Le séminaire
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Sortir une suite à un film que tout le monde s'accorde à trouver raté, voilà une idée qui force le respect… ou la perplexité. Pourtant, c'est le pari que relève Charles Nemes avec Le séminaire, deuxième adaptation au cinéma de la série Caméra café, portée comme la première fois par le duo indissociable Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h. Ce réalisateur, qu'on ne peut pas accuser d'être allergique à la comédie populaire (c'est lui qui nous avait offert La tour Montparnasse infernale en 2001 — cadeau empoisonné), remet le couvert avec une ambition déclarée : faire mieux qu'Espace détente. La barre était certes placée bas, mais disons-le d'emblée : il y parvient à moitié.
Six employés de la société Geugène montent donc à Paris pour un séminaire de motivation, emmenés par Hervé, délégué syndical double jeu, et Jean-Claude, autoproclamé roi de la vente. Pour ce dernier, le déplacement représente surtout une chance inespérée de retrouver Véro, sa femme, qui l'a quitté — non sans raisons — après qu'il a incendié leur pavillon pour escroquer l'assurance. Pendant ce temps, Hervé lorgne sur l'assistante du coach, et la petite troupe découvre peu à peu que le séminaire n'est qu'une façade : derrière les exercices de cohésion se cache une évaluation masquée destinée à préparer un plan social. La révolte gronde.
Sur le papier, l'idée vaut quelque chose. Un séminaire d'entreprise, avec ses rites absurdes, ses jeux de rôle infantilisants et sa novlangue managériale, c'est un terrain fertile pour la satire. Et d'ailleurs, Bruno Solo l'a lui-même confié en interview : le séminaire était l'idée originale dès la première adaptation, abandonnée à l'époque parce qu'elle imposait de laisser des personnages de côté. Espace détente avait donc été conçu comme un détour, avant de revenir à cette idée de base quatre ans plus tard. Sauf que le scénario, signé par les frères Alexandre et Jérôme Apergis, ne creuse jamais vraiment ce filon. La mécanique du plan social donne lieu à un retournement de situation amusant en fin de film, mais l'ensemble reste trop lacunaire pour qu'on y croit vraiment. On est davantage dans l'enchaînement de sketches reliés par un fil rouge que dans un récit construit.
Les personnages eux-mêmes souffrent de ce rétrécissement de la troupe. Le choix de limiter le casting à six protagonistes, s'il permet théoriquement d'approfondir chaque personnage, produit en réalité l'effet inverse : Philippe, le responsable informatique, et Maëva, l'archiviste enceinte d'un homme mort avant même le début du film — la mort du personnage de Sylvain résultant d'un désaccord réel entre Bruno Solo et le comédien Alexandre Pesle, qui a refusé de rempiler —, occupent des cases narratives sans jamais remplir de vraie fonction dramatique. Jean-Guy, le DRH, est le seul à offrir une dimension légèrement plus complexe, coincé entre sa loyauté à la direction et sa solidarité malgré lui avec ses équipes. Quant à Jean-Claude et Hervé, leur arc sentimental respectif — la reconquête de Véro, la parentalité assumée à contrecœur — apporte une petite chaleur humaine bienvenue, mais les deux hommes ne grandissent pas vraiment d'un film à l'autre.
Sur le fond, Le séménaire n'est pas dépourvu d'intentions. La satire du monde du travail et de ses absurdités (l'évaluation dissimulée, le coaching de pacotille, les discours RH vidés de sens) fait écho à un contexte social tendu, en pleine montée des plans de restructuration dans la France des années 2000. Il y a là une matière que Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h connaissent mieux que quiconque, ayant passé des années à l'affiner dans la série. Mais le film effleure ces thèmes plus qu'il ne les attaque vraiment, préférant la déambulation parisienne à la dissection sociale. On est loin de la férocité qu'un Audiard aurait insufflée à pareille situation.
Du côté de la réalisation, Charles Nemes glisse un joli clin d'œil en ouverture : les premières minutes du film sont projetées en format 4/3, rappelant délibérément l'écran de télévision de Caméra café, avant que l'image ne s'élargisse progressivement au format cinémascope. C'est une idée élégante, presque mélancolique, qui dit en creux que le passage au grand écran reste un exercice contraint. Le reste de la mise en scène est fonctionnel sans être inspiré : les décors parisiens sont davantage des toiles de fond que des espaces habités, et la photographie ne cherche pas à créer d'atmosphère particulière. La bande-son, de son côté, remplit son contrat sans laisser de souvenir.
Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h sont, comme d'habitude, parfaitement rodés. Leur complicité à l'écran est évidente et aucun autre duo du cinéma comique français de cette période n'aurait pu porter ce film aussi naturellement. Solo incarne Hervé avec ce mélange de duplicité bon enfant et de lâcheté calculée qui a fait le succès du personnage, tandis que Le Bolloc'h offre à Jean-Claude une naïveté touchante dans ses errances amoureuses à travers Paris. La séquence de la course en Xantia face à un TGV est l'une des meilleures du film : absurde, bien rythmée, et portée par l'énergie des deux comédiens. Armelle fait ce qu'elle peut avec un personnage sous-exploité, et Virginie Hocq, dans un rôle secondaire, apporte une fraîcheur bienvenue sans avoir vraiment l'espace pour s'exprimer.
