Rox et Rouky
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Une forêt tranquille, quelques cabanes perdues au bout d'un chemin de terre, et un studio Disney qui traverse une crise existentielle au moment même où il boucle son film : c'est dans cette drôle d'atmosphère qu'apparaît ce long métrage signé Richard Rich, Ted Berman et Art Stevens. Pour un spectateur français de 2008, l'objet ressemble à un vestige discret du catalogue Disney, coincé entre le gigantisme des classiques d'avant et l'ère du renouveau qui commencera plus tard. Mais il y a dans ce film quelque chose de rafraîchissant : un dessin animé que l'on redécouvre sans pression, sans culte préinstallé, comme une vieille cassette retrouvée dans un grenier.
L'histoire, d'une simplicité enfantine, suit Rox, renardeau abandonné, recueilli par la douce veuve Tartine, et Rouky, futur chien de chasse, élevé par le bourru Amos Slade. Les deux deviennent meilleurs amis du monde, jouent à la bagarre, se courent après, se promettent que rien ne changera jamais. Et bien sûr, tout change. Le temps passe, les instincts se réveillent, la nature rappelle ses règles, et la société humaine, avec sa cage et son fusil, vient mettre fin aux illusions. Le récit déroule tout cela sans détour superflu, avec une ligne claire qui laisse peu de place aux digressions.
Le scénario, dans sa structure, n'a rien de révolutionnaire. On devine les virages, on anticipe les retrouvailles, on comprend vite que les scènes comiques, souvent centrées sur Dinky et Piqueur, servent de respirations insérées pour alléger un fond plus sombre. Cela n'empêche pas quelques jolis choix : une vision assez honnête de la fatalité, un refus de reconstituer une amitié parfaite une fois adultes, une scène de poursuite qui garde encore aujourd'hui une énergie brute. Mais globalement, le film reste sur des rails connus, parfois trop sages, parfois trop lisses, comme s'il n'osait jamais franchir entièrement le cap vers le drame ou vers la légèreté.
Les personnages, eux, sont taillés dans des archétypes solides, mais attachants. Rox a ce mélange de naïveté et de fierté qu'on retrouve chez de nombreux héros Disney de l'époque, tandis que Rouky incarne ce conflit très simple, mais efficace, entre l'affection et le devoir. Les seconds rôles sont une petite joie : le Porc-épic grincheux de Jacqueline Porel, le Blaireau toujours sur la défensive de Gérard Hernandez, et bien sûr Big Mama, conseillère avisée au grand cœur. On sent que chaque rôle existe pour remplir une fonction précise, sans réelle surprise, mais sans faux pas majeur non plus.
Le film aborde des thèmes étonnamment graves pour un Disney du début des années 80 : la fatalité sociale, la fin de l'innocence, l'amitié impossible lorsque les rôles se figent. Rien n'est traité en profondeur, mais tout est là, suffisamment présent pour donner au récit une texture plus mélancolique que prévu. En 2008, alors qu'on connaît déjà des films bien plus radicaux dans leur regard sur la nature ou l'amitié contrariée (je pense notamment à Frère des ours sorti quelques années plus tôt), on mesure le caractère précurseur de celui-ci… sans pour autant oublier qu'il reste bridé par la prudence Disney d'époque.
La réalisation, elle, reflète une période de transition. L'animation est correcte, parfois jolie, parfois un peu mécanique. On devine les hésitations stylistiques liées au départ de nombreux animateurs en plein milieu du projet. Les arrière-plans forestiers respirent un calme légèrement nostalgique, mais la mise en scène manque parfois d'ampleur. Quant à la musique, signée Buddy Baker, elle accompagne bien mais ne reste pas longtemps dans la mémoire : c'est un décor, pas un moteur.
En VF, l'ensemble trouve son charme principal. Morvan Salez donne à Rox adulte une douceur qui ne tombe jamais dans la mièvrerie, tandis que Maïk Darah est parfaite en jeune renardeau enthousiaste, avec ce grain de spontanéité qui rend l'enfance crédible. Marc François apporte à Rouky adulte une retenue qui colle bien à son dilemme moral, et Jackie Berger campe un Rouky jeune irrésistiblement joyeux. Paule Emanuele incarne Big Mama avec ce mélange de chaleur et d'autorité sans jamais surjouer, et Francis Lax, en Chef grincheux, donne exactement ce qu'il faut pour rendre la rivalité amusante. Mention particulière à Jacques Deschamps, dont Amos Slade n'est ni une brute caricaturale ni un monstre : juste un homme têtu, un peu borné, mais crédible de bout en bout.
