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· Julien   Lepage

Il était une fois, une fois
Christian Merret-Palmair
2012

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Illustration de critique : Il était une fois, une fois
Il y a des films qui trouvent immédiatement leur public, et d'autres qui semblent avoir été conçus pour une niche ultra-spécifique. Il était une fois, une fois fait clairement partie de cette seconde catégorie. Réalisé par Christian Merret-Palmair, avec François-Xavier Demaison, Anne Marivin, Jean-Luc Couchard et Charlie Dupont, cette comédie joue à fond la carte des stéréotypes franco-belges. Entre accents appuyés, leçons de « belgitude » et détournement des clichés nationaux, le film se donne pour mission d'amuser en exploitant la rivalité amicale entre les deux pays. Le problème, c'est que cette approche, aussi charmante soit-elle, laisse rapidement sur le carreau ceux qui ne maîtrisent pas toutes les subtilités culturelles belges. Et autant dire que si on n'a jamais chanté des classiques de bals de village ou débattu sur la différence entre un torchon et une serviette, l'expérience peut paraître assez opaque.

L'histoire est aussi absurde qu'elle en a l'air : Willy Vanderbrook, un Franco-belge recalé à un poste de concierge dans un palace parisien sous prétexte de « belgitude », décide de se venger en se faisant passer pour un prince royal. Accompagné de deux complices hauts en couleur, il infiltre une réception huppée et se retrouve, par un enchaînement de hasards et de quiproquos, embarqué dans un plan de vol de bijoux. À partir de là, le film alterne entre séquences de comédie burlesque et escroquerie à la sauce belge, où les déguisements, les incompréhensions culturelles et les blagues potaches s'enchaînent à un rythme inégal.

L'un des atouts du film, c'est qu'il ne cherche jamais à être réaliste, et c'est peut-être ce qui le sauve. On pourrait passer des heures à relever les incohérences — pourquoi Willy passe-t-il une heure à entraîner sa fausse « princesse » aux belgicismes alors que personne ne se doute une seconde de la supercherie ? Comment se fait-il que Stéphane Bern soit le seul à repérer l'arnaque ? Pourquoi les bijoutiers de la place Vendôme prêtent-ils des diamants à n'importe qui ? — mais finalement, ça n'a pas d'importance. Le film assume pleinement son côté conte de fée déjanté, et une fois cette convention acceptée, on se laisse porter par son absurdité assumée.

Les personnages sont volontairement caricaturaux, mais plutôt réussis. Willy, avec son faux air de loser attachant, est une version belge du héros malchanceux, mais débrouillard qu'on retrouve souvent dans la comédie française. Serge, son complice limonadier désabusé, et Frank, le Wallon indépendantiste un peu psychopathe, complètent ce trio de bras cassés, chacun apportant son lot de répliques absurdes et de situations improbables. Face à eux, Jessica, la mystérieuse arnaqueuse jouée par Anne Marivin, incarne un contrepoint plus sérieux — même si son personnage semble parfois évoluer dans un tout autre film, tant ses enjeux personnels restent flous et peu exploités.

Le film s'amuse avant tout à jouer avec les clichés. Les Belges sont forcément bons vivants, attachants et un brin maladroits, tandis que les Français — surtout les Parisiens — sont prétentieux et méprisants. L'humour repose sur cette dynamique, entre autodérision bien sentie et moqueries bon enfant. Il y a une vraie volonté de varier les types de blagues, des dialogues absurdes aux situations rocambolesques, et si certaines tombent à plat, d'autres font mouche. On sent que Christian Merret-Palmair connaît bien son sujet et s'amuse à exagérer les stéréotypes jusqu'à l'absurde. Et même si l'accumulation de références peut perdre les non-initiés, il faut reconnaître que le film garde une certaine fraîcheur.

Là où ça coince, c'est dans la dernière partie. Après un premier acte efficace et une montée en puissance portée par l'énergie du trio principal, le film ralentit considérablement dès que l'arnaque entre en jeu. L'action devient plus convenue, l'humour moins percutant, et on sent que le film ne sait plus trop s'il doit rester dans la comédie pure ou s'orienter vers un vrai film de casse. Ce flottement est accentué par une réalisation qui manque parfois de dynamisme. Christian Merret-Palmair, qui avait déjà signé Les portes de la gloire, n'a pas la patte d'un réalisateur de comédie visuelle, et certaines séquences auraient mérité un montage plus nerveux pour éviter les temps morts.

Côté interprétation, François-Xavier Demaison s'en sort plutôt bien dans son rôle de faux prince belge, même si son accent oscille entre crédible et caricatural. Jean-Luc Couchard, fidèle à lui-même, livre une performance réjouissante en indépendantiste wallon un peu barré, tandis que Charlie Dupont apporte une vraie sympathie à son personnage de complice désabusé. Anne Marivin, en revanche, peine à trouver sa place dans ce joyeux bazar, son personnage étant trop effacé pour marquer réellement.

Au final, Il était une fois, une fois est une comédie sympathique, sans prétention, qui fonctionne tant qu'on adhère à son humour particulier. Ce n'est pas un film qui déclenche des éclats de rire mémorables, ni une œuvre marquante, mais on passe un bon moment devant ses enchaînements de bêtises et sa bonne humeur communicative. C'est du divertissement pur, à condition de ne pas trop s'attarder sur son scénario brinquebalant ou son rythme inégal. À voir une fois, une fois.
Ma note48%
Vu le 15 Juillet 2012


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