Le séminaire est donc une comédie qui se regarde sans déplaisir, mais qui ne convainc jamais complètement. Elle corrige quelques défauts de son prédécesseur, notamment en resserrant son récit et en lui donnant un enjeu plus net, mais elle peine à justifier pleinement son existence sur grand écran. Le format de la série, par définition fondé sur l'accumulation de gags courts et denses, résiste à l'étirement du long métrage ; et cette résistance se sent tout au long des 95 minutes. Pour ceux qui ont grandi avec Jean-Claude et Hervé, il y a assez de moments savoureux pour passer un moment correct. Les autres passeront leur chemin.
Six employés de la société Geugène montent donc à Paris pour un séminaire de motivation, emmenés par Hervé, délégué syndical double jeu, et Jean-Claude, autoproclamé roi de la vente. Pour ce dernier, le déplacement représente surtout une chance inespérée de retrouver Véro, sa femme, qui l'a quitté — non sans raisons — après qu'il a incendié leur pavillon pour escroquer l'assurance. Pendant ce temps, Hervé lorgne sur l'assistante du coach, et la petite troupe découvre peu à peu que le séminaire n'est qu'une façade : derrière les exercices de cohésion se cache une évaluation masquée destinée à préparer un plan social. La révolte gronde.
Sur le papier, l'idée vaut quelque chose. Un séminaire d'entreprise, avec ses rites absurdes, ses jeux de rôle infantilisants et sa novlangue managériale, c'est un terrain fertile pour la satire. Et d'ailleurs, Bruno Solo l'a lui-même confié en interview : le séminaire était l'idée originale dès la première adaptation, abandonnée à l'époque parce qu'elle imposait de laisser des personnages de côté. Espace détente avait donc été conçu comme un détour, avant de revenir à cette idée de base quatre ans plus tard. Sauf que le scénario, signé par les frères Alexandre et Jérôme Apergis, ne creuse jamais vraiment ce filon. La mécanique du plan social donne lieu à un retournement de situation amusant en fin de film, mais l'ensemble reste trop lacunaire pour qu'on y croit vraiment. On est davantage dans l'enchaînement de sketches reliés par un fil rouge que dans un récit construit.
Les personnages eux-mêmes souffrent de ce rétrécissement de la troupe. Le choix de limiter le casting à six protagonistes, s'il permet théoriquement d'approfondir chaque personnage, produit en réalité l'effet inverse : Philippe, le responsable informatique, et Maëva, l'archiviste enceinte d'un homme mort avant même le début du film — la mort du personnage de Sylvain résultant d'un désaccord réel entre Bruno Solo et le comédien Alexandre Pesle, qui a refusé de rempiler —, occupent des cases narratives sans jamais remplir de vraie fonction dramatique. Jean-Guy, le DRH, est le seul à offrir une dimension légèrement plus complexe, coincé entre sa loyauté à la direction et sa solidarité malgré lui avec ses équipes. Quant à Jean-Claude et Hervé, leur arc sentimental respectif — la reconquête de Véro, la parentalité assumée à contrecœur — apporte une petite chaleur humaine bienvenue, mais les deux hommes ne grandissent pas vraiment d'un film à l'autre.
Sur le fond, Le séménaire n'est pas dépourvu d'intentions. La satire du monde du travail et de ses absurdités (l'évaluation dissimulée, le coaching de pacotille, les discours RH vidés de sens) fait écho à un contexte social tendu, en pleine montée des plans de restructuration dans la France des années 2000. Il y a là une matière que Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h connaissent mieux que quiconque, ayant passé des années à l'affiner dans la série. Mais le film effleure ces thèmes plus qu'il ne les attaque vraiment, préférant la déambulation parisienne à la dissection sociale. On est loin de la férocité qu'un Audiard aurait insufflée à pareille situation.
Du côté de la réalisation, Charles Nemes glisse un joli clin d'œil en ouverture : les premières minutes du film sont projetées en format 4/3, rappelant délibérément l'écran de télévision de Caméra café, avant que l'image ne s'élargisse progressivement au format cinémascope. C'est une idée élégante, presque mélancolique, qui dit en creux que le passage au grand écran reste un exercice contraint. Le reste de la mise en scène est fonctionnel sans être inspiré : les décors parisiens sont davantage des toiles de fond que des espaces habités, et la photographie ne cherche pas à créer d'atmosphère particulière. La bande-son, de son côté, remplit son contrat sans laisser de souvenir.
Bruno Solo et Yvan Le Bolloc'h sont, comme d'habitude, parfaitement rodés. Leur complicité à l'écran est évidente et aucun autre duo du cinéma comique français de cette période n'aurait pu porter ce film aussi naturellement. Solo incarne Hervé avec ce mélange de duplicité bon enfant et de lâcheté calculée qui a fait le succès du personnage, tandis que Le Bolloc'h offre à Jean-Claude une naïveté touchante dans ses errances amoureuses à travers Paris. La séquence de la course en Xantia face à un TGV est l'une des meilleures du film : absurde, bien rythmée, et portée par l'énergie des deux comédiens. Armelle fait ce qu'elle peut avec un personnage sous-exploité, et Virginie Hocq, dans un rôle secondaire, apporte une fraîcheur bienvenue sans avoir vraiment l'espace pour s'exprimer.
Le séminaire est donc une comédie qui se regarde sans déplaisir, mais qui ne convainc jamais complètement. Elle corrige quelques défauts de son prédécesseur, notamment en resserrant son récit et en lui donnant un enjeu plus net, mais elle peine à justifier pleinement son existence sur grand écran. Le format de la série, par définition fondé sur l'accumulation de gags courts et denses, résiste à l'étirement du long métrage ; et cette résistance se sent tout au long des 95 minutes. Pour ceux qui ont grandi avec Jean-Claude et Hervé, il y a assez de moments savoureux pour passer un moment correct. Les autres passeront leur chemin.
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