Plan B
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Adaptée de la série québécoise imaginée par Jean-François Asselin et Jacques Drolet, Plan B arrive en 2021 sur TF1 sous la forme d’une mini-série française portée par Julie de Bona, Bruno Debrandt, Kim Higelin et Tom Leeb. Le genre est connu : un drame familial avec un soupçon de science-fiction, juste assez pour dérégler le quotidien, pas assez pour convoquer Interstellar, les tableaux noirs et les trous de ver dans le salon. On est sur TF1, donc le contrat est clair : ça doit être lisible, efficace, émotionnel, pas expérimental. Et, pour une fois, ce cadre un peu sage sert plutôt bien l’histoire.
À Marseille, Florence mène une vie déjà bien encombrée : un ex-mari, deux enfants, une émission de radio, des engagements féministes, une énergie de battante qui donne parfois l’impression qu’elle a coché « tenir debout » comme option obligatoire dans son abonnement à l’existence. Puis tout s’effondre. Sa fille de seize ans, Lou, se suicide. Le drame est brutal, frontal, insoutenable par moments, parce qu’il repose sur une idée très simple et très cruelle : Florence n’a pas vu, ou pas assez vu, le mal-être de son enfant. Elle n’a pas su comprendre les signaux, les silences, les angles morts. Et puis arrive l’agence Plan B, étrange société capable de renvoyer ses clients dans le passé pour modifier le cours des événements. Deuxième chance, donc. Ou plutôt deuxième cauchemar, parce que la série comprend assez vite que réparer le passé, ce n’est pas appuyer sur « annuler » dans Word.
Le scénario est clairement la meilleure raison de regarder la série. Pas parce qu’il révolutionne le voyage temporel — il ne faut pas exagérer, on n’est ni chez Primer, ni chez Dark — mais parce qu’il utilise son idée fantastique avec une vraie intelligence émotionnelle. Le dispositif est simple, presque trop simple, mais il fonctionne. Chaque retour en arrière oblige Florence à affronter autre chose que l’événement lui-même : ses certitudes, sa manière d’aimer, son besoin de contrôle, ses propres aveuglements. Là où une version plus paresseuse aurait empilé les paradoxes comme des Lego mal rangés, Plan B préfère creuser la mécanique du regret. C’est moins spectaculaire, mais plus juste.
Ce qui surprend agréablement, c’est que la série parvient à garder des cartes en main jusqu’au bout. On croit parfois avoir compris où elle va, puis elle bifurque. Pas toujours avec une virtuosité folle, mais avec assez de sens du récit pour relancer l’intérêt. C’est court, ramassé, et ça lui évite de se regarder pédaler. Le format mini-série lui va très bien : six épisodes, pas de ventre mou interminable, pas de sous-intrigue de remplissage avec le voisin mystérieux qui cache une cave pleine de dossiers. Quelques facilités demeurent, bien sûr. L’agence temporelle reste assez floue, certaines situations sont un peu appuyées, et le scénario accepte parfois des raccourcis pour préserver l’émotion. Mais dans l’ensemble, la série tient debout, avance vite, et réussit cette chose pas si courante : donner envie de connaître la fin sans prendre le spectateur pour un poisson rouge.
Les personnages, eux, sont plus intéressants par leurs failles que par leur originalité pure. Florence est le vrai centre de gravité : une femme forte, mais pas héroïque au sens confortable du terme. Elle peut être admirable, agaçante, courageuse, injuste, aimante et complètement à côté de la plaque dans la même scène. C’est précisément ce qui la rend crédible. La série ne lui donne pas seulement une mission (sauver sa fille), elle lui impose une déconstruction. Elle doit apprendre que l’amour parental ne protège pas de tout, surtout pas de l’incompréhension. Lou, de son côté, n’est pas seulement « la fille en détresse » autour de laquelle tout tourne. La série lui donne une intériorité, une part d’opacité, et rappelle avec justesse qu’un adolescent n’est pas un dossier à résoudre, même avec le mode voyage temporel activé.
