SMS
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Produit en 2013 et sorti en salles à l'été 2014, SMS est le deuxième long-métrage de Gabriel Julien-Laferrière, qui avait signé quelques années plus tôt le sympathique Neuilly sa mère !. Cette fois, il s'attaque à l'adaptation du roman éponyme de Laurent Bénégui, publié en 2009 — et c'est justement là que commence le problème. Il retrouve au passage Guillaume de Tonquédec, qu'il avait déjà dirigé sur quelques épisodes de Fais pas ci, fais pas ça, pour lui offrir cette fois une vitrine autrement plus grande : celle d'un film à porter entièrement sur ses épaules. L'histoire de Laurent est présentée sous forme de décompte catastrophiste : à 9h00, un SMS reçu de l'amant de sa femme ; à 9h01, son téléphone volé dans la foulée ; à 9h30, son fils introuvable ; à 10h00, sa maison en flammes — et ainsi de suite, jusqu'à la garde à vue. Le concept est accrocheur sur le papier, et rappelle une certaine tradition du film-catastrophe intime à la française, quelque part entre RTT et le vaudeville urbain. Derrière l'avalanche de tuiles se dessine aussi une vague critique de notre dépendance aux téléphones portables, symbolisée par des plans d'antennes-relais en ouverture et en clôture — au cas où on l'aurait oublié en cours de route. Le problème, c'est que le livre était déjà poussif, et que le film n'arrive pas à insuffler plus de folie. Laurent Bénégui cosigne l'adaptation de son propre roman avec le réalisateur, mais la transposition à l'écran ne gagne ni en rythme ni en mordant. L'enchaînement des catastrophes fonctionne dans les premiers actes, puis ronronne. Il manque un peu plus de fantaisie dans un univers qui se veut absurde mais qui tape souvent à côté, préférant l'agitation à la vraie prise de risque. Là où un Burn After Reading ou même un Jour J assumaient pleinement leur logique de chaos, SMS hésite, temporise, recule. Laurent est un personnage à la construction classique : l'homme lambda dont la vie explose en direct, condamné à courir après les débris. Mais le film ne prend jamais vraiment parti sur ce qu'il veut lui faire subir — et surtout sur ce qu'il veut nous en dire. Est-ce qu'il cherche à nous faire rire de lui, avec lui, ou à le plaindre ? La réponse est toujours : un peu des trois, sans jamais s'y engager franchement. Les personnages secondaires pâtissent de cette indécision : Nathalie, la femme infidèle jouée par Anne Marivin, est à peine esquissée, et Géraldine Pailhas arrive avec une brutalité qui trahit l'économie de moyens du scénario — sa présence est requise par l'intrigue, pas vraiment méritée par le récit. Seul Franck Dubosc, en activiste anti-ondes électromagnétiques, tire son épingle du jeu avec une sobriété qu'on ne lui connaissait pas toujours. Le film frôle des thèmes qui auraient mérité davantage d'ambition. La fragilité des équilibres modernes, la tyrannie des technologies du quotidien, la violence sourde d'une vie qui lâche en même temps de partout — tout ça aurait pu donner une comédie noire qui n'aurait pas peur de ses propres implications. Au lieu de ça, SMS reste prudemment dans ses clous, sans jamais trancher entre le rire et l'inquiétude, entre la satire et le feel-good. Sur le plan de la réalisation, Gabriel Julien-Laferrière maintient un rythme soutenu dans la première moitié — son principal atout —, avant que le soufflé ne retombe sensiblement en seconde partie. La mise en scène est fonctionnelle, sans aspérités notables, et la bande-son rock agit davantage comme un signal d'agitation permanente que comme une vraie atmosphère. Rien ici ne vient créer une identité visuelle forte, ni tirer le film vers quelque chose de mémorable. Et puis il y a Guillaume de Tonquédec. C'est là que SMS trouve sa seule vraie raison d'exister. L'acteur, révélation de Fais pas ci, fais pas ça et habitué des seconds rôles savoureux depuis Le Prénom, prouve sans peine qu'il peut occuper chaque scène d'un film en solo. Il est juste, touchant, parfois drôle malgré lui, et présent dans le moindre plan avec une générosité que le scénario ne mérite pas toujours. Mais c'est précisément là que réside la frustration : il est excellent, et il ne suffit pourtant pas à pallier le manque de scénario. Le casting était au rendez-vous — lui en tête, mais aussi les seconds rôles, même inégalement exploités —, et c'est exactement ce qui rend la déception plus amère. Tout aurait pu, tout aurait dû aller beaucoup plus loin, prendre plus de proportions. Le film reste timide là où il aurait fallu oser. Au final, SMS est une comédie française qui fait le travail — à peine, et sans enthousiasme débordant. Ceux qui cherchent un moment de détente sans prise de tête y trouveront de quoi s'occuper une heure vingt-quatre, à condition de ne pas en attendre davantage. Pour une version plus aboutie du même registre — la comédie du chaos ordinaire portée par un acteur en feu —, mieux vaut se tourner vers Le Sens de la fête ou, pour rester dans la même veine, relire directement le roman de Laurent Bénégui. Qui, lui au moins, avait l'excuse du premier jet.
Ma note35%
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