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· Julien   Lepage

Sunshine
Danny Boyle
2007

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Illustration de critique : Sunshine
Il arrive parfois qu'un film commence par une promesse, celle d'un voyage immersif et fascinant, pour finir par trébucher dans ses propres ambitions. Sunshine, réalisé par Danny Boyle, incarne parfaitement ce paradoxe. Doté d'un postulat séduisant et d'un casting de haute volée avec Cillian Murphy, Chris Evans, Michelle Yeoh ou encore Hiroyuki Sanada, le film nous embarque dans une mission spatiale où un groupe de scientifiques est chargé de rallumer le Soleil mourant à l'aide d'une ogive nucléaire. Une entreprise délicate qui, comme le film lui-même, va peu à peu dérailler.

Dès les premières minutes, Sunshine capte l'attention avec une mise en scène léchée et une direction artistique saisissante. Le vaisseau Icarus II glisse dans le silence spatial avec une élégance hypnotique, et Boyle parvient à instaurer une tension subtile, accentuée par une gestion du cadre et de la lumière qui magnifie l'éclat du Soleil, à la fois objet de fascination et menace omniprésente. L'équipe de scientifiques et d'astronautes se présente comme un échantillon représentatif de l'humanité, avec des personnalités contrastées qui fonctionnent plutôt bien ensemble. Le film joue habilement sur la dynamique du huis clos et l'idée que l'isolement et la proximité de l'astre incandescent affectent l'équilibre psychologique de l'équipage.

Le scénario, signé Alex Garland, suit une progression classique, mais efficace. L'équipage fait face à une série d'imprévus qui compromettent peu à peu la mission. Une erreur de calcul met en péril le bouclier protecteur du vaisseau, entraînant un enchaînement de catastrophes qui force l'équipage à prendre des décisions de plus en plus désespérées. Jusque-là, rien de rédhibitoire. On est dans du bon suspense spatial, avec des dilemmes moraux et des jeux de pouvoir qui fonctionnent bien. Le problème survient quand le film bascule dans une tout autre direction : l'horreur.

Alors que Sunshine semblait vouloir être une réflexion sur l'humain face à l'immensité du cosmos, il prend un virage brutal en intégrant un élément qui tient plus du slasher que du film de science-fiction. L'équipage tombe sur l'épave du Icarus I, le vaisseau qui avait disparu sept ans plus tôt, et découvre qu'un survivant a décidé d'embrasser une vision mystique délirante du Soleil, devenant une espèce de créature démoniaque à moitié brûlée, insaisissable et floutée à l'image comme si Boyle voulait dissimuler un design qu'il savait raté. À partir de là, le film tombe dans un enchaînement de clichés de films d'horreur qui cassent complètement l'ambiance savamment construite jusque-là. Les personnages prennent des décisions absurdes, les plans deviennent tremblants, les séquences de survie sont expédiées et l'ensemble perd toute la subtilité qui faisait son charme initial.

Du côté des personnages, il faut reconnaître une écriture qui fonctionne plutôt bien dans la première partie. Capa, joué par Cillian Murphy, incarne l'archétype du scientifique introverti et brillant, tandis que Mace, interprété par Chris Evans, apporte une tension palpable avec son pragmatisme froid et sa nervosité grandissante. Corazon (Michelle Yeoh) et Kaneda (Hiroyuki Sanada) ajoutent une dimension plus calme et réfléchie à l'équipage, ce qui rend leur destin d'autant plus tragique. Malheureusement, une fois que le film décide d'abandonner sa réflexion sur la survie et l'obsession du Soleil pour se transformer en course-poursuite chaotique contre un tueur quasi-invincible, les personnages cessent d'exister en tant qu'individus et deviennent de simples pions destinés à être éliminés un à un.

Là où Sunshine parvient malgré tout à rester accrocheur, c'est dans sa mise en scène et sa photographie. La chaleur intense du Soleil est rendue avec une beauté hallucinante, et certaines scènes de contemplation sont parmi les plus marquantes du film. La bande-son, notamment la musique de John Murphy, apporte une intensité émotionnelle indéniable, avec des morceaux qui seront d'ailleurs réutilisés dans d'autres films et bandes-annonces tant leur efficacité est indiscutable.

Au final, il est toutefois difficile de ne pas ressentir une pointe de frustration. Sunshine aurait pu être une œuvre magistrale, un chef-d'œuvre de science-fiction à la hauteur d'un 2001 : l'odyssée de l'espace ou d'un Interstellar. Mais il se saborde lui-même en voulant trop en faire, en mélangeant des genres qui ne se marient pas bien et en sacrifiant sa finesse au profit d'un grand-guignol inutile. Il reste un film visuellement splendide et parfois captivant, mais qui laisse un goût amer tant son potentiel était immense. Un bon moment de cinéma, mais qui aurait pu être bien plus.
Ma note53%
Vu le 24 Mai 2012


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