Les personnages secondaires remplissent parfois des fonctions plus attendues. L’ex-mari, les collègues, les proches : tout le monde n’échappe pas aux cases habituelles du drame familial télévisé. Mais la série a le bon goût de ne pas les transformer en pantins. Les relations changent légèrement à chaque tentative, comme si le passé était un Rubik’s cube émotionnel : on aligne une face, on dérègle les autres. Ce n’est pas d’une finesse constante, mais c’est souvent assez pertinent pour toucher juste.
Le fond de Plan B est évidemment moins le voyage dans le temps que la culpabilité. Que ferait-on si l’on pouvait revenir avant la catastrophe ? Quel détail changerait-on ? Une phrase ? Un trajet ? Une dispute ? Une absence ? La série parle de parentalité, de deuil, de santé mentale adolescente, mais aussi de ce fantasme très humain : croire qu’il existe quelque part une version parfaite de nous-mêmes, celle qui aurait su quoi dire au bon moment. C’est là qu’elle est la plus émouvante. Elle montre que vouloir sauver quelqu’un ne signifie pas forcément le comprendre. Et que l’amour, même immense, peut être maladroit, intrusif, aveugle. Pour une série diffusée sur une grande chaîne généraliste, c’est plutôt courageux de s’attaquer à un sujet aussi lourd sans le diluer complètement dans le suspense.
La réalisation, soyons honnête, reste dans les clous TF1. C’est propre. C’est lisible. C’est correctement éclairé. Marseille est là, mais sans devenir un personnage à part entière. On ne sent pas une patte de cinéaste prête à renverser la table basse du salon. Rien ne déborde, rien ne gratte vraiment l’image. On est dans une mise en scène fonctionnelle, calibrée, parfois un peu trop sage, qui accompagne le récit plus qu’elle ne le transcende. La photographie fait le travail, la bande-son aussi, sans jamais provoquer ce petit frisson musical qui donne envie de chercher immédiatement le compositeur. Quant aux effets liés au voyage temporel, ils restent modestes, mais ce n’est pas forcément un problème : la série n’a pas besoin de grands portails lumineux façon Doctor Who. Son fantastique est administratif, presque banal, et c’est même ce qui lui donne une petite étrangeté amusante.
Côté interprétation, on reste sur le même constat : solide, impliqué, rarement renversant. Julie de Bona porte la série avec sincérité. Elle a cette énergie très directe, très accessible, qui colle bien à Florence. Par moments, j’aurais aimé quelque chose de plus rugueux, de moins démonstratif, surtout dans les scènes les plus chargées émotionnellement. Mais elle tient le rôle, et elle le tient bien. Kim Higelin, dans le rôle de Lou, apporte une fragilité plus trouble, plus retenue, et c’est souvent dans cette retenue que la série trouve ses moments les plus justes. Bruno Debrandt et Tom Leeb complètent l’ensemble avec sérieux, même si leurs personnages n’ont pas toujours la même densité dramatique.
Ce qui m’a plu, au fond, c’est que Plan B assume son identité de série populaire sans renoncer à une vraie ambition narrative. Elle ne cherche pas à être plus chic qu’elle ne l’est. Elle ne prétend pas refaire Black mirror sur le Vieux-Port. Elle prend un concept assez fort, le branche sur un drame intime, et déroule une histoire qui se regarde très bien, parfois avec la gorge serrée, parfois avec un petit sourire devant certaines situations presqu'absurdes. Parce que oui, c’est aussi parfois drôle, ou du moins traversé par cette ironie cruelle propre aux récits de seconde chance : on corrige une erreur, et la vie vous répond en créant un autre problème. Très aimable, vraiment.
Tout n’est pas mémorable. La mise en scène manque de relief, la musique reste discrète jusqu’à l’effacement, certains dialogues appuient là où ils auraient pu suggérer, et l’habillage général sent parfois la série du lundi soir qui veut rassurer autant qu’émouvoir. Mais le scénario est suffisamment original, suffisamment bien construit, suffisamment prenant pour que ces limites ne gâchent pas l’expérience. Plan B réussit surtout parce qu’elle va au bout de son idée sans trop s’éparpiller, et parce qu’elle comprend que le vrai suspense n’est pas « va-t-elle sauver sa fille ? », mais « que devra-t-elle accepter de perdre pour comprendre ce qui lui échappe ? ».
