The last of us (saison 1)
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Depuis le temps qu'on attendait une adaptation de jeu vidéo qui ne soit pas une catastrophe industrielle, The Last of Us débarque sur HBO avec une ambition rare et une équipe aux petits oignons. Aux manettes côté série : Craig Mazin, l'homme derrière Chernobyl — et ça, c'est une carte de visite qui en dit long — épaulé par Neil Druckmann, le créateur du jeu original chez Naughty Dog. Devant la caméra, Pedro Pascal et Bella Ramsey portent le show sur leurs épaules, l'un en plein sommet post-Mandalorian, l'autre révélée dans Game of Thrones en Lyanna Mormont — ce personnage de gamine qui terrorisait des adultes en armure. L'histoire, pour les rares qui ne la connaissent pas : vingt ans après une pandémie fongique qui a transformé une bonne partie de l'humanité en créatures champignonnesques peu fréquentables, Joel — contrebandier taiseux et cabossé — se voit confier la mission d'escorter Ellie, une adolescente rebelle et immunisée contre le champignon, à travers ce qu'il reste des États-Unis. Une sorte de road trip en enfer, avec des infectés à la place des aires d'autoroute. Sur le papier, on a déjà vu ça. The Walking Dead a occupé le créneau pendant dix saisons, avec la qualité narrative décroissante qu'on lui connaît — une pente savonneuse qui finissait presque par devenir une performance artistique à elle seule. The Last of Us prend le contrepied de cette formule dès le départ : les zombies — pardon, les infectés — sont presque accessoires. La série préfère s'attarder sur les humains, leurs choix, leurs compromis moraux, la façon dont la fin du monde révèle autant qu'elle détruit. C'est un pari scénaristique fort, parfois déroutant pour qui s'attendait à du survival frénétique, mais globalement payant. Le pilote s'ouvre d'ailleurs sur un prologue ancré en 1968, un plateau de télévision américain, un scientifique qui explique calmement comment un champignon pourrait un jour prendre le contrôle du cerveau humain. Mise en contexte élégante, avec une pointe de Don't Look Up dans l'ironie grinçante. John Hannah y fait une apparition fugace mais mémorable — toujours un bon choix, ce type. Ce qui frappe dès les premiers épisodes, c'est la qualité d'écriture des personnages secondaires. Joel et Ellie sont évidemment au centre, mais la série se permet des détours surprenants. Le troisième épisode, consacré à l'histoire de Bill et Frank — magistralement incarnés par Nick Offerman et Murray Bartlett —, constitue à lui seul une petite œuvre à part entière : une romance sur plusieurs décennies, dans un monde brisé, qui capte toute la philosophie de la série en cinquante minutes. C'est là que The Last of Us est le plus grand, quand elle s'autorise ce genre de pas de côté. On pourrait d'ailleurs reprocher à ce format une certaine inégalité de traitement : plus d'une heure pour cet épisode 3, quand le climax final de saison semble expédié en une petite quarantaine de minutes au regard des enjeux qu'il charrie. Le découpage épisodique trahit parfois un léger manque de rigueur rythmique — les durées varient du simple au double sans logique vraiment perceptible. Le développement des personnages principaux suit quant à lui un arc classique mais bien exécuté. Joel est un homme fracturé que l'on comprend progressivement, dont la carapace se fissure sans jamais vraiment tomber. Ellie est le contrepoids nécessaire : vive, sarcastique, dotée d'un humour noir qui sert à la fois de protection et de fenêtre sur une génération née dans l'apocalypse. Leur relation, construite sur la méfiance avant d'évoluer vers quelque chose de plus intime, constitue l'épine dorsale du récit. Les antagonistes humains — notamment à Kansas City — souffrent en revanche d'un traitement un peu trop sommaire : la volonté louable de les humaniser finit par les rendre flous, sacrifiés avant d'avoir vraiment existé. Sur le fond, la série touche à des thèmes solides et bien ancrés : la paternité de substitution, le deuil qui ne se referme jamais vraiment, la violence comme langage universel dans un monde sans institutions. Il y a aussi une réflexion implicite sur la place du jeu vidéo comme médium narratif — et sur ce qui se perd inévitablement dans la translation vers la série. Le format sériel gagne en durée ce que le jeu donne en immersion : incarner Joel pendant quinze heures, vivre dans sa peau chaque choix douloureux, c'est une expérience que l'écran ne peut pas reproduire, quoi qu'il fasse. La série le sait, ne cherche pas à singer, et c'est la bonne décision. Côté réalisation, c'est irréprochable. La direction artistique est somptueuse — les villes recouvertes de végétation, les zones de quarantaine grises et claustrophobiques, les grands espaces américains qui servent de toile de fond à un road trip peu commun. La photographie est soignée, les effets spéciaux convaincants, et les maquillages des infectés figurent parmi les plus réussis qu'on ait vus à la télévision. La bande originale, signée Gustavo Santaolalla — compositeur du jeu original depuis 2013, ce qui assure une continuité émotionnelle bienvenue — accompagne l'ensemble avec une économie de moyens qui sied parfaitement à l'ambiance. Le casting fait le boulot, et même un peu plus. Pedro Pascal apporte à Joel une lassitude habitée, une violence contenue prête à exploser, une fragilité soigneusement camouflée. Ce n'est pas le rôle le plus démonstratif de sa carrière, mais c'est peut-être l'un des plus justes. Bella Ramsey, dont la ressemblance physique avec le personnage du jeu avait d'abord suscité quelques doutes légitimes, finit par s'imposer avec une intensité qui rend ces inquiétudes caduques — elle est Ellie, et c'est tout ce qui compte. Les rôles secondaires sont bien distribués : Anna Torv en Tess, Melanie Lynskey en cheffe de faction à Kansas City, Nico Parker dans une ouverture déchirante. En VF, Boris Rehlinger et Emmylou Homs livrent un doublage à la hauteur. Au fond, The Last of Us est une bonne série — solide, bien construite, qui renouvelle honnêtement le genre post-apocalyptique en déplaçant le curseur vers le drame humain. Elle n'atteint pas les sommets vertigineux du matériau dont elle s'inspire, mais elle n'avait peut-être pas à le faire. Pour le spectateur qui n'a jamais touché à une manette, c'est une porte d'entrée parfaitement praticable vers une histoire qui mérite d'être racontée. Pour les autres, c'est une adaptation respectueuse, parfois même émouvante, qui réserve de beaux moments — à condition d'accepter que ce soit autre chose. Une série de zombies qui change un peu, et ça, franchement, ça fait du bien. Ceux qui veulent aller plus loin dans le registre pourront toujours se tourner vers Station Eleven ou The Leftovers, deux autres façons de traiter l'apocalypse avec intelligence. Pour la saison 2... on verra bien.
Ma note63%
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