Plancha
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La comédie chorale française a ses rituels immuables, et Eric Lavaine les connaît sur le bout des doigts. Depuis Poltergay en 2006, il s'est taillé une petite niche dans le cinéma populaire hexagonal, cumulant plus de huit millions d'entrées au box-office. Plancha, sorti en octobre 2022, est la suite de son film le plus célèbre, Barbecue, petit carton de 2014 qui avait attiré 1,6 million de spectateurs avec exactement la même recette : une bande d'amis quadras, des vacances qui partent en sucette, et une pelletée de répliques ciselées pour faire oublier l'absence totale de scénario. On retrouve donc Lambert Wilson, Franck Dubosc, Guillaume de Tonquédec, Jérôme Commandeur et Lionel Abelanski entourés de leurs partenaires féminines, Caroline Anglade, Sophie Duez, Lysiane Meis, Valérie Crouzet et Alice Llenas, huit ans ayant passé pour les personnages comme pour les acteurs. Le film aurait dû s'appeler 100% Bretagne : Lavaine avait imaginé une histoire originale centrée sur des vacanciers bloqués sous la pluie bretonne. Puis, avec son co-scénariste Hector Cabello Reyes, l'idée de recycler la troupe de Barbecue s'est imposée, permettant, selon ses propres mots, "d'entrer tout de suite dans leur problématique sans avoir besoin de les caractériser longuement". Traduction honnête : on économise du travail d'écriture en se reposant sur l'attachement du public aux personnages existants. Quant au titre, c'est Guillaume de Tonquédec qui l'avait lancé en plaisantant lors de la tournée de promo de Barbecue, suggérant qu'après le barbecue viendrait la plancha, puis la pierrade à la montagne. La boutade est devenue film. L'anecdote est savoureuse — et dit, sans le vouloir, tout ce qu'il y a à savoir sur la profondeur du projet. Yves fête ses cinquante ans. Le groupe d'amis lyonnais, dont les vacances grecques ont été compromises par une grève, se retrouve donc contraint de célébrer l'événement dans le manoir familial breton d'Yves, sous un déluge qui aurait découragé un menhir. La météo capricieuse va mettre les nerfs à vif, et l'anniversaire sera l'occasion de révélations fracassantes — ou de ce que le film appelle des révélations, en tout cas. L'intrigue repose sur quelques ressorts classiques : le secret de paternité, la jalousie conjugale, les vacheries entre vieux amis. C'est exactement ce qu'on attend, et c'est exactement ce qu'on obtient, sans un gramme de surplus ni de surprise. Le scénario, s'il mérite ce nom, fonctionne davantage comme un prétexte à sketches qu'à une véritable architecture narrative. Les situations s'enchaînent avec la mécanique prévisible d'un vaudeville de boulevard : une bêtise révélée, une réaction disproportionnée, un rebondissement convenu, recommencer. On a tellement l'impression de regarder un film au pilote automatique que la citation Game of Thrones glissée pour "faire jeune" achève de trahir la démarche : Lavaine vise le divertissement confortable, sans jamais prendre le risque de déstabiliser son public d'un seul centimètre. Ce qui frappe le plus, c'est le traitement des personnages. Les hommes sont distribués selon une taxonomie des archétypes masculins d'une clarté désarmante : l'aigri à la critique facile, le naïf heureux, le jaloux compulsif, le simple jovial. Il ne manquait que le timide et l'atchoum pour compléter la blanche-neige au masculin. Quant aux personnages féminins, ils sont laissés à l'abandon avec une désinvolture qui ne passe plus aussi facilement qu'en 2014 : réduites à réagir aux foucades de leurs compagnons, elles n'existent dans le film qu'en creux, comme des accessoires de caractérisation des hommes plutôt que comme des individus à part entière. Caroline Anglade et Sophie Duez font ce qu'elles peuvent, mais le texte ne leur offre tout simplement pas grand-chose à mordre. Sur le fond, Plancha prétend parler d'amitié durable, de ces liens qui résistent aux années, aux mensonges et aux rancœurs accumulées. C'est un territoire fertile, que des films comme Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet ou Nous finirons ensemble ont arpenté avec davantage de profondeur et d'ambition. Lavaine, lui, effleure les thèmes sans jamais y plonger : la jalousie reste une blague, le secret de paternité un ressort mélodramatique vite résolu, et l'amitié une évidence qu'on ne questionne jamais vraiment. Ce refus de l'inconfort dramatique, c'est à la fois ce qui rend le film regardable sans effort et ce qui l'empêche d'être mémorable. La réalisation est fonctionnelle, propre, sans aspérité. La Bretagne est belle, les paysages de lande et les plages de sable fin sont filmés avec un soin touristique appréciable, et la lumière brumeuse donne une atmosphère qui aurait pu nourrir quelque chose de plus ambitieux. La bande sonore suit le cahier des charges de la comédie populaire française sans se distinguer. C'est bien fait, c'est suffisant, c'est oubliable. Le casting, lui, est la raison principale pour laquelle le film reste regardable. Guillaume de Tonquédec compose avec aisance son quinqua dépassé par les événements, Jérôme Commandeur assure en pitre sympathique, et même Franck Dubosc, habitué aux comédies plus rugueuses, se fond dans l'ensemble sans chercher à vampiriser le film. Lambert Wilson, acteur d'une tout autre trempe habituellement, semble vaguement surdimensionné pour le registre, comme si on avait demandé à un chef étoilé de réchauffer une pizza surgelée — il s'y emploie avec bonne grâce, mais l'adéquation n'est pas parfaite. La troupe a une vraie complicité à l'écran, et c'est finalement le seul capital réel du film. Suite sans grand intérêt, Plancha offre néanmoins le plaisir pépère de retrouver la petite bande, et c'est à peu près tout ce qu'il promet. Pour qui a aimé Barbecue, c'est une extension acceptable, comme un album de groupe de rock qui reprend exactement les recettes du précédent : les fans seront contents, les autres hausseront les épaules. Pour une comédie chorale plus ambitieuse sur fond de vacances entre quadras, Les Petits Mouchoirs reste la référence qui écrase tout le reste, à commencer par ça.
Ma note52%
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