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· Julien   Lepage

Quatre garçons pleins d'avenir
Jean-Paul Lilienfeld
1997

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Illustration de critique : Quatre garçons pleins d'avenir
Voilà douze ans que Jean-Paul Lilienfeld a tenté de capturer l'esprit potache de la fin des années 90 avec Quatre garçons pleins d'avenir, cette comédie estudiantine produite par Thierry Lhermitte lui-même, qui y fait d'ailleurs une apparition savoureuse. Le film débarquait en août 1997, le même jour que Men in black : autant dire que le timing n'était pas franchement optimal. Pourtant, avec son casting de jeunes acteurs alors inconnus (Olivier Brocheriou, Olivier Sitruk, Stéphan Guérin-Tillié et Éric Berger), le métrage avait des ambitions sympathiques : devenir la version française de ces teen movies américains qui cartonnaient outre-Atlantique.

On suit donc les mésaventures nocturnes de quatre étudiants en droit à Aix-en-Provence. Arnaud, le « bon gros » comme on dit sans ménagement, vient d'échouer pour la troisième fois consécutive à sa première année. Catastrophe existentielle. Ses trois copains, Breitling l'étudiant modèle qui bosse chez Quick, Johan le dragueur invétéré et Axel le timide alcoolisé, décident de lui remonter le moral en l'embarquant dans une virée mémorable. Au volant de la Mercedes de la mère d'Arnaud, ornée de néons violets et jouant la Cucaracha à chaque démarrage (détail qui en dit long sur l'époque), le quatuor enchaîne les soirées, les embrouilles et les rencontres improbables. Entre le flic ripou qui les rançonne, l'accident de voiture et les tentatives de séduction pathétiques, la nuit va déraper jusqu'à un acte désespéré : trafiquer les résultats d'examen avec l'aide de Georges, l'ex-légionnaire gardien de nuit incarné par Patrick Sébastien dans un rôle étonnamment réussi.

Le scénario, écrit par Jean-Patrick Benes et Laurent Molinaro (qui étaient eux-mêmes étudiants en droit à Aix à l'époque), possède cette authenticité brute des histoires vraies. On sent qu'il y a du vécu derrière ces délires estudiants, cette fraternité masculine un brin machiste, ces dialogues qui claquent comme des private jokes de soirées arrosées. Le problème, c'est que cette sincérité ne suffit pas à masquer une structure narrative bancale. Le film hésite constamment entre la chronique de jeunesse nostalgique façon Le péril jeune de Cédric Klapisch et la pure farce potache qui lorgne sur Les sous-doués de Claude Zidi. Cette indécision permanente fait que le récit s'égare régulièrement dans des scènes qui ne mènent nulle part, comme ce passage dans une soirée privée qui aurait mérité d'être coupé au montage.

Les situations s'enchaînent avec une logique approximative : comment croire sérieusement à ce coup de la falsification des notes qui occupe le dernier tiers ? Et certains gags tombent à plat par excès de prévisibilité. On reconnaît d'ailleurs sans peine des emprunts directs à d'autres comédies, notamment ce moment où le « gros » se fait pousser par la fenêtre, recyclage assumé de scènes des Ripoux ou de Banzaï. Cette tendance au plagiat gentillet finit par agacer.

Côté personnages, on navigue en eaux troubles. Arnaud incarne le loser sympathique, mais sa caractérisation ne dépasse jamais le stade du croquis. C'est « le gros », point. Il échoue, il se fait humilier, il espère séduire sans jamais y parvenir… jusqu'à ce que le scénario lui accorde miraculeusement une victoire finale qui sonne faux. Ses trois acolytes relèvent du même schématisme : le beau gosse séducteur, le timide qui picole, le frimeur obsédé par les marques. Ces archétypes fonctionnent dans l'absolu, mais aucun ne bénéficie d'une épaisseur suffisante pour qu'on s'y attache vraiment. Ils demeurent des faire-valoir, des silhouettes agitées qui servent de prétexte aux situations comiques plutôt que de véritables individus. L'amitié qui les lie, pourtant censée être le cœur du film, reste superficielle, réduite à des tapes dans le dos et des vannes graveleuses. On est loin de la complexité des relations masculines explorées dans Génération 90 ou même dans les meilleurs moments d'American pie (c'est dire !).

