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· Julien   Lepage

Si tu me venges…
Jennifer Kaytin Robinson
2022

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Illustration de critique : Si tu me venges…
Le lycée américain comme décor, deux ados en quête de vengeance, des palettes pastels plein les yeux et Jennifer Kaytin Robinson derrière la caméra : Si tu me venges… débarque sur Netflix en septembre 2022 avec les atours aguichants d'un teen movie haut de gamme. Au casting, Camila Mendes — éternelle Veronica Lodge de Riverdale — et Maya Hawke, fille de Uma Thurman et révélation de Stranger Things, forment un duo supposément irrésistible. La promesse est celle d'un hommage malin aux classiques du genre, de Heathers à Lolita malgré moi. En réalité, on se retrouve deux heures dans un lycée de luxe à regarder des adultes jouer aux ados avec le naturel d'un lézard sous anesthésie générale. L'intrigue repose sur un accord secret passé entre Dréa, ex-reine du lycée humiliée après la diffusion de photos intimes par son petit ami, et Eleanor, nouvelle élève en apparence effacée qui a ses propres comptes à régler. L'une vengera l'ennemi de l'autre, et vice versa — une mécanique empruntée à Patricia Highsmith via L'Inconnu du Nord-Express, rien que ça, sauf qu'ici l'ambition hitchcockienne se noie très vite dans un océan de dialogues creux et de péripéties dignes d'un épisode de série Disney Channel sous amphétamines. Disons-le sans ambages : le scénario est d'une légèreté alarmante. Certains défenseurs du film argueront que les clichés sont volontaires, que la première scène — une fête grotesque dans une villa hors de prix — est une démonstration assumée d'excès pour mieux signaler la chute à venir. C'est possible. Mais un cliché qui se sait cliché reste un cliché. Le prétendu second degré n'est souvent qu'un alibi commode pour éviter d'écrire quelque chose. Les motivations des personnages sont à peine esquissées, les retournements de situation téléphonés, et le twist final — présenté comme une bombe — n'éclabousse guère au-delà de la surface. La détresse psychologique des personnages, réelle sur le papier — le revenge porn, le harcèlement scolaire, la réputation détruite en un clic — mériterait un traitement autrement plus sérieux que celui qu'on lui inflige ici. Les personnages, justement. Dréa et Eleanor sont présentées comme complexes, évoluant au fil du récit vers une forme d'amitié aussi improbable qu'instrumentalisée. En théorie, c'est intéressant. En pratique, leurs trajectoires restent aussi prévisibles que les saisons, et les personnages secondaires — le petit copain faussement woke Max, les acolytes interchangeables — ne servent qu'à meubler l'espace entre deux coups de théâtre fatigués. Il faut reconnaître que l'antagoniste masculin, dans sa tartufferie de façade progressive, est le personnage le mieux écrit du lot — ce qui n'est pas un compliment extraordinaire, mais au moins, il irrite avec constance. Le film entend mettre le doigt sur des questions contemporaines : la culture du viol numérique, la tyrannie de la réputation en milieu scolaire, la masculinité toxique déguisée en sensibilité éveillée. Des sujets importants, traités ici avec la profondeur d'un post Instagram. On effleure, on agite, on zappe. Le message féministe se dilue dans la même eau que les fringues pastel et les maquillages soigneusement décoiffés, jusqu'à devenir purement décoratif — ce qui est, à sa façon, une forme d'ironie involontaire assez cruelle. Sur le plan formel, il faut au moins concéder que le film ne lésine pas sur les moyens visuels. L'esthétique est travaillée, le montage nerveux par endroits, et la direction artistique — décors somptueux, costumes calibrés au millimètre — est réellement impeccable. Jennifer Kaytin Robinson, qui avait déjà offert Quelqu'un de bien en 2019, sait visiblement cadrer une image. La bande originale, dynamique et bien choisie, fait son travail de gonflement d'ambiance. Mais un beau décor ne remplace pas une mise en scène qui aurait quelque chose à dire, et l'on finit par se demander si le film n'est pas, lui aussi, victime de la même superficialité qu'il prétend dénoncer. Et puis il y a le jeu des acteurs, catastrophique par endroits. Camila Mendes campe Dréa avec l'éventail expressif d'une statue de cire — altière, certes, mais figée dans une pose permanente de reine déchue qui ne convainc jamais tout à fait. Maya Hawke s'en tire un peu mieux grâce à une présence plus naturelle, héritière de sa mère sans en avoir encore l'aplomb. Le reste du casting — pourtant bien fourni en visages familiers des séries ados — navigue entre surjeu gênant et sous-jeu anémique, sans qu'on puisse vraiment identifier qui est responsable : les acteurs ou un texte qui ne leur donne pas grand-chose à mordre. Sophie Turner, aperçue dans un caméo, fait partie de la liste des noms attachés à ce projet probablement davantage pour l'effet que pour la nécessité dramaturgique. Au bout du compte, Si tu me venges… est exactement le genre de film que l'on oublie avant même d'en avoir fermé la fenêtre Netflix. Bruyant, coloré, agité — mais creux. Les fans de Clueless ou de Mean Girls trouveront ici une pâle copie qui a compris l'esthétique de ses modèles sans en saisir la substance. Pour une vengeance nettement mieux servie et autrement plus mordante, on recommandera plutôt Jawbreaker ou le sec et impitoyable Cruel Intentions. À fuir, et pas discrètement.
Ma note15%
Vu le 11 Octobre 2023


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