Au final, ce long métrage laisse une impression douce, modérée, parfois émouvante, mais jamais transcendante. Il touche sans bouleverser, il charme sans s'imposer, il raconte une belle histoire sans jamais la hisser au niveau des grands sommets du studio. Un film attachant, imparfait, sincère, qui mérite d'être revu avec bienveillance, surtout si l'on aime les œuvres qui se situent entre deux époques.
L'histoire, d'une simplicité enfantine, suit Rox, renardeau abandonné, recueilli par la douce veuve Tartine, et Rouky, futur chien de chasse, élevé par le bourru Amos Slade. Les deux deviennent meilleurs amis du monde, jouent à la bagarre, se courent après, se promettent que rien ne changera jamais. Et bien sûr, tout change. Le temps passe, les instincts se réveillent, la nature rappelle ses règles, et la société humaine, avec sa cage et son fusil, vient mettre fin aux illusions. Le récit déroule tout cela sans détour superflu, avec une ligne claire qui laisse peu de place aux digressions.
Le scénario, dans sa structure, n'a rien de révolutionnaire. On devine les virages, on anticipe les retrouvailles, on comprend vite que les scènes comiques, souvent centrées sur Dinky et Piqueur, servent de respirations insérées pour alléger un fond plus sombre. Cela n'empêche pas quelques jolis choix : une vision assez honnête de la fatalité, un refus de reconstituer une amitié parfaite une fois adultes, une scène de poursuite qui garde encore aujourd'hui une énergie brute. Mais globalement, le film reste sur des rails connus, parfois trop sages, parfois trop lisses, comme s'il n'osait jamais franchir entièrement le cap vers le drame ou vers la légèreté.
Les personnages, eux, sont taillés dans des archétypes solides, mais attachants. Rox a ce mélange de naïveté et de fierté qu'on retrouve chez de nombreux héros Disney de l'époque, tandis que Rouky incarne ce conflit très simple, mais efficace, entre l'affection et le devoir. Les seconds rôles sont une petite joie : le Porc-épic grincheux de Jacqueline Porel, le Blaireau toujours sur la défensive de Gérard Hernandez, et bien sûr Big Mama, conseillère avisée au grand cœur. On sent que chaque rôle existe pour remplir une fonction précise, sans réelle surprise, mais sans faux pas majeur non plus.
Le film aborde des thèmes étonnamment graves pour un Disney du début des années 80 : la fatalité sociale, la fin de l'innocence, l'amitié impossible lorsque les rôles se figent. Rien n'est traité en profondeur, mais tout est là, suffisamment présent pour donner au récit une texture plus mélancolique que prévu. En 2008, alors qu'on connaît déjà des films bien plus radicaux dans leur regard sur la nature ou l'amitié contrariée (je pense notamment à Frère des ours sorti quelques années plus tôt), on mesure le caractère précurseur de celui-ci… sans pour autant oublier qu'il reste bridé par la prudence Disney d'époque.
La réalisation, elle, reflète une période de transition. L'animation est correcte, parfois jolie, parfois un peu mécanique. On devine les hésitations stylistiques liées au départ de nombreux animateurs en plein milieu du projet. Les arrière-plans forestiers respirent un calme légèrement nostalgique, mais la mise en scène manque parfois d'ampleur. Quant à la musique, signée Buddy Baker, elle accompagne bien mais ne reste pas longtemps dans la mémoire : c'est un décor, pas un moteur.
En VF, l'ensemble trouve son charme principal. Morvan Salez donne à Rox adulte une douceur qui ne tombe jamais dans la mièvrerie, tandis que Maïk Darah est parfaite en jeune renardeau enthousiaste, avec ce grain de spontanéité qui rend l'enfance crédible. Marc François apporte à Rouky adulte une retenue qui colle bien à son dilemme moral, et Jackie Berger campe un Rouky jeune irrésistiblement joyeux. Paule Emanuele incarne Big Mama avec ce mélange de chaleur et d'autorité sans jamais surjouer, et Francis Lax, en Chef grincheux, donne exactement ce qu'il faut pour rendre la rivalité amusante. Mention particulière à Jacques Deschamps, dont Amos Slade n'est ni une brute caricaturale ni un monstre : juste un homme têtu, un peu borné, mais crédible de bout en bout.
Au final, ce long métrage laisse une impression douce, modérée, parfois émouvante, mais jamais transcendante. Il touche sans bouleverser, il charme sans s'imposer, il raconte une belle histoire sans jamais la hisser au niveau des grands sommets du studio. Un film attachant, imparfait, sincère, qui mérite d'être revu avec bienveillance, surtout si l'on aime les œuvres qui se situent entre deux époques.
Ma note67%
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