Underworld 3, le soulèvement des Lycans
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Parfois, Hollywood vous offre la démonstration que l'arithmétique du cinéma est parfaitement simple : prenez une franchise qui fonctionne, retirez ce qui la rendait intéressante, étirez sur quatre-vingt-dix minutes le contenu d'un flash-back de cinq minutes, et appelez ça un préquel. Underworld 3, sorti en janvier 2009, est la troisième entrée dans la saga vampiro-lycanthrope lancée en 2003. Patrick Tatopoulos, jusqu'ici concepteur des créatures des deux premiers volets — et dont c'est le premier long métrage —, prend les rênes laissées par Len Wiseman. Michael Sheen, Bill Nighy et Rhona Mitra forment le trio principal. Kate Beckinsale, elle, a eu la sagesse de ne pas s'attarder.
Revenons aux origines, donc, comme dirait tout producteur à court d'idées. L'histoire se déroule quelque part au Moyen Âge… enfin, un Moyen Âge assez flottant, avec des armures design, des balistes à répétition et une bande originale métalcore qui, en pratique, n'apparaît même pas dans le film. Les vampires règnent en maîtres depuis leur forteresse gothique et font creuser des carrières à leurs esclaves lycans, qui arborent des colliers à pointes dirigées vers l'intérieur : ingénieux dispositif pour les empêcher de se transformer. À leur tête, le premier lycan né sous forme humaine : Lucian. Face à lui, Viktor, seigneur vampirique, père autoritaire, bad guy intégral. Entre eux deux, Sonja, fille de Viktor, secrètement amoureuse de Lucian. Ce qui déclenche la grande guerre entre les deux races, l'affrontement titanesque entre immortels qui court sur plusieurs siècles, c'est donc... une histoire d'amour contrariée. Shakespeare avait imaginé le même dispositif en 1595. Il s'appelait Roméo et Juliette. Depuis, on peut raisonnablement estimer que le concept a été exploré.
Le problème fondamental du scénario — et il est rédhibitoire — c'est que l'issue de cette histoire était déjà racontée dans un flash-back de cinq minutes dans le premier Underworld. La réunion de production qui a donné naissance à ce film devait ressembler à quelque chose comme : « On n'a plus de pitch. » « Si, dans le premier il y a un flash-back intense, on n'a qu'à faire un film à partir de ça. ». Et ainsi fut produit Underworld 3. Le spectateur arrive donc avec la totalité des informations cruciales déjà en main : qui vit, qui meurt, et comment. Ce que Tatopoulos et ses scénaristes proposent pour remplir l'espace restant tient à la fois du film d'action bas de gamme, du mélo romanesque et du cours d'histoire mythologique approximatif. Comme Lavoisier l'aurait peut-être dit s'il s'était intéressé au box-office : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Même à Hollywood.
La mythologie elle-même pose quelques problèmes de logique interne amusants. Un lycan, rappelons-le pour les nouveaux arrivants, n'est pas exactement un loup-garou. Un loup-garou dans l'univers Underworld, c'est un grand loup musclé bipède, sauvage, pas très futé. Un lycan, c'est le croisement entre un loup-garou et une humaine, donnant un hybride capable de prendre forme humaine. Soit. Admettons. Le héros des deux premiers films était, lui, mi-lycan mi-vampire, ce qui le rend quart-humain, quart-loup-garou, demi-vampire. On ne va pas s'attarder sur ce que tout cela implique biologiquement, mais le fait qu'une vampire puisse tomber enceinte d'un lycan dans ce troisième volet est le genre de détail que le film préfère laisser en suspens plutôt que d'expliquer, avec une sagesse toute pragmatique.
Sur le plan des personnages, le film multiplie les stéréotypes avec une générosité déconcertante. Lucian est le rebelle charismatique qui souffre en silence et hurle à la Lune. Sonja est l'héroïne impulsive qui prend systématiquement la pire décision disponible dans chaque situation, se fait attaquer deux fois dans la forêt en quelques jours, et semble incapable de refermer la bouche entre deux répliques. Raze, l'esclave humain qui finit transformé en lycan, est là pour conseiller le héros et faire de la figuration musclée : le film n'envisage pas une seconde de lui offrir autre chose. Quant à Andreas, personnage secondaire dont les motivations restent mystérieuses du début à la fin… il sait tout, ne dit rien, aide le méchant, aide le gentil, aide à nouveau le méchant : on attend toujours l'explication de sa cohérence intérieure.