Au final, c’est une bonne surprise. Pas une claque, pas une série culte qu’on brandira dans dix ans comme l’alpha et l’oméga du fantastique francophone, mais une mini-série courte, efficace, émouvante et assez maligne pour rester en tête après le générique.
À Marseille, Florence mène une vie déjà bien encombrée : un ex-mari, deux enfants, une émission de radio, des engagements féministes, une énergie de battante qui donne parfois l’impression qu’elle a coché « tenir debout » comme option obligatoire dans son abonnement à l’existence. Puis tout s’effondre. Sa fille de seize ans, Lou, se suicide. Le drame est brutal, frontal, insoutenable par moments, parce qu’il repose sur une idée très simple et très cruelle : Florence n’a pas vu, ou pas assez vu, le mal-être de son enfant. Elle n’a pas su comprendre les signaux, les silences, les angles morts. Et puis arrive l’agence Plan B, étrange société capable de renvoyer ses clients dans le passé pour modifier le cours des événements. Deuxième chance, donc. Ou plutôt deuxième cauchemar, parce que la série comprend assez vite que réparer le passé, ce n’est pas appuyer sur « annuler » dans Word.
Le scénario est clairement la meilleure raison de regarder la série. Pas parce qu’il révolutionne le voyage temporel — il ne faut pas exagérer, on n’est ni chez Primer, ni chez Dark — mais parce qu’il utilise son idée fantastique avec une vraie intelligence émotionnelle. Le dispositif est simple, presque trop simple, mais il fonctionne. Chaque retour en arrière oblige Florence à affronter autre chose que l’événement lui-même : ses certitudes, sa manière d’aimer, son besoin de contrôle, ses propres aveuglements. Là où une version plus paresseuse aurait empilé les paradoxes comme des Lego mal rangés, Plan B préfère creuser la mécanique du regret. C’est moins spectaculaire, mais plus juste.
Ce qui surprend agréablement, c’est que la série parvient à garder des cartes en main jusqu’au bout. On croit parfois avoir compris où elle va, puis elle bifurque. Pas toujours avec une virtuosité folle, mais avec assez de sens du récit pour relancer l’intérêt. C’est court, ramassé, et ça lui évite de se regarder pédaler. Le format mini-série lui va très bien : six épisodes, pas de ventre mou interminable, pas de sous-intrigue de remplissage avec le voisin mystérieux qui cache une cave pleine de dossiers. Quelques facilités demeurent, bien sûr. L’agence temporelle reste assez floue, certaines situations sont un peu appuyées, et le scénario accepte parfois des raccourcis pour préserver l’émotion. Mais dans l’ensemble, la série tient debout, avance vite, et réussit cette chose pas si courante : donner envie de connaître la fin sans prendre le spectateur pour un poisson rouge.
Les personnages, eux, sont plus intéressants par leurs failles que par leur originalité pure. Florence est le vrai centre de gravité : une femme forte, mais pas héroïque au sens confortable du terme. Elle peut être admirable, agaçante, courageuse, injuste, aimante et complètement à côté de la plaque dans la même scène. C’est précisément ce qui la rend crédible. La série ne lui donne pas seulement une mission (sauver sa fille), elle lui impose une déconstruction. Elle doit apprendre que l’amour parental ne protège pas de tout, surtout pas de l’incompréhension. Lou, de son côté, n’est pas seulement « la fille en détresse » autour de laquelle tout tourne. La série lui donne une intériorité, une part d’opacité, et rappelle avec justesse qu’un adolescent n’est pas un dossier à résoudre, même avec le mode voyage temporel activé.
Les personnages secondaires remplissent parfois des fonctions plus attendues. L’ex-mari, les collègues, les proches : tout le monde n’échappe pas aux cases habituelles du drame familial télévisé. Mais la série a le bon goût de ne pas les transformer en pantins. Les relations changent légèrement à chaque tentative, comme si le passé était un Rubik’s cube émotionnel : on aligne une face, on dérègle les autres. Ce n’est pas d’une finesse constante, mais c’est souvent assez pertinent pour toucher juste.
