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· Julien   Lepage

Roger et ses humains, tome 1
Cyprien Iov et Paka
2015

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Illustration de critique : Roger et ses humains, tome 1
Il y a des collaborations qui s'imposent comme une évidence, et d'autres qui ressemblent davantage à un accord commercial déguisé en bonne idée. Quand Cyprien et Paka ont décidé de s'associer pour Roger et ses humains, sorti en 2015 chez Glénat, je faisais partie de ceux qui se sont dit que ça méritait le coup d'œil. Je suivais les deux depuis des années : Cyprien et ses vidéos YouTube à l'humour nerveux, bien rythmé, avec ce sens de l'absurde calibré pour une génération qui consomme de la comédie en rafales ; et Paka, dessinateur au trait expressif, connu pour un humour plus déjanté, plus instinctif, le genre de gars capable de faire une blague visuelle qui vous reste en tête trois jours. Sur le papier, leur rencontre avait tout pour produire quelque chose de savoureux.

Sur le papier, donc.

L'histoire, c'est celle d'Hugo, jeune homme archétypal de son époque : accro à Internet, aux jeux vidéo, entre deux petits boulots, globalement en attente que la vie veuille bien se manifester. Un jour, il découvre dans son salon un robot doté d'une intelligence artificielle, dénommé Roger, et sa vie bascule. La promesse est claire : deux inadaptés sociaux vont devoir cohabiter, et il en découlera des situations comiques sur fond de décalage générationnel homme-machine. Le dispositif rappelle par moments les sketchs animés de Cyprien lui-même, transposés en cases et en bulles.

Et c'est là que le bât blesse.

Ce qui fonctionne dans les vidéos de Cyprien, c'est le montage, le timing, la voix, l'énergie : tout ce que la bande dessinée ne peut pas reproduire mécaniquement. Transférer son univers sur papier sans réinventer le langage, c'est comme regarder un film de Buster Keaton" sans la musique : la structure est là, mais quelque chose d'essentiel s'est évaporé. Les gags tombent souvent à plat, non pas parce qu'ils sont mauvais dans l'absolu, mais parce qu'ils auraient besoin d'un autre médium pour respirer correctement. Et le dessin de Paka, qu'on connaît capable d'un humour visuel bien plus mordant, semble ici assagi, comme s'il avait mis son instinct en veilleuse pour coller à une direction artistique consensuelle. Le résultat, c'est un album qui ne ressemble vraiment ni à l'un ni à l'autre, et c'est sans doute son principal problème.

Ce n'est pas raté au sens catastrophique du terme. C'est lisible, il y a quelques échanges qui font sourire, et l'objet reste bien fabriqué. Mais on est loin de la créativité qui caractérise le travail de Cyprien à son meilleur, et encore plus loin du délire graphique dont Paka est capable quand on le laisse faire. L'album donne l'impression que chacun a légèrement censuré ce qui le rendait intéressant pour trouver un terrain commun ; et que ce terrain commun s'avère, hélas, assez plat.

Ceux qui cherchent une BD feel-good autour d'un robot attachant trouveront leur compte ailleurs, et plus généreusement, du côté des Entremondes ou de n'importe quel Mortadel et Filémon pour l'énergie burlesque. Pour les fans inconditionnels des deux auteurs, la curiosité sera assouvie en vingt minutes ; ce qui n'est pas tout à fait suffisant pour justifier le déplacement jusqu'à la caisse.
Ma note49%
Lu le 12 Octobre 2021


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