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· Julien   Lepage

Uno liar's
Mattel
2025

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Illustration de critique : Uno liar's
Mentir à table, chez Uno, n’a jamais vraiment été une nouveauté. Entre les +4 posés avec l’aplomb d’un avocat véreux, les règles familiales inventées sur le moment et les cousins qui jurent « mais si, on a toujours joué comme ça », le jeu de cartes de Mattel avait déjà depuis longtemps un petit parfum de tribunal populaire. Avec Uno liar's, sorti en 2025, l’éditeur a simplement décidé d’arrêter l’hypocrisie : puisque tout le monde ment, autant imprimer la mauvaise foi sur les cartes.

Cette nouvelle déclinaison arrive après une longue série de variations autour de Uno, dont Uno no mercy, qui avait déjà poussé le curseur du chaos familial vers la zone rouge. Uno liar's prend une autre direction : moins punitive, plus psychologique, presque théâtrale. On n’est pas dans la stratégie feutrée d’un Complots, ni dans la sécheresse bluffante d’un Perudo, ni dans la cruauté élégante de Skull. On reste bien dans l’univers de Uno : rapide, accessible, coloré, un peu bruyant, souvent injuste, et suffisamment simple pour être expliqué entre deux poignées de chips.

Le principe est assez malin. On retrouve la base connue : se débarrasser de ses cartes, suivre les couleurs ou les chiffres, gérer les cartes spéciales, annoncer quand il ne reste plus qu’une carte. Mais la variante introduit une mécanique de bluff avec des cartes jouées face cachée. Le joueur annonce ce qu’il prétend poser, et les autres doivent décider s’ils le croient ou s’ils l’accusent de mentir. S’il mentait, il est puni. S’il disait vrai, c’est l’accusateur qui prend. Voilà. Rien de révolutionnaire, mais une petite greffe ludique qui change immédiatement l’ambiance autour de la table.

Ce qui fonctionne, c’est que Uno liar's comprend très bien la nature profonde du Uno : ce n’est pas un jeu de maîtrise, c’est un générateur de réactions. Le plaisir ne vient pas d’un plan brillant préparé sur cinq tours, mais d’un regard fuyant, d’un rire nerveux, d’un « je te connais, toi », lancé avec la gravité d’un interrogatoire dans Les traîtres. Le jeu transforme chaque joueur en suspect médiocre, en Colombo de cuisine, en acteur de série B incapable de tenir son rôle plus de dix secondes. Et dans ces moments-là, c’est franchement amusant.

La version française a aussi l’avantage de ne pas compliquer inutilement les choses. On comprend vite ce qu’on doit faire, même si les premières manches peuvent demander deux ou trois retours à la règle, surtout avec des enfants ou des joueurs qui confondent bluff, mensonge, intuition et vengeance personnelle. Le matériel reste dans les standards de la gamme : petit format, cartes lisibles, prix raisonnable, boîte facile à sortir. Mattel a aussi poursuivi son effort d’accessibilité avec des symboles associés aux couleurs, un détail discret, mais appréciable pour les joueurs daltoniens.

Le problème, c’est que cette bonne idée ne suffit pas toujours à porter la partie très loin. Uno liar's est plus drôle comme situation que comme système. Avec le bon groupe, il peut déclencher de vrais bons moments : accusations absurdes, coups de bluff minables, trahisons familiales sans gravité. Avec une table moins expressive, ou simplement fatiguée, la mécanique paraît tout de suite plus mince. Le jeu dépend énormément de l’énergie des joueurs, presque davantage que de ses propres règles. C’est un peu comme une comédie d’impro : avec des gens inspirés, ça pétille ; avec des gens polis, ça toussote.

On sent aussi la limite habituelle des variantes de grands classiques. Uno liar's n’est pas une refonte, encore moins une révélation. C’est une extension d’idée, un produit bien calibré, une petite torsion commerciale plutôt habile. Le bluff donne du relief, mais il n’efface pas les vieilles sensations de Uno : le hasard massif, les retournements arbitraires, les tours où l’on subit plus qu’on ne joue. Les amateurs de jeux de société un peu modernes risquent donc d’y voir un apéritif sympathique, mais pas un plat. Les familles, elles, y trouveront probablement de quoi renouveler quelques soirées, ce qui est déjà quelque chose.

J’aime bien l’idée, mais je n’ai jamais eu l’impression d’être devant une grande réussite. Plutôt devant un jeu malin, honnête, parfois très drôle, parfois un peu creux. Il a cette qualité des objets populaires bien pensés : on peut le sortir sans cérémonie, l’expliquer vite, le ranger sans regret. Mais il a aussi leur défaut : une fois l’effet de surprise passé, il faut vraiment que la table fasse le spectacle à sa place.

Au fond, Uno liar's ressemble à ce pote qui raconte toujours la même anecdote, mais qui la raconte assez bien pour qu’on l’écoute encore une fois. On sait qu’il force un peu. On sait qu’il n’a pas inventé le bluff. On sait qu’on possède déjà dix jeux plus subtils dans la ludothèque. Mais on sourit quand même, parce que le mensonge, quand il est assumé, a parfois plus de charme que la vérité.
Ma note58%
Joué le 1 Mai 2026


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