Les thèmes, en revanche, ne manquent pas d'ambition. L'esclavage, la révolte des opprimés, la lutte des classes grimée en conflit fantastique : le film lorgne clairement du côté de Spartacus, avec quelques clins d'œil appuyés vers Le seigneur des anneaux dans ses scènes de siège. Sauf que Kubrick et Jackson avaient eu la bonne idée de créer des personnages dont on se soucie. Ici, la trame sociale intéressante reste constamment noyée sous le mélodrame sentimental et les incohérences tactiques ; notamment le fait que les lycans, capables d'escalader les remparts et d'arracher des portes à mains nues, semblent ne jamais avoir eu l'idée de le faire avant le climax du film.
Du côté de la réalisation, Tatopoulos a confié en interview que la découverte du premier montage avait été traumatisante : il a vu le film et l'a trouvé insupportable. La lucidité est appréciable. Le filtre bleu omniprésent qui était la signature esthétique des deux premiers films est ici poussé à un degré tel qu'il dissimule non seulement le manque de budget, mais aussi, dans les scènes d'action, la moindre lisibilité spatiale. Les combats sont filmés dans une obscurité telle que distinguer qui frappe qui relève de l'exercice de déduction. Les effets numériques, techniquement ambitieux (le film compte 80 plans avec des lycans en CGI contre 29 pour le deuxième volet), n'ont pas bénéficié du budget correspondant, et les créatures transformées affichent une plasticité qui n'aurait pas déparé dans une production de milieu de décennie. La bande-son de Paul Haslinger… existe.
Michael Sheen, qu'on venait de voir brillant dans Frost/Nixon, semble ici traverser le film dans un état de suspension entre l'investissement total et la conscience aiguë qu'il n'a aucun matériau digne de ce nom à travailler. Il hurle beaucoup, souffre photographiquement, et démontre qu'un acteur de sa trempe peut exister dans n'importe quel contexte, même celui-ci. C'est presque fascinant à observer, comme une expérience de physique sur la résistance du talent à la médiocrité environnante. Bill Nighy, dont la seule présence suffit habituellement à rehausser n'importe quel projet, réussit ici à sembler terne, ce qui constitue en soi un exploit considérable et la preuve la plus éloquente de la gravité de la situation. Rhona Mitra, recrutée pour pallier l'absence de Kate Beckinsale, fait ce qu'elle peut avec un rôle dont l'écriture ne lui laisse aucune chance.
Underworld 3 réussit un tour de force involontaire : celui de rendre rétrospectivement les deux premiers films meilleurs qu'ils n'étaient. Ce n'est pas un navet au sens noble du terme, celui qui déborde d'énergie maladroite et d'excès assumés. C'est juste plat, sans vie, sans enjeu, sans surprise. Un film qui ne rate pas dans la douleur, mais dans l'indifférence, ce qui est peut-être pire.
Revenons aux origines, donc, comme dirait tout producteur à court d'idées. L'histoire se déroule quelque part au Moyen Âge… enfin, un Moyen Âge assez flottant, avec des armures design, des balistes à répétition et une bande originale métalcore qui, en pratique, n'apparaît même pas dans le film. Les vampires règnent en maîtres depuis leur forteresse gothique et font creuser des carrières à leurs esclaves lycans, qui arborent des colliers à pointes dirigées vers l'intérieur : ingénieux dispositif pour les empêcher de se transformer. À leur tête, le premier lycan né sous forme humaine : Lucian. Face à lui, Viktor, seigneur vampirique, père autoritaire, bad guy intégral. Entre eux deux, Sonja, fille de Viktor, secrètement amoureuse de Lucian. Ce qui déclenche la grande guerre entre les deux races, l'affrontement titanesque entre immortels qui court sur plusieurs siècles, c'est donc... une histoire d'amour contrariée. Shakespeare avait imaginé le même dispositif en 1595. Il s'appelait Roméo et Juliette. Depuis, on peut raisonnablement estimer que le concept a été exploré.
Le problème fondamental du scénario — et il est rédhibitoire — c'est que l'issue de cette histoire était déjà racontée dans un flash-back de cinq minutes dans le premier Underworld. La réunion de production qui a donné naissance à ce film devait ressembler à quelque chose comme : « On n'a plus de pitch. » « Si, dans le premier il y a un flash-back intense, on n'a qu'à faire un film à partir de ça. ». Et ainsi fut produit Underworld 3. Le spectateur arrive donc avec la totalité des informations cruciales déjà en main : qui vit, qui meurt, et comment. Ce que Tatopoulos et ses scénaristes proposent pour remplir l'espace restant tient à la fois du film d'action bas de gamme, du mélo romanesque et du cours d'histoire mythologique approximatif. Comme Lavoisier l'aurait peut-être dit s'il s'était intéressé au box-office : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Même à Hollywood.
