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· Julien   Lepage

Le roi du maquillage
Georges Méliès
1904

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Illustration de critique : Le roi du maquillage
Il y a quelque chose d'assez attendrissant dans cette petite fantaisie de 1904 où Georges Méliès se met en scène comme un enfant qui aurait trouvé une malle de costumes et déciderait de s'y perdre pour l'après-midi. Il passe d'un personnage à l'autre avec l'enthousiasme de quelqu'un qui découvre une nouvelle fonction sur son jouet préféré, et évidemment il finit par ressortir son déguisement de Diable : son péché mignon visuel, un rôle qu'il retrouve toujours avec un plaisir communicatif. Méliès s'amuse comme un petit fou, ça se voit, et ça fait partie du charme.

Ce qui surprend encore aujourd'hui, c'est la manière dont ces transformations successives trouvent un rythme presque musical. Les substitutions sont abruptes, mais volontaires, comme si l'objectif n'était pas de raconter quoi que ce soit, mais de montrer les possibilités du médium à une époque où personne n'avait encore posé de règles. Et tant qu'à repousser les limites, Méliès en profite pour inventer ce qui ressemble déjà à un fondu enchaîné. Le geste est simple, mais il porte la marque de cette période où chaque trucage ouvrait une porte inconnue.

Cela dit, une fois passé le plaisir de voir ces métamorphoses, l'ensemble reste assez mécanique. L'exercice amuse, mais il tourne vite en rond : une série de transformations, puis encore une série de transformations. On sent que Méliès a trouvé un jouet et qu'il veut en tester toutes les positions, mais pas forcément aller plus loin. On ne retrouve pas ici l'élan narratif d'œuvres comme Le voyage dans la Lune ou la virtuosité scénographique du Royaume des fées. C'est plus modeste, plus tableau que film, et c'est peut-être ce qui limite son impact aujourd'hui.

Le résultat tient donc davantage de la démonstration de force que du coup de génie. On regarde ça avec un mélange d'amusement et de détachement : le charme opère, mais pas complètement. On sent la vivacité d'un pionnier, l'ingéniosité d'un illusionniste qui cherche encore la prochaine trouvaille, et c'est déjà agréable ; sans que le film parvienne pour autant à s'imposer comme un incontournable.
Ma note50%
Vu le 2 Janvier 2015


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