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· Julien   Lepage

Un enfant pas comme les autres
Menno Meyjes
2007

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Illustration de critique : Un enfant pas comme les autres
Une adaptation signée Menno Meyjes, portée par John Cusack, Amanda Peet et le jeune Bobby Coleman, débarque enfin chez nous après une longue dérive intersidérale : tournée en 2005, arrivée en salles françaises en 2009, comme si le film avait réellement traversé l'espace avant d'atterrir. On se souvenait que le matériau d'origine avait intrigué les amateurs de SF intimiste : une nouvelle signée David Gerrold, auteur passé par Star trek. L'attente n'était pas brûlante, mais l'on pouvait espérer une fantaisie sensible, à mi-chemin entre chronique familiale et escapade martienne.

L'histoire suit David Gordon, auteur de science-fiction récemment veuf, qui décide d'adopter Dennis, un enfant persuadé d'être originaire de Mars. Il doit composer avec les réserves de Sophie, responsable du foyer, et les avertissements de sa sœur Liz, alors que son amie Harlee lui offre un soutien plus chaleureux. Le quotidien devient rapidement un mélange de tendresse et d'exaspération : l'enfant refuse la lumière du Soleil, mange uniquement des céréales, médite dans une boîte en carton et enfile une ceinture lestée pour « affronter la gravité terrestre ». Plus les jours passent, plus David se demande si cette bizarrerie n'a vraiment rien d'extraterrestre. Évidemment, le lien qui se tisse entre eux l'oblige à réapprendre la paternité, avec ou sans soucoupe volante.

Sur le papier, le scénario semblait vouloir marcher sur la même frontière que K-Pax ou certains récits de Steven Spielberg période Rencontres du troisième type : l'ambiguïté entre folie douce et miracle cosmique. Malheureusement, l'écriture s'enlise dans une structure prévisible, alternant petites interrogations existentielles et moments de mignonnerie calibrée. L'adaptation, qui gomme au passage l'orientation sexuelle du père réel dans la nouvelle originale, retire au récit l'un de ses enjeux les plus singuliers, comme si on avait poli la pierre jusqu'à lui enlever sa couleur. Quelques scènes fonctionnent, notamment lorsque le film effleure l'idée que la différence est un refuge avant d'être une souffrance, mais l'ensemble reste tiède, parfois engoncé dans une sentimentalité tellement insistante qu'on finit par deviner ses coups à l'avance.

Les personnages, eux, semblent osciller entre croquis touchants et silhouettes esquissées trop vite. David est écrit comme un homme bienveillant, mais unidimensionnel : on attend qu'il s'effondre ou qu'il explose, mais il flotte. Dennis aurait mérité davantage de zones d'ombre : ses tics martiens, ses silences, tout cela intrigue, mais le film simplifie trop vite son étrangeté. Les personnages secondaires défilent sans toujours trouver leur place, réduits à des fonctions : la sœur inquiète, l'amie compréhensive, la directrice paternaliste. On devine le potentiel dramatique derrière chacun, mais ils finissent trop souvent relégués à des épices décoratives.

Les thèmes abordés (le deuil, la parentalité choisie, l'acceptation de l'inconnu) restent honorables. Le film tente de montrer que la famille se construit autant qu'elle se découvre, et que croire en quelqu'un est parfois le geste le plus radical qui soit. Sauf que cette exploration manque de densité. La frontière entre imaginaire et réalité n'est jamais franchement interrogée, et la question de l'altérité tourne à la carte postale : jolie, un peu fade, sans aspérités. On aurait aimé que Dennis reste réellement mystérieux plutôt qu'expliqué par de petites anecdotes rassurantes. C'est comme si le film hésitait à déranger son public, préférant le confort d'une leçon de vie prévisible.

Côté réalisation, Meyjes filme tout cela avec une sobriété anesthésiante. Quelques plans extérieurs à Vancouver (qui tient lieu d'un peu tout et n'importe quoi) sont agréables, mais la mise en scène peine à trouver une identité. Pas de folie visuelle, pas d'audace narrative, pas de mise en tension véritable. La photographie reste sage, presque téléfilm, et même les scènes supposément « magiques » manquent de souffle. On raconte que Jerry Zucker serait venu tourner quelques scènes en renfort ; un détail qui révèle peut-être la difficulté à trouver le bon ton. La bande-son, elle, accompagne sans marquer : un peu de sucre, une pincée de violons, rien de plus. Au moins, ça ne gêne pas.

Les performances des acteurs tentent de relever la barre. John Cusack retrouve une énergie plus tendre que dans High fidelity ou Dans la peau de John Malkovich, mais semble se battre contre un personnage écrit en demi-teinte. Bobby Coleman possède une présence étrange et fragile, mais son rôle le pousse parfois vers une excentricité mécanique. Amanda Peet a quelques scènes lumineuses, mais demeure accessoire, tout comme Joan Cusack, qui apporte l'ironie attendue sans jamais surprendre. On reconnaît au passage Anjelica Huston dans un petit rôle, suffisamment imposant pour qu'on regrette qu'elle ne reste pas plus longtemps. Quant à Oliver Platt ou Richard Schiff, ils font le travail, consciencieux, mais sans réelle opportunité de changer le cours du film.

Au bout du voyage, il reste la sensation d'un film qui voulait parler d'amour paternel, de différence et d'étoiles invisibles, mais qui s'est perdu en route. On sourit parfois, on s'attendrit, sans jamais être vraiment bousculé.
Ma note33%
Vu le 15 Juillet 2009


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