Le patient
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Adapté d'une bande dessinée de Timothé Le Boucher parue en 2018 — un thriller graphique qui avait su séduire la critique pour sa tension narrative et son atmosphère oppressante —, Le patient de Christophe Charrier débarque sur les écrans en 2022 avec un casting solide : Txomin Vergez, Clotilde Hesme, Audrey Dana, et même l'Anglais Alex Lawther, révélé dans Black Mirror. Sur le papier, tout est en place pour un thriller psychologique haletant. Dans la salle, c'est une autre histoire. Thomas se réveille à l'hôpital après trois ans de coma. Il ne se souvient de rien, sinon que sa famille a été massacrée et que sa sœur Laura a disparu. Accompagné par la psychologue Anna Kieffer — interprétée par Clotilde Hesme —, il replonge séance après séance dans ses souvenirs pour identifier le meurtrier. Le dispositif narratif est classique mais efficace sur le principe : la mémoire lacunaire, le passé qui remonte par fragments, le présent qui vacille. Shutter Island, Memento, Black Swan ont balisé ce territoire avec brio. Le patient, lui, s'y aventure avec des semelles de plomb. Le scénario, co-écrit par Charrier lui-même, souffre d'un mal rédhibitoire pour un thriller : il ne surprend pas. Le twist final, prévisible bien avant qu'il ne survienne, arrive comme une confirmation plutôt que comme une révélation. Pire, certaines scènes semblent exister hors de toute logique narrative, comme si des pages du script avaient été égarées en cours de route. On cherche le fil, on s'accroche à des indices qui ne mènent nulle part, on attend une montée en puissance qui ne vient jamais vraiment. La bande dessinée originale tirait sa force d'une structure visuelle serrée que le film peine à transposer à l'écran — il y a là une inadéquation entre le medium source et sa traduction cinématographique, que ni le découpage ni le montage ne parviennent à compenser. Les personnages, eux, restent désespérément en surface. Thomas est une coquille vide par construction — son amnésie le justifie, certes —, mais le film ne comble jamais ce vide par autre chose que de la langueur. Anna Kieffer tente d'exister en tant que figure bienveillante et professionnelle, sans qu'on sache vraiment ce qui la motive au-delà de son rôle fonctionnel. Quant aux personnages secondaires, ils traversent l'écran comme des figurants dans leur propre vie. Le récit aurait gagné à les doter d'une épaisseur, d'une ambiguïté, de quoi alimenter la paranoïa du spectateur — mais non. Le film aborde pourtant des thèmes qui méritent mieux que ce traitement anémique : le trauma, la reconstruction identitaire, la violence familiale enfouie, la frontière poreuse entre mémoire réelle et mémoire fabriquée. Ce sont des matières riches, que le cinéma a su explorer avec finesse — Haneke ou Dolan, pour rester franco-phones, n'auraient pas laissé tout ça en jachère. Ici, les thèmes sont posés, identifiés, puis laissés à eux-mêmes, comme des pistes abandonnées dans un bois. Sur le plan de la réalisation, Charrier — dont c'est le premier long-métrage de fiction après plusieurs courts et documentaires — applique un style visuel soigné mais froid. La photographie est propre, les décors hospitaliers et les intérieurs bourgeois contribuent à une atmosphère aseptisée qui colle au propos, mais qui finit par engourdir autant le regard que l'intérêt. La bande-son suit la même logique : discrète, atmosphérique, elle ne prend jamais le risque d'électriser une scène. C'est sage. Trop sage. Ce qui sauve partiellement le film, c'est Txomin Vergez. Jeune acteur encore peu connu du grand public, il porte son personnage avec une sincérité et une fragilité convaincantes, et constitue le principal — presque le seul — point d'ancrage émotionnel de l'ensemble. Clotilde Hesme et Audrey Dana font ce qu'elles peuvent avec ce qu'on leur donne, c'est-à-dire pas grand-chose. On sent les acteurs engagés, conscients sans doute que le scénario ne leur tend pas forcément les perches qu'il aurait dû. Au final, Le patient est un thriller qui ne prend jamais vraiment ses risques. On arrive avec l'appétit aiguisé par un matériau source solide et un pitch accrocheur, et on repart un peu rassasié de rien — comme après un repas dont on attendait beaucoup et qui s'est avéré convenable sans être mémorable. Ceux qui cherchent un thriller psychologique autrement plus roboratif iront volontiers (re)voir The Hole in the Ground, Midsommar ou, plus près de nous, Petit Paysan — des films qui, eux, savent instiller un malaise durable. Le patient, lui, mérite peut-être qu'on lui accorde un peu de repos.
Ma note47%
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