Toni, en famille
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Il suffit parfois d'une voiture pleine à craquer et d'une voix de maman trop souvent couverte par le brouhaha pour qu'un film étale son programme. C'est exactement ce que fait Nathan Ambrosioni dans Toni, en famille. Dès les premières minutes, il nous enferme avec Toni et ses cinq enfants dans un habitacle surchauffé, où les répliques fusent, les chamailleries s'enchaînent, et la fatigue parentale se lit sans fard. Une scène fondatrice, à la fois drôle, bruyante, agaçante. Elle donne le ton, ou plutôt la mélodie, de cette comédie dramatique douce-amère portée par une Camille Cottin en mère solo un brin cabossée, entre dévouement total et désir de renaissance.
L'intrigue tient en quelques mots : Toni, chanteuse sur le déclin, ancienne starlette de télécrochet, élève seule sa tribu de cinq ados, tous plus ou moins charmants et bordéliques. Alors que les deux aînés s'apprêtent à quitter le nid, elle se demande ce qu'elle fera de sa vie une fois la maison vidée de ses cris. Reprendre des études ? Devenir prof ? Faire un bilan de compétences, demander une aide à Pôle emploi, s'inscrire à la fac ? En somme, reprendre la main sur une existence que les années ont lentement aspirée.
Sur le papier, on se dit qu'Ambrosioni, 24 ans au moment du tournage, frôle l'audace en s'attaquant à un rôle si féminin, si parental, si ancré dans une autre génération. Mais il s'en sort avec une maturité déconcertante, sans jamais verser dans l'idéalisation ni dans le pathos. Le scénario suit une ligne claire, parfois trop, refusant les grands écarts émotionnels pour préférer la chronique au souffle court. Le revers de cette pudeur assumée, c'est que certains sujets, comme le mal-être de Timothée ou les failles de Toni vis-à-vis des hommes, sont effleurés sans jamais être vraiment creusés.
Les enfants, eux, existent surtout par leurs caractères : la grande sérieuse, le fils qui doute, l'autre qui découvre son homosexualité dans une séquence désarmante de simplicité, la petite qui observe tout avec acuité. Ils parlent, ils s'engueulent, ils changent de pièce, ils vivent. Mais leur trajectoire, comme celle de leur mère, semble toujours stoppée net, comme si le film n'avait pas les moyens (ou le courage) de vraiment plonger.
Il faut pourtant reconnaître à Toni, en famille une vraie tendresse. Une manière de filmer les instants quotidiens, les repas trop bruyants, les moments de flottement entre deux portes, qui rappelle le naturalisme affectueux d'un Kore-eda ou d'un Noah Baumbach. Le film se tient à distance d'une sociologie à thèse, et c'est tant mieux. Mais cette décision de toujours lisser, de toujours préserver l'équilibre, empêche aussi de vraiment s'attacher. Le film glisse, agréable, sans aspérité.
Visuellement, c'est propre. Trop peut-être. Les teintes pastel, la maison trop bien décorée, les plans larges qui veulent inclure tout le monde dans le cadre, tout cela participe d'un certain réalisme « travaillé », mais qui finit par aseptiser. L'énergie, à défaut de jaillir de la mise en scène, est laissée aux comédiens.
Camille Cottin, justement, tient le film à bout de bras. Elle joue sans forcer, parfois peut-être trop. Elle s'efface, se fond, porte le fardeau avec un naturel un peu monolithique, ce qui fait dire à certains qu'elle est « subtile ». Peut-être. Mais on peut aussi y voir une forme de neutralité émotionnelle, comme si elle cherchait surtout à faire oublier qu'elle joue. Les enfants sont tous très justes, même si certains, comme Oscar Pauleau ou Juliane Lepoureau, crèvent un peu plus l'écran que d'autres.
