Outlander (saison 7, partie 1)
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Ronald D. Moore, le créateur de la série — et père spirituel du reboot de Battlestar Galactica —, a bâti avec Outlander un empire romanesque et télévisuel dont la fidèle armée de fans n'a jamais vraiment faibli depuis 2014. Neuf ans et six saisons plus tard, la septième débarque en juin 2023 sur Starz, découpée en deux parties — une pratique devenue courante depuis que les studios ont découvert qu'on pouvait faire patienter les abonnés deux fois plus longtemps. Cette première moitié de saison 7 repose comme toujours sur le duo Caitríona Balfe et Sam Heughan, entourés de Sophie Skelton, Richard Rankin, John Bell et David Berry, avec la complicité du showrunner Matthew B. Roberts qui signe ici l'avant-dernière ligne droite de la saga. On reprend donc là où la saison 6 nous avait laissés : Claire derrière les barreaux, accusée du meurtre de la jeune Malva Christie, et Jamie quelque part entre la détermination et la panique — son état naturel depuis neuf ans. Cette saison 6, il faut le dire franchement, n'était pas franchement une grande réussite. Raccourcie à huit épisodes à cause de la pandémie de COVID-19, elle avait globalement peiné à remplir ses épisodes, tournant en rond sur Fraser's Ridge sans vraiment s'autoriser à aller quelque part. La saison 7 repart donc avec le poids de finir ce que la précédente n'avait pas eu le temps de conclure, et c'est d'ailleurs ce que font les quatre premiers épisodes : solder les dettes narratives de la saison 6 avant d'entamer véritablement l'adaptation du tome 7 des romans de Diana Gabaldon, *L'Écho des cœurs lointains*. C'est un départ en côte, mais la série s'en sort. Sur le plan scénaristique, cette première partie réserve de belles surprises et quelques déceptions prévisibles. Du côté des surprises, l'arc de Tom Christie, joué avec une sobriété convaincante par Mark Lewis Jones, finit par payer après des saisons entières à nous faire endurer ce personnage austère : les révélations qui entourent sa trajectoire constituent l'un des points les plus forts de ces huit épisodes. La série s'aventure aussi dans le contexte de la Révolution américaine, ce qui insuffle un vrai souffle d'air frais après plusieurs saisons un peu confinées géographiquement. William, le fils secret de Jamie, incarné par Charles Vandervaart, apporte une complexité bienvenue : le voir porter l'uniforme britannique face à son propre père, sans le savoir, c'est exactement le genre de tension dramatique dont la série a besoin pour s'arracher à ses propres habitudes. Il y a en revanche quelque chose de frustrant dans la façon dont les scénaristes expédient certaines révélations — notamment celles sur les Christie au début du deuxième épisode — en quelques flashbacks à peine esquissés. On sent que les showrunners ont voulu éviter de s'appesantir sur des sujets délicats, ce qui est compréhensible, mais l'effet est celui d'une page qu'on tourne trop vite. La principale déception de cette partie, et c'est un sentiment difficile à évacuer, vient de l'arc Roger/Brianna. Ce couple, coincé entre deux siècles et trimballé d'une péripétie à l'autre, génère une intrigue qui peine à décoller. Roger — Richard Rankin fait ce qu'il peut — est un personnage auquel on a du mal à s'attacher vraiment, et ses aventures dans le XX? siècle restent les moments où l'on surveille davantage son téléphone que l'écran. Brianna, de son côté, se retrouve reléguée à la périphérie alors que son propre arc pourrait être passionnant, et c'est un gâchis que la série commet saison après saison sans sembler vraiment en prendre conscience. Sur le fond, Outlander continue de porter une ambition féministe affirmée : Claire Randall reste une femme du XX? siècle projetée dans un monde qui ne sait pas quoi faire des femmes compétentes, et la série ne rate pas une occasion de montrer comment ses connaissances médicales, son indépendance d'esprit et son refus des conventions de l'époque la mettent en danger autant qu'elles la sauvent. C'est toujours le cœur thématique le plus solide de la série — une forme d'épopée féministe déguisée en romance historique. Mais la série conserve aussi un défaut récurrent : son héroïne est tellement irréprochable, tellement moralement infaillible que ça finit par creuser une distance. Le scénario plie toujours pour que Claire reste du bon côté de l'histoire, pour qu'elle soit toujours celle qui avait raison, toujours celle dont les actes étaient justifiés. Game of Thrones avait pourtant démontré qu'un personnage n'a pas besoin d'être sans tache pour être aimable — parfois, c'est exactement l'inverse. Et il y a ces répliques, de temps en temps, qui sonnent un peu creux, un peu trop sages, comme si le personnage récitait une leçon plutôt que de la vivre. Visuellement, en revanche, la série reste d'une tenue irréprochable. La reconstitution de l'Amérique coloniale est soignée, les décors et les costumes maintiennent le niveau élevé qu'on connaît à la production. La caméra cherche toujours les visages plutôt que les effets, s'attarde sur une lumière particulière, sur la poussière dans un rai de soleil, sur les paysages qui composent un plan comme un tableau. Il y a dans cette façon de filmer une attention au détail qui rachète beaucoup — et qui distingue Outlander de ses équivalents plus tape-à-l'œil. La musique de Bear McCreary, fidèle au poste depuis la saison 1, reste discrète dans sa manière d'accompagner l'émotion sans la forcer. Cette saison apporte par ailleurs une curiosité musicale notable : le générique emblématique, *The Skye Boat Song*, est interprété par Sinéad O'Connor — une collaboration enregistrée peu avant la disparition de la chanteuse en juillet 2023, ce qui lui donne rétrospectivement une résonance particulière. Caitríona Balfe et Sam Heughan, eux, n'ont rien perdu de leur alchimie. Neuf ans ensemble à l'écran et leur complicité reste la chose la plus naturelle de la série — on y croit toujours, même quand les dialogues les desservent. Caitríona Balfe en particulier trouve dans cette saison quelques moments de jeu très juste, notamment dans les scènes qui la confrontent à la menace d'une exécution imminente. Mark Lewis Jones impressionne dans un registre sobre et retenu qui tranche avec l'expressivité habituelle du casting. En revanche, dans la version française, le doublage signe une interprétation appliquée, avec Claire Tefnin et Nicolas Matthys dans les rôles principaux : les voix sont bien choisies, mais on perd inévitablement quelque chose des accents — écossais, anglais, américain — qui contribuent tant à l'atmosphère de la version originale. Au fond, cette première partie de la saison 7 tient ses promesses à défaut de les dépasser. C'est une série qui sait exactement ce qu'elle est — un feuilleton romanesque historique et fantastique à grand spectacle, résolument fidèle à son public — et qui, pour la première fois depuis quelques saisons, retrouve une certaine dynamique. Elle ne se renouvelle pas vraiment, elle évite encore trop souvent la prise de risque, mais elle avance, ce qui n'était plus tout à fait le cas. Les amateurs de voyages dans le temps et de drames historiques soignés trouveront aussi leur bonheur du côté de Outlander: Blood of My Blood, le préquel consacré aux parents de Jamie, ou du côté de Reign et The Last Kingdom pour des propositions voisines. Pour ceux qui ont tenu jusqu'ici avec Claire et Jamie : la route est encore longue, mais elle redevient agréable.
Ma note67%
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