Quelque part dans le temps
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Parler d'un film signé Jeannot Szwarc n'est jamais tout à fait anodin. Le cinéaste franco-américain traîne derrière lui une filmographie suffisamment hétéroclite pour susciter, au mieux, une indulgence amusée, au pire, une franche ironie. Entre une super-héroïne maladroite, des comédies très marquées par leur époque et quelques curiosités difficilement défendables, difficile d'imaginer que l'homme ait pu, au tournant des années 80, livrer l'un de ces mélodrames dont le souvenir s'accroche sournoisement à la mémoire. Et pourtant, en 1980, entouré de Christopher Reeve, Jane Seymour et Christopher Plummer, Szwarc signe avec Quelque part dans le temps une œuvre à contre-courant, hors du temps, qui ne ressemblait déjà plus à grand-chose au moment de sa sortie.
L'histoire débute de manière faussement banale. Richard Collier, dramaturge prometteur, voit sa première pièce couronnée de succès lorsqu'une mystérieuse vieille dame surgit de la foule pour lui tendre une montre et lui murmurer un étrange « reviens-moi ». L'événement, d'abord relégué au rang d'anecdote troublante, devient obsession quelques années plus tard, lorsque Collier découvre le portrait d'une femme d'une beauté irréelle dans un grand hôtel hors d'âge. Cette femme, Elise McKenna, a existé, a vécu au début du XXe siècle, et semble inexplicablement liée à lui. À partir de là, le film s'enfonce dans un territoire hybride où le fantastique se fait discret, presque timide, pour mieux laisser place à une romance qui se joue des décennies et de la logique.
Le scénario, écrit par Richard Matheson d'après son propre roman, adopte une simplicité désarmante. Le voyage temporel y est moins un concept scientifique qu'un acte de foi, une projection mentale nourrie par la volonté et le désir. Ce choix pourra faire sourire, voire lever les yeux au ciel chez les amateurs de science-fiction rigoureuse, mais il faut bien reconnaître que le film n'a jamais prétendu jouer sur ce terrain. Là où certains n'y verront qu'un artifice naïf, d'autres apprécieront au contraire cette manière de contourner les règles du genre pour se concentrer sur l'essentiel : l'émotion. Les clichés sont bien là (le coup de foudre absolu, l'amour impossible, la fatalité), mais ils sont assumés, portés frontalement, sans cynisme ni ironie. Le récit prend son temps, parfois trop sans doute, mais cette lenteur participe aussi de son atmosphère cotonneuse, presqu'hypnotique.
Les personnages, eux, se définissent davantage par ce qu'ils incarnent que par une psychologie foisonnante. Richard Collier est un homme en quête de sens, enfermé dans une réussite professionnelle qui sonne creux, tandis qu'Elise McKenna apparaît comme une figure idéalisée, à la fois femme réelle et projection romantique. Leur relation se construit sur une évidence irréelle, ce qui pourra être perçu comme une faiblesse ou, au contraire, comme la clef du film. Autour d'eux, le personnage de William Robinson, le manager d'Elise, apporte une ambiguïté bienvenue, mélange de bienveillance et de jalousie contenue, et introduit un trouble discret qui enrichit le récit sans jamais l'alourdir.
Sous cette histoire d'amour hors normes se dessinent des thèmes étonnamment mélancoliques. Le film parle du temps qui passe, de l'obsession du passé, du refus de l'époque dans laquelle on vit. Il évoque aussi, en filigrane, l'idée que certaines rencontres seraient écrites à l'avance, indépendamment de toute logique rationnelle. En ce sens, Quelque part dans le temps regarde davantage du côté du conte romantique que de la science-fiction classique. Cette vision, profondément fataliste, annonce d'ailleurs certaines grandes fresques sentimentales à venir, où l'amour se heurte à une temporalité hostile et finit par se consumer dans la tragédie.
La mise en scène, sans génie apparent, se révèle pourtant d'une redoutable efficacité. Szwarc n'invente rien, mais il sait capter la douceur d'un regard, la quiétude d'un décor, l'élégance surannée d'un hôtel figé dans le passé. La photographie d'Isidore Mankofsky enveloppe le film d'une lumière irréelle, comme si chaque plan était déjà un souvenir. Quant à la musique de John Barry, elle constitue sans doute l'âme du film. Utilisée avec parcimonie, elle finit par s'imprimer durablement dans l'esprit, au point de devenir indissociable de l'émotion finale. Il n'est pas anodin de rappeler que cette partition est souvent citée comme l'une des plus belles du compositeur, et qu'elle a largement contribué à faire du film un objet de culte.
Les acteurs, enfin, jouent un rôle déterminant dans l'attachement que suscite le film. Christopher Reeve, encore loin d'être réduit à l'ombre de Superman, trouve ici un rôle romantique inattendu, qu'il aborde avec une sincérité parfois maladroite, mais souvent touchante. Jane Seymour, de son côté, impose une présence lumineuse, parfaitement en accord avec son personnage. Leur alchimie, souvent commentée, fonctionne d'autant mieux qu'elle ne cherche jamais l'esbroufe. Les seconds rôles, à commencer par Christopher Plummer, apportent une solidité bienvenue à l'ensemble, évitant au film de sombrer dans la pure bluette.