La mythologie elle-même pose quelques problèmes de logique interne amusants. Un lycan, rappelons-le pour les nouveaux arrivants, n'est pas exactement un loup-garou. Un loup-garou dans l'univers Underworld, c'est un grand loup musclé bipède, sauvage, pas très futé. Un lycan, c'est le croisement entre un loup-garou et une humaine, donnant un hybride capable de prendre forme humaine. Soit. Admettons. Le héros des deux premiers films était, lui, mi-lycan mi-vampire, ce qui le rend quart-humain, quart-loup-garou, demi-vampire. On ne va pas s'attarder sur ce que tout cela implique biologiquement, mais le fait qu'une vampire puisse tomber enceinte d'un lycan dans ce troisième volet est le genre de détail que le film préfère laisser en suspens plutôt que d'expliquer, avec une sagesse toute pragmatique.
Sur le plan des personnages, le film multiplie les stéréotypes avec une générosité déconcertante. Lucian est le rebelle charismatique qui souffre en silence et hurle à la Lune. Sonja est l'héroïne impulsive qui prend systématiquement la pire décision disponible dans chaque situation, se fait attaquer deux fois dans la forêt en quelques jours, et semble incapable de refermer la bouche entre deux répliques. Raze, l'esclave humain qui finit transformé en lycan, est là pour conseiller le héros et faire de la figuration musclée : le film n'envisage pas une seconde de lui offrir autre chose. Quant à Andreas, personnage secondaire dont les motivations restent mystérieuses du début à la fin… il sait tout, ne dit rien, aide le méchant, aide le gentil, aide à nouveau le méchant : on attend toujours l'explication de sa cohérence intérieure.
Les thèmes, en revanche, ne manquent pas d'ambition. L'esclavage, la révolte des opprimés, la lutte des classes grimée en conflit fantastique : le film lorgne clairement du côté de Spartacus, avec quelques clins d'œil appuyés vers Le seigneur des anneaux dans ses scènes de siège. Sauf que Kubrick et Jackson avaient eu la bonne idée de créer des personnages dont on se soucie. Ici, la trame sociale intéressante reste constamment noyée sous le mélodrame sentimental et les incohérences tactiques ; notamment le fait que les lycans, capables d'escalader les remparts et d'arracher des portes à mains nues, semblent ne jamais avoir eu l'idée de le faire avant le climax du film.
Du côté de la réalisation, Tatopoulos a confié en interview que la découverte du premier montage avait été traumatisante : il a vu le film et l'a trouvé insupportable. La lucidité est appréciable. Le filtre bleu omniprésent qui était la signature esthétique des deux premiers films est ici poussé à un degré tel qu'il dissimule non seulement le manque de budget, mais aussi, dans les scènes d'action, la moindre lisibilité spatiale. Les combats sont filmés dans une obscurité telle que distinguer qui frappe qui relève de l'exercice de déduction. Les effets numériques, techniquement ambitieux (le film compte 80 plans avec des lycans en CGI contre 29 pour le deuxième volet), n'ont pas bénéficié du budget correspondant, et les créatures transformées affichent une plasticité qui n'aurait pas déparé dans une production de milieu de décennie. La bande-son de Paul Haslinger… existe.
Michael Sheen, qu'on venait de voir brillant dans Frost/Nixon, semble ici traverser le film dans un état de suspension entre l'investissement total et la conscience aiguë qu'il n'a aucun matériau digne de ce nom à travailler. Il hurle beaucoup, souffre photographiquement, et démontre qu'un acteur de sa trempe peut exister dans n'importe quel contexte, même celui-ci. C'est presque fascinant à observer, comme une expérience de physique sur la résistance du talent à la médiocrité environnante. Bill Nighy, dont la seule présence suffit habituellement à rehausser n'importe quel projet, réussit ici à sembler terne, ce qui constitue en soi un exploit considérable et la preuve la plus éloquente de la gravité de la situation. Rhona Mitra, recrutée pour pallier l'absence de Kate Beckinsale, fait ce qu'elle peut avec un rôle dont l'écriture ne lui laisse aucune chance.
Underworld 3 réussit un tour de force involontaire : celui de rendre rétrospectivement les deux premiers films meilleurs qu'ils n'étaient. Ce n'est pas un navet au sens noble du terme, celui qui déborde d'énergie maladroite et d'excès assumés. C'est juste plat, sans vie, sans enjeu, sans surprise. Un film qui ne rate pas dans la douleur, mais dans l'indifférence, ce qui est peut-être pire.
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