui a déjà feuilleté le Guide des oiseaux de mer de Peter Harrison — une brique de 448 pages qui fait autorité — ou même les guides Delachaux & Niestlé plus accessibles, le format imposé ici par la collection laisse un goût d'inachevé. Les espèces traitées sont sélectionnées, forcément, et la couverture géographique reste floue. On tourne les pages en se demandant si le livre s'adresse à l'enfant curieux de dix ans qui ramasse des plumes sur la plage ou à l'adulte qui veut vraiment apprendre à différencier un puffin des Baléares d'un puffin fuligineux. Il ne répond pleinement ni à l'un ni à l'autre.
Les illustrations de Desbordes sont ce qu'elles sont : propres, rigoureuses, avec cette précision du naturaliste de terrain qui sait que l'angle d'une aile compte autant que la couleur d'un bec. Mais en 1996, le public commence à se familiariser avec les guides photographiques, et le dessin, aussi technique soit-il, peine à convaincre tout le monde pour l'identification sur le vif. C'est un choix éditorial cohérent avec la collection, pas une faiblesse rédhibitoire, mais ça se ressent.
Ce qui fonctionne mieux, c'est la partie encyclopédique en noir et blanc. On y sent la patte de Guermeur, dont la connaissance des espèces marines est réelle et documentée, et la plume vulgarisatrice de Dubois, qui sait expliquer sans condescendance. Un paragraphe sur les stratégies de plongeon du fou de Bassan ou sur les migrations de la sterne arctique — l'oiseau qui parcourt annuellement la distance la plus longue de tous les vertébrés, de l'Arctique à l'Antarctique — donne envie d'en savoir plus. C'est là que le livre touche à ce qu'il aurait pu être dans un format moins contraint.
Philippe-Jacques Dubois est à cette époque-là un personnage central du monde naturaliste français. Fondateur de la revue Ornithos en 1994, conseiller scientifique chez Gallimard depuis 1993, il est l'homme qui voulait faire pour les oiseaux ce que Roger Tory Peterson avait fait pour les Anglo-saxons : rendre la nature accessible sans la vider de sa substance. Une ambition noble. Le livre paraît en 1996, en plein milieu de cette période faste où Dubois jongle entre ses responsabilités à la LPO, ses travaux scientifiques et une production éditoriale soutenue. Oiseaux marins s'inscrit dans la collection « Les carnets de la nature » chez Gallimard Jeunesse, aux côtés d'Yvon Guermeur, ornithologue breton spécialiste reconnu des espèces marines, et des illustrations de François Desbordes, déjà collaborateur de Dubois sur plusieurs projets.
Le principe du livre est simple et bien rodé : 48 pages spiralées, pelliculées, pensées pour sortir par tous les temps ; ce qui, sur une falaise bretonne sous l'averse, est un argument de vente non négligeable. La première moitié propose des planches couleur pour identifier les espèces (fous de Bassan, macareux moines, sternes arctiques, labbes) et la seconde bascule sur du noir et blanc encyclopédique avec des notions d'écologie et des conseils d'observation pratiques. Le tout tient dans une poche de veste. Difficile de ne pas y voir une bonne idée de départ.
Et pourtant. Quarante-huit pages, c'est court. Très court. Pour qui a déjà feuilleté le Guide des oiseaux de mer de Peter Harrison — une brique de 448 pages qui fait autorité — ou même les guides Delachaux & Niestlé plus accessibles, le format imposé ici par la collection laisse un goût d'inachevé. Les espèces traitées sont sélectionnées, forcément, et la couverture géographique reste floue. On tourne les pages en se demandant si le livre s'adresse à l'enfant curieux de dix ans qui ramasse des plumes sur la plage ou à l'adulte qui veut vraiment apprendre à différencier un puffin des Baléares d'un puffin fuligineux. Il ne répond pleinement ni à l'un ni à l'autre.
Les illustrations de Desbordes sont ce qu'elles sont : propres, rigoureuses, avec cette précision du naturaliste de terrain qui sait que l'angle d'une aile compte autant que la couleur d'un bec. Mais en 1996, le public commence à se familiariser avec les guides photographiques, et le dessin, aussi technique soit-il, peine à convaincre tout le monde pour l'identification sur le vif. C'est un choix éditorial cohérent avec la collection, pas une faiblesse rédhibitoire, mais ça se ressent.
Ce qui fonctionne mieux, c'est la partie encyclopédique en noir et blanc. On y sent la patte de Guermeur, dont la connaissance des espèces marines est réelle et documentée, et la plume vulgarisatrice de Dubois, qui sait expliquer sans condescendance. Un paragraphe sur les stratégies de plongeon du fou de Bassan ou sur les migrations de la sterne arctique — l'oiseau qui parcourt annuellement la distance la plus longue de tous les vertébrés, de l'Arctique à l'Antarctique — donne envie d'en savoir plus. C'est là que le livre touche à ce qu'il aurait pu être dans un format moins contraint.
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