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· Julien   Lepage

Au temps de la guerre des étoiles
David Acomba et Steve Binder
1978

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Illustration de critique : Au temps de la guerre des étoiles
On tombe parfois sur des objets télévisuels dont on se demande comment ils ont pu exister, et celui-ci en fait partie. Voir débarquer en 1978 un téléfilm signé David Acomba et Steve Binder, avec Mark Hamill, Harrison Ford et Carrie Fisher reprenant leurs rôles iconiques, relevait presque du petit miracle. Le premier Star wars venait de tout exploser au box-office, les fans en redemandaient, et c'était encore l'époque où un programme télé pouvait être événementiel. Même la diffusion unique sur CBS suffisait à créer une attente quasi fiévreuse.

Pourtant, dès qu'on plonge dans cette histoire, cette étrange parenthèse située entre l'épisode IV et l'épisode V, quelque chose cloche délicieusement. L'intrigue, en théorie, tente de nous ramener sur Kashyyyk, la planète natale de Chewbacca. En pratique, on assiste plutôt à une série de détours narratifs, de petites scénettes qui ressemblent davantage à des numéros de variété qu'à un récit de science-fiction. L'Empire y passe faire des contrôles musclés, les wookiees vaquent à leurs occupations domestiques sans un seul sous-titre (une idée brillante ou catastrophique selon l'humeur du spectateur), et nos héros apparaissent de temps en temps, comme parachutés dans un show qui n'a jamais vraiment su dans quel genre s'installer.

Ce flou narratif n'est pas un accident : c'est presque la signature du téléfilm. Il faut savoir qu'à l'époque, le studio avait demandé une structure proche des émissions « spéciales » ultra populaires : un peu de récit, un peu de musique, un peu d'humour, un peu d'invités. Cette logique explique la présence d'artistes comme Bea Arthur ou le groupe Jefferson Starship débarquant au beau milieu de l'intrigue comme si tout cela était parfaitement normal. Et quelque part, c'est fascinant. On alterne entre moments laborieux et petits pics d'absurdité pure, sans aucune transition, comme si le téléfilm refusait d'admettre qu'il appartient à un univers devenu mythique du jour au lendemain.

Les personnages, eux, rattrapent en partie cette structure erratique. Pas par leur évolution (il n'y en a pas), mais par la simple joie de les revoir. Luke apparaît avec ce maquillage un peu étrange qui tentait d'adoucir les marques de l'accident de Mark Hamill. Han, porté par un Harrison Ford d'une sobriété comique, semble décidé à jouer chaque scène comme si de rien n'était, même lorsque l'absurdité visuelle atteint son maximum. Leia, incarnée par une Carrie Fisher encore très jeune, mais déjà magnétique, chante même une reprise du thème principal : scène devenue culte, souvent citée comme l'un des moments les plus étranges de toute la saga. Et puis il y a la famille de Chewbacca, au cœur de ce fameux « jour de la vie » dont personne ne comprend réellement la liturgie, mais qui confère à l'ensemble une ambiance chaleureusement bizarre.

Derrière toute cette excentricité, quelques thèmes se dessinent. On retrouve l'idée d'un foyer menacé par l'Empire, une célébration de la solidarité, et une sorte de vision télévisuelle très « seventies » de la famille idéale, mais transposée chez des wookiees velus. C'est maladroit, très simpliste, mais tellement ancré dans la culture télévisuelle de l'époque que l'on y voit presqu'une archive ethnologique du divertissement américain. Un document temporel involontaire, capturant une atmosphère plus que racontant une histoire.

Techniquement, le contraste est saisissant : des bouts entiers de scènes spatiales sont recyclés du premier film (littéralement recopiés), les décors sont parfois dignes d'un théâtre de quartier, et l'éclairage donne ce rendu très « vidéo » typique de 1978. George Lucas a, dit-on, déclaré plus tard qu'il aurait aimé « retrouver chaque copie et les détruire avec un marteau ». La phrase circule encore dans les interviews de l'époque, même si sa formulation exacte varie. Et au milieu de tout cela, la musique de John Williams surgit par moments, rappelant à quel point cet univers est, en principe, capable d'une ampleur bien plus grande.

Le casting fait ce qu'il peut. Harrison Ford avance avec un sérieux qui force l'admiration, comme si quelqu'un l'avait prévenu que l'ensemble vieillirait très mal. Carrie Fisher reste touchante, même dans les passages les plus invraisemblables. Mark Hamill se donne à fond malgré son apparence retouchée par l'équipe de maquillage. Quant aux seconds rôles (Bea Arthur, Art Carney, Diahann Carroll), ils donnent au téléfilm l'impression d'un cabaret intergalactique où chacun vient pousser sa chansonnette avant de repartir dans l'hyperespace.

Et finalement, malgré sa réputation de nanar absolu (réputation qu'il mérite largement), il y a quelque chose d'étrangement attachant dans ce téléfilm. C'est grotesque, lent, interminable par moments. On rit souvent, parfois malgré soi. On regarde sa montre, on se sert une autre bière (bien fraîche, si possible). On se dit que ce truc n'aurait jamais dû voir le jour… et pourtant on est content qu'il existe, juste pour cette curiosité historique, ce morceau d'histoire alternative où Star wars aurait pu devenir un show télévisé hebdomadaire à paillettes.

C'est une expérience à faire une fois (une seule suffit largement !), mais cette fois-là vaut la peine. Pour le charme maladroit, pour les efforts sincères des acteurs, pour l'audace involontaire de l'ensemble, et pour la joie de découvrir un morceau d'univers parallèle qu'on n'oublie pas de sitôt. Une aberration adorable, un ratage spectaculaire, mais aussi un témoignage précieux de ce que la franchise aurait pu devenir si la Force avait décidé d'être un peu moins clémente.
Ma note76%
Vu le 16 Avril 2009


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