Le fond de Plan B est évidemment moins le voyage dans le temps que la culpabilité. Que ferait-on si l’on pouvait revenir avant la catastrophe ? Quel détail changerait-on ? Une phrase ? Un trajet ? Une dispute ? Une absence ? La série parle de parentalité, de deuil, de santé mentale adolescente, mais aussi de ce fantasme très humain : croire qu’il existe quelque part une version parfaite de nous-mêmes, celle qui aurait su quoi dire au bon moment. C’est là qu’elle est la plus émouvante. Elle montre que vouloir sauver quelqu’un ne signifie pas forcément le comprendre. Et que l’amour, même immense, peut être maladroit, intrusif, aveugle. Pour une série diffusée sur une grande chaîne généraliste, c’est plutôt courageux de s’attaquer à un sujet aussi lourd sans le diluer complètement dans le suspense.
La réalisation, soyons honnête, reste dans les clous TF1. C’est propre. C’est lisible. C’est correctement éclairé. Marseille est là, mais sans devenir un personnage à part entière. On ne sent pas une patte de cinéaste prête à renverser la table basse du salon. Rien ne déborde, rien ne gratte vraiment l’image. On est dans une mise en scène fonctionnelle, calibrée, parfois un peu trop sage, qui accompagne le récit plus qu’elle ne le transcende. La photographie fait le travail, la bande-son aussi, sans jamais provoquer ce petit frisson musical qui donne envie de chercher immédiatement le compositeur. Quant aux effets liés au voyage temporel, ils restent modestes, mais ce n’est pas forcément un problème : la série n’a pas besoin de grands portails lumineux façon Doctor Who. Son fantastique est administratif, presque banal, et c’est même ce qui lui donne une petite étrangeté amusante.
Côté interprétation, on reste sur le même constat : solide, impliqué, rarement renversant. Julie de Bona porte la série avec sincérité. Elle a cette énergie très directe, très accessible, qui colle bien à Florence. Par moments, j’aurais aimé quelque chose de plus rugueux, de moins démonstratif, surtout dans les scènes les plus chargées émotionnellement. Mais elle tient le rôle, et elle le tient bien. Kim Higelin, dans le rôle de Lou, apporte une fragilité plus trouble, plus retenue, et c’est souvent dans cette retenue que la série trouve ses moments les plus justes. Bruno Debrandt et Tom Leeb complètent l’ensemble avec sérieux, même si leurs personnages n’ont pas toujours la même densité dramatique.
Ce qui m’a plu, au fond, c’est que Plan B assume son identité de série populaire sans renoncer à une vraie ambition narrative. Elle ne cherche pas à être plus chic qu’elle ne l’est. Elle ne prétend pas refaire Black mirror sur le Vieux-Port. Elle prend un concept assez fort, le branche sur un drame intime, et déroule une histoire qui se regarde très bien, parfois avec la gorge serrée, parfois avec un petit sourire devant certaines situations presqu'absurdes. Parce que oui, c’est aussi parfois drôle, ou du moins traversé par cette ironie cruelle propre aux récits de seconde chance : on corrige une erreur, et la vie vous répond en créant un autre problème. Très aimable, vraiment.
Tout n’est pas mémorable. La mise en scène manque de relief, la musique reste discrète jusqu’à l’effacement, certains dialogues appuient là où ils auraient pu suggérer, et l’habillage général sent parfois la série du lundi soir qui veut rassurer autant qu’émouvoir. Mais le scénario est suffisamment original, suffisamment bien construit, suffisamment prenant pour que ces limites ne gâchent pas l’expérience. Plan B réussit surtout parce qu’elle va au bout de son idée sans trop s’éparpiller, et parce qu’elle comprend que le vrai suspense n’est pas « va-t-elle sauver sa fille ? », mais « que devra-t-elle accepter de perdre pour comprendre ce qui lui échappe ? ».
Au final, c’est une bonne surprise. Pas une claque, pas une série culte qu’on brandira dans dix ans comme l’alpha et l’oméga du fantastique francophone, mais une mini-série courte, efficace, émouvante et assez maligne pour rester en tête après le générique.
Ma note72%
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