Au final, Quelque part dans le temps est de ces films que l'on peut aisément rejeter d'un revers de main si l'on s'arrête à sa surface. Oui, il est naïf. Oui, il demande une certaine indulgence. Mais il possède ce charme rare des œuvres sincères, celles qui ne cherchent ni à impressionner ni à convaincre, seulement à émouvoir. À ce titre, il se rapproche davantage d'un Titanic avant l'heure que d'une romance cynique à la mode. Ceux qui accepteront de se laisser porter par son rythme et son romantisme désuet y trouveront une émotion brute, embarrassante de franchise, mais durable. Et parfois, au cinéma, cela vaut bien plus que toutes les démonstrations de virtuosité.
L'histoire débute de manière faussement banale. Richard Collier, dramaturge prometteur, voit sa première pièce couronnée de succès lorsqu'une mystérieuse vieille dame surgit de la foule pour lui tendre une montre et lui murmurer un étrange « reviens-moi ». L'événement, d'abord relégué au rang d'anecdote troublante, devient obsession quelques années plus tard, lorsque Collier découvre le portrait d'une femme d'une beauté irréelle dans un grand hôtel hors d'âge. Cette femme, Elise McKenna, a existé, a vécu au début du XXe siècle, et semble inexplicablement liée à lui. À partir de là, le film s'enfonce dans un territoire hybride où le fantastique se fait discret, presque timide, pour mieux laisser place à une romance qui se joue des décennies et de la logique.
Le scénario, écrit par Richard Matheson d'après son propre roman, adopte une simplicité désarmante. Le voyage temporel y est moins un concept scientifique qu'un acte de foi, une projection mentale nourrie par la volonté et le désir. Ce choix pourra faire sourire, voire lever les yeux au ciel chez les amateurs de science-fiction rigoureuse, mais il faut bien reconnaître que le film n'a jamais prétendu jouer sur ce terrain. Là où certains n'y verront qu'un artifice naïf, d'autres apprécieront au contraire cette manière de contourner les règles du genre pour se concentrer sur l'essentiel : l'émotion. Les clichés sont bien là (le coup de foudre absolu, l'amour impossible, la fatalité), mais ils sont assumés, portés frontalement, sans cynisme ni ironie. Le récit prend son temps, parfois trop sans doute, mais cette lenteur participe aussi de son atmosphère cotonneuse, presqu'hypnotique.
Les personnages, eux, se définissent davantage par ce qu'ils incarnent que par une psychologie foisonnante. Richard Collier est un homme en quête de sens, enfermé dans une réussite professionnelle qui sonne creux, tandis qu'Elise McKenna apparaît comme une figure idéalisée, à la fois femme réelle et projection romantique. Leur relation se construit sur une évidence irréelle, ce qui pourra être perçu comme une faiblesse ou, au contraire, comme la clef du film. Autour d'eux, le personnage de William Robinson, le manager d'Elise, apporte une ambiguïté bienvenue, mélange de bienveillance et de jalousie contenue, et introduit un trouble discret qui enrichit le récit sans jamais l'alourdir.
Sous cette histoire d'amour hors normes se dessinent des thèmes étonnamment mélancoliques. Le film parle du temps qui passe, de l'obsession du passé, du refus de l'époque dans laquelle on vit. Il évoque aussi, en filigrane, l'idée que certaines rencontres seraient écrites à l'avance, indépendamment de toute logique rationnelle. En ce sens, Quelque part dans le temps regarde davantage du côté du conte romantique que de la science-fiction classique. Cette vision, profondément fataliste, annonce d'ailleurs certaines grandes fresques sentimentales à venir, où l'amour se heurte à une temporalité hostile et finit par se consumer dans la tragédie.
La mise en scène, sans génie apparent, se révèle pourtant d'une redoutable efficacité. Szwarc n'invente rien, mais il sait capter la douceur d'un regard, la quiétude d'un décor, l'élégance surannée d'un hôtel figé dans le passé. La photographie d'Isidore Mankofsky enveloppe le film d'une lumière irréelle, comme si chaque plan était déjà un souvenir. Quant à la musique de John Barry, elle constitue sans doute l'âme du film. Utilisée avec parcimonie, elle finit par s'imprimer durablement dans l'esprit, au point de devenir indissociable de l'émotion finale. Il n'est pas anodin de rappeler que cette partition est souvent citée comme l'une des plus belles du compositeur, et qu'elle a largement contribué à faire du film un objet de culte.
Les acteurs, enfin, jouent un rôle déterminant dans l'attachement que suscite le film. Christopher Reeve, encore loin d'être réduit à l'ombre de Superman, trouve ici un rôle romantique inattendu, qu'il aborde avec une sincérité parfois maladroite, mais souvent touchante. Jane Seymour, de son côté, impose une présence lumineuse, parfaitement en accord avec son personnage. Leur alchimie, souvent commentée, fonctionne d'autant mieux qu'elle ne cherche jamais l'esbroufe. Les seconds rôles, à commencer par Christopher Plummer, apportent une solidité bienvenue à l'ensemble, évitant au film de sombrer dans la pure bluette.
Au final, Quelque part dans le temps est de ces films que l'on peut aisément rejeter d'un revers de main si l'on s'arrête à sa surface. Oui, il est naïf. Oui, il demande une certaine indulgence. Mais il possède ce charme rare des œuvres sincères, celles qui ne cherchent ni à impressionner ni à convaincre, seulement à émouvoir. À ce titre, il se rapproche davantage d'un Titanic avant l'heure que d'une romance cynique à la mode. Ceux qui accepteront de se laisser porter par son rythme et son romantisme désuet y trouveront une émotion brute, embarrassante de franchise, mais durable. Et parfois, au cinéma, cela vaut bien plus que toutes les démonstrations de virtuosité.
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