Ce qui transparaît malgré tout, c'est une certaine nostalgie pour ces années pré-Internet où la jeunesse s'ennuyait glorieusement. Le film témoigne d'une époque charnière, celle où le portable commençait à peine à se démocratiser, où la fête se construisait dans l'improvisation totale. Il y a quelque chose de touchant dans cette représentation de la « flemmitude » estudiantine, ce refus joyeux de grandir trop vite. Malheureusement, Lilienfeld ne parvient jamais à transcender ce simple constat générationnel pour en faire un véritable propos. Le film se contente d'observer ces quatre garçons sans vraiment interroger ce qu'ils représentent, sans creuser la question de leur avenir… pourtant dans le titre. On reste à la surface d'une jeunesse dorée, certes attachante, mais finalement peu questionnée dans ses privilèges et ses limites.

Techniquement, le film accuse son petit budget et son tournage visiblement expédié. La réalisation de Lilienfeld manque cruellement de personnalité : caméra à l'épaule sans motivation, cadres conventionnels, montage haché qui tente désespérément de donner du rythme à des scènes molles. On sent que le réalisateur, qui avait pourtant de l'expérience comme acteur chez Claude Zidi justement, n'a pas réussi à imprimer sa patte. La photographie oscille entre le tape-à-l'œil nocturne des boîtes de nuit et une platitude diurne qui ne rend aucun service aux extérieurs aixois. Quant à la bande originale, elle compile des morceaux électro-rock de l'époque sans jamais créer une véritable identité sonore. On est aux antipodes de l'inventivité visuelle d'un Mathieu Kassovitz dans La haine deux ans plus tôt, qui prouvait qu'on pouvait faire du cinéma français contemporain visuellement excitant.

Du côté des comédiens, le tableau est contrasté. Les quatre jeunes acteurs principaux manquent cruellement d'expérience et ça se voit. Brocheriou force son jeu dans les moments censément émouvants, Sitruk en fait des caisses dans le registre du tombeur. Guérin-Tillié et Berger se fondent dans le décor sans véritablement exister. On sent que Lilienfeld a laissé ses acteurs en roue libre, faute peut-être de temps ou de moyens pour affiner les interprétations. Heureusement, les seconds rôles relèvent le niveau. Patrick Sébastien, étonnamment juste en ex-militaire bourru et légèrement ambigu, apporte une vraie présence là où on ne l'attendait pas. Lhermitte, en flic véreux qui rackette nos héros, livre une prestation savoureuse de salaud cynique, confirmant qu'il reste l'un des meilleurs acteurs comiques français. Roland Giraud en doyen hautain est également impeccable dans son court passage. Ces apparitions rappellent cruellement le gouffre qui sépare les professionnels aguerris des débutants maladroits.

Avec le recul, Quatre garçons pleins d'avenir reste coincé dans un entre-deux inconfortable. Trop brouillon pour être vraiment drôle, trop gentillet pour être audacieux, trop daté pour bien vieillir. Le film a cependant trouvé son public à l'époque : il aurait attiré près de 600 000 spectateurs en salles malgré la concurrence écrasante du blockbuster de Sonnenfeld, devenant même une sorte de madeleine de Proust pour une génération précise d'étudiants. Cette dimension « culte » repose davantage sur l'identification nostalgique que sur de réelles qualités cinématographiques. Il y a indéniablement des moments de franche rigolade, des répliques qui font mouche (« Patator ! » reste dans les mémoires), une énergie juvénile touchante. Mais ces éclairs de réussite ne suffisent pas à compenser les longueurs, l'amateurisme technique et une paresse d'écriture qui devient vite frustrante.
Ma note61%
Vu le 9 Août 2009


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