Precious
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Il y a des films qu'on redoute d'avance, tant ils semblent cocher toutes les cases du « film à Oscars ». Precious avait tout, sur le papier, pour en faire partie : un récit de misère sociale extrême, un casting improbable (avec Mariah Carey et Lenny Kravitz au générique), une réalisatrice transgressive derrière la caméra, une première apparition bouleversante dans le rôle-titre... Et pourtant, au lieu de sombrer dans le pathos putassier ou la surenchère lacrymale, Lee Daniels signe un film rude, étrangement pudique, et par endroits, presque lumineux.
Adapté du roman Push de Sapphire, Precious suit Claireece, dite Precious, une adolescente obèse, analphabète, enceinte de son deuxième enfant, résultat des viols répétés par son propre père. Chez elle, la violence continue : sa mère la frappe, la rabaisse, l'humilie. Un jour, une conseillère scolaire lui propose d'intégrer une école alternative. Là, elle découvre un autre monde, où l'on peut apprendre, parler, être écoutée. Entourée de figures bienveillantes, Precious tente d'entrevoir une issue.
Le scénario, certes, est une somme de malheurs à faire passer les Brontë pour des auteurs de feel-good novels. Mais il faut lui reconnaître une qualité rare : celle de refuser l'illustration facile. Les pires horreurs sont parfois suggérées, ou livrées dans une parole crue, brutale, jamais esthétisées. Le récit reste concentré sur son personnage, et sur sa lente et douloureuse émancipation. Si certains rebondissements paraissent un peu téléphonés, l'ensemble s'écarte suffisamment du mélodrame automatique pour imposer un ton à part.
Le personnage de Precious est un paradoxe vivant : une adolescente invisible qui capte la lumière, une jeune fille silencieuse qu'on n'oubliera plus. Elle se découvre, pas à pas, et avec elle, c'est une personnalité entière qui s'esquisse, entre hargne, désirs enfouis, et besoin d'amour. Les figures secondaires, loin d'être de simples faire-valoir, offrent toutes un contrepoint : Mary, la mère, glaçante, autant que pitoyable ; Miss Rain, l'institutrice, d'une douceur qui n'est jamais mièvre ; ou Miss Weiss, assistante sociale au regard sec, mais juste.
Les thèmes abordés sont vertigineux. L'inceste, la misère, l'illettrisme, le racisme, la parentalité, l'homophobie, le VIH, la honte, la dignité... Mais à aucun moment le film ne déroule un discours pré-mâché. Tout passe par les regards, les gestes, les silences. Parfois, des séquences oniriques surgissent : Precious s'évade, se voit star, aimée, belle. Ces parenthèses kitsch et colorées, loin de nuire au réalisme, le densifient. Elles donnent une poignante idée de ce que le rêve peut être, même dans l'Enfer.
La réalisation de Lee Daniels est à la fois brute et à fleur de peau. Caméra à l'épaule, lumière crue, grain sale... on pense parfois à The wire ou The shield. Mais Precious n'est pas une chronique urbaine, c'est une plongée intime, presqu'organique. Le montage, parfois nerveux, parfois contemplatif, accompagne la progression intérieure du personnage. Mention spéciale à la scène finale entre Precious et Mary, d'une intensité rare, déchirante, sans pathos ni musique larmoyante. Juste deux femmes face à face. Et le vide entre elles.
Gabourey Sidibe, dans son premier rôle, incarne Precious avec une véracité déconcertante. Elle n'interprète pas, elle est. Elle donne à voir un corps qui souffre, une identité qui lutte. Mais celle qu'on n'oubliera pas, c'est Mo'Nique. En Mary, elle livre une prestation à glacer le sang. Rarement la violence n'aura été filmée ainsi, débarrassée de toute tentation spectaculaire. Cette mère est un monstre, mais c'est un monstre brisé, et l'actrice le rend palpable, jusqu'à l'écœurement. On comprend pourquoi les récompenses ont plu sur elle. Quant à Mariah Carey, même sans maquillage ni projecteurs, elle impressionne en assistante sociale sobre et humaine. Une véritable surprise.