Au final, Toni, en famille est un film qui se regarde avec un certain plaisir, une certaine douceur. Il ne bouleverse pas, il ne secoue rien, mais il dresse un portrait tendre, parfois trop, d'une famille qui fait bloc. On sourit, on soupire, on devine ce qui aurait pu être dit et ne le sera pas. C'est sans doute le projet même du film : suggérer plutôt que montrer, effleurer plutôt que déplier. Cela pourra toucher certains, en laisser d'autres à distance. Moi, j'y ai vu un bel essai, pas totalement transformé. Un film entre-deux, qui mériterait presque d'être revu plus tard, quand son réalisateur aura grandi un peu plus encore.
L'intrigue tient en quelques mots : Toni, chanteuse sur le déclin, ancienne starlette de télécrochet, élève seule sa tribu de cinq ados, tous plus ou moins charmants et bordéliques. Alors que les deux aînés s'apprêtent à quitter le nid, elle se demande ce qu'elle fera de sa vie une fois la maison vidée de ses cris. Reprendre des études ? Devenir prof ? Faire un bilan de compétences, demander une aide à Pôle emploi, s'inscrire à la fac ? En somme, reprendre la main sur une existence que les années ont lentement aspirée.
Sur le papier, on se dit qu'Ambrosioni, 24 ans au moment du tournage, frôle l'audace en s'attaquant à un rôle si féminin, si parental, si ancré dans une autre génération. Mais il s'en sort avec une maturité déconcertante, sans jamais verser dans l'idéalisation ni dans le pathos. Le scénario suit une ligne claire, parfois trop, refusant les grands écarts émotionnels pour préférer la chronique au souffle court. Le revers de cette pudeur assumée, c'est que certains sujets, comme le mal-être de Timothée ou les failles de Toni vis-à-vis des hommes, sont effleurés sans jamais être vraiment creusés.
Les enfants, eux, existent surtout par leurs caractères : la grande sérieuse, le fils qui doute, l'autre qui découvre son homosexualité dans une séquence désarmante de simplicité, la petite qui observe tout avec acuité. Ils parlent, ils s'engueulent, ils changent de pièce, ils vivent. Mais leur trajectoire, comme celle de leur mère, semble toujours stoppée net, comme si le film n'avait pas les moyens (ou le courage) de vraiment plonger.
Il faut pourtant reconnaître à Toni, en famille une vraie tendresse. Une manière de filmer les instants quotidiens, les repas trop bruyants, les moments de flottement entre deux portes, qui rappelle le naturalisme affectueux d'un Kore-eda ou d'un Noah Baumbach. Le film se tient à distance d'une sociologie à thèse, et c'est tant mieux. Mais cette décision de toujours lisser, de toujours préserver l'équilibre, empêche aussi de vraiment s'attacher. Le film glisse, agréable, sans aspérité.
Visuellement, c'est propre. Trop peut-être. Les teintes pastel, la maison trop bien décorée, les plans larges qui veulent inclure tout le monde dans le cadre, tout cela participe d'un certain réalisme « travaillé », mais qui finit par aseptiser. L'énergie, à défaut de jaillir de la mise en scène, est laissée aux comédiens.
Camille Cottin, justement, tient le film à bout de bras. Elle joue sans forcer, parfois peut-être trop. Elle s'efface, se fond, porte le fardeau avec un naturel un peu monolithique, ce qui fait dire à certains qu'elle est « subtile ». Peut-être. Mais on peut aussi y voir une forme de neutralité émotionnelle, comme si elle cherchait surtout à faire oublier qu'elle joue. Les enfants sont tous très justes, même si certains, comme Oscar Pauleau ou Juliane Lepoureau, crèvent un peu plus l'écran que d'autres.
Au final, Toni, en famille est un film qui se regarde avec un certain plaisir, une certaine douceur. Il ne bouleverse pas, il ne secoue rien, mais il dresse un portrait tendre, parfois trop, d'une famille qui fait bloc. On sourit, on soupire, on devine ce qui aurait pu être dit et ne le sera pas. C'est sans doute le projet même du film : suggérer plutôt que montrer, effleurer plutôt que déplier. Cela pourra toucher certains, en laisser d'autres à distance. Moi, j'y ai vu un bel essai, pas totalement transformé. Un film entre-deux, qui mériterait presque d'être revu plus tard, quand son réalisateur aura grandi un peu plus encore.
Ma note55%
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