Au final, Precious est un film qui serre la gorge sans la prendre en otage. Il n'est pas exempt de maladresses ni d'effets appuyés, mais il parvient à imposer un ton, un regard, et une sincérité désarmante. On pense à Elephant man, à Rosetta, à La tête haute. Il n'y a pas de morale imposée, pas de leçon balancée à la figure. Juste la trace qu'une jeune fille laisse, quand elle décide enfin d'exister.
Adapté du roman Push de Sapphire, Precious suit Claireece, dite Precious, une adolescente obèse, analphabète, enceinte de son deuxième enfant, résultat des viols répétés par son propre père. Chez elle, la violence continue : sa mère la frappe, la rabaisse, l'humilie. Un jour, une conseillère scolaire lui propose d'intégrer une école alternative. Là, elle découvre un autre monde, où l'on peut apprendre, parler, être écoutée. Entourée de figures bienveillantes, Precious tente d'entrevoir une issue.
Le scénario, certes, est une somme de malheurs à faire passer les Brontë pour des auteurs de feel-good novels. Mais il faut lui reconnaître une qualité rare : celle de refuser l'illustration facile. Les pires horreurs sont parfois suggérées, ou livrées dans une parole crue, brutale, jamais esthétisées. Le récit reste concentré sur son personnage, et sur sa lente et douloureuse émancipation. Si certains rebondissements paraissent un peu téléphonés, l'ensemble s'écarte suffisamment du mélodrame automatique pour imposer un ton à part.
Le personnage de Precious est un paradoxe vivant : une adolescente invisible qui capte la lumière, une jeune fille silencieuse qu'on n'oubliera plus. Elle se découvre, pas à pas, et avec elle, c'est une personnalité entière qui s'esquisse, entre hargne, désirs enfouis, et besoin d'amour. Les figures secondaires, loin d'être de simples faire-valoir, offrent toutes un contrepoint : Mary, la mère, glaçante, autant que pitoyable ; Miss Rain, l'institutrice, d'une douceur qui n'est jamais mièvre ; ou Miss Weiss, assistante sociale au regard sec, mais juste.
Les thèmes abordés sont vertigineux. L'inceste, la misère, l'illettrisme, le racisme, la parentalité, l'homophobie, le VIH, la honte, la dignité... Mais à aucun moment le film ne déroule un discours pré-mâché. Tout passe par les regards, les gestes, les silences. Parfois, des séquences oniriques surgissent : Precious s'évade, se voit star, aimée, belle. Ces parenthèses kitsch et colorées, loin de nuire au réalisme, le densifient. Elles donnent une poignante idée de ce que le rêve peut être, même dans l'Enfer.
La réalisation de Lee Daniels est à la fois brute et à fleur de peau. Caméra à l'épaule, lumière crue, grain sale... on pense parfois à The wire ou The shield. Mais Precious n'est pas une chronique urbaine, c'est une plongée intime, presqu'organique. Le montage, parfois nerveux, parfois contemplatif, accompagne la progression intérieure du personnage. Mention spéciale à la scène finale entre Precious et Mary, d'une intensité rare, déchirante, sans pathos ni musique larmoyante. Juste deux femmes face à face. Et le vide entre elles.
Gabourey Sidibe, dans son premier rôle, incarne Precious avec une véracité déconcertante. Elle n'interprète pas, elle est. Elle donne à voir un corps qui souffre, une identité qui lutte. Mais celle qu'on n'oubliera pas, c'est Mo'Nique. En Mary, elle livre une prestation à glacer le sang. Rarement la violence n'aura été filmée ainsi, débarrassée de toute tentation spectaculaire. Cette mère est un monstre, mais c'est un monstre brisé, et l'actrice le rend palpable, jusqu'à l'écœurement. On comprend pourquoi les récompenses ont plu sur elle. Quant à Mariah Carey, même sans maquillage ni projecteurs, elle impressionne en assistante sociale sobre et humaine. Une véritable surprise.
Au final, Precious est un film qui serre la gorge sans la prendre en otage. Il n'est pas exempt de maladresses ni d'effets appuyés, mais il parvient à imposer un ton, un regard, et une sincérité désarmante. On pense à Elephant man, à Rosetta, à La tête haute. Il n'y a pas de morale imposée, pas de leçon balancée à la figure. Juste la trace qu'une jeune fille laisse, quand elle décide enfin d'exister.
Ma note68%
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