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· Julien   Lepage

Zoo Olympics
Picha
1992

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Illustration de critique : Zoo Olympics
Vingt-quatre ans après sa diffusion sur Canal+, cette petite curiosité animée franco-belge ressurgit de temps en temps dans les conversations de trentenaires qui cherchent à mettre des mots sur quelque chose de flou et de joyeux qu'ils ont vu entre deux programmes, pendant l'été 1992. Zoo Olympics, c'est l'œuvre de Picha — de son vrai nom Jean-Paul Walravens, animateur belge né à Bruxelles en 1942 et surtout connu pour des films d'animation destinés aux adultes comme La honte de la jungle ou Le Big Bang — qui décide de mettre son trait au service d'un concept à la fois évident et délicieux : et si les animaux organisaient leurs propres Jeux olympiques ?

La série arrive à point nommé, conçue pour coïncider avec les Jeux de Barcelone de l'été 1992. Cinquante-deux épisodes de deux minutes chacun, diffusés sur Canal+ puis rediffusés sur La Cinquième et Télétoon. Chaque épisode est autosuffisant : une épreuve, quelques animaux concurrents, un podium, et basta. La formule est celle du sketch sportif, pas de la série narrative. Des poules qui jouent au tennis avec leurs propres œufs, des taupes en course sous terre, des cochons escrimeurs, des tortues qui utilisent leur carapace comme bobsleigh. Le principe est aussi limpide qu'un slogan publicitaire, et il fonctionne à peu près aussi longtemps ; c'est-à-dire trente secondes, peut-être une minute, avant que l'on commence à se demander si la veine ne s'épuise pas un peu vite.

Le vrai atout de ces Zoo Olympics, c'est son commentateur : Jean-Baptiste Le Pied, un serpent coiffé d'une casquette avec une chaussure au bout de la queue : seul personnage à prendre la parole dans toute la série. La voix qui lui est prêtée est celle de Roger Carel, monument du doublage français qui prête aussi sa voix à Astérix, à Winnie l'Ourson ou encore à Maestro dans les épisodes d'Il était une fois…. Ce choix de casting est la décision la plus intelligente de toute la série : Carel insuffle à ce reptile bonhomme une gouaille de présentateur sportif légèrement fatigué, une ironie douce qui sauve chaque épisode d'une lecture trop premier degré. Sans lui, la série ne serait qu'une suite de gags visuels muets. Avec lui, elle acquiert une légère profondeur de champ.

Le dessin de Picha est reconnaissable entre mille : un trait rond et synthétique, des animaux aux proportions volontairement absurdes, une palette de couleurs vives sans sophistication particulière. C'est le même style que dans ses films adultes, épuré et efficace pour le gag, moins adapté à construire un univers durable. Le stade-forêt qui sert de décor unique à l'ensemble de la série finit par ressembler à un fond de boîte de céréales. Les spectateurs dans les tribunes — crocodiles, vaches, hippopotames — applaudissent de manière identique dans chaque épisode. On comprend la logique économique du format, mais l'absence totale de variation visuelle finit par donner à la série un aspect légèrement industriel, comme si la même courte animation était recyclée en boucle avec des personnages différents.

C'est d'ailleurs là que réside la limite principale de Zoo Olympics : le concept, aussi séduisant soit-il sur le papier, ne se renouvelle pas vraiment. La mécanique du gag animalier adapté à une discipline sportive est activée, déchargée, puis recommencée à l'identique. Certains épisodes surprennent — le marathon des moustiques, les épreuves de saut en longueur impliquant des singes et des éléphants — mais la majorité suit une structure tellement prévisible qu'on les regarde avec un sourire de confort plutôt qu'avec un vrai plaisir de découverte. On est loin de l'inventivité narrative d'un Tex Avery, qui construisait une logique absurde interne poussée jusqu'à l'explosion. Ici, on reste dans la déduction tranquille : tel animal + telle épreuve = tel gag prévisible.

Il faut pourtant reconnaître que la contrainte du format — deux minutes, pas de dialogue hormis le commentaire, une épreuve par épisode — oblige Picha à une certaine rigueur d'exécution. Pas de gras, pas de digression. Chaque épisode tient son engagement, même si cet engagement reste modeste. Dans le paysage de l'animation française du début des années 90, entre les séries éducatives molles et les productions sous-traitées en Extrême-Orient, Zoo Olympics a l'avantage d'une signature graphique réelle et d'un humour qui ne prend pas les enfants pour des idiots. Picha vient du dessin de presse satirique — il a collaboré à des magazines belges adultes dès les années 60 — et ça se sent dans sa manière de traiter les animaux comme des archétypes sociaux plus que comme des peluches attendrissantes.

Zoo Olympics est une série honnête dans ses ambitions, sympathique dans son exécution, et franchement insuffisante sur la durée. Cinquante-deux épisodes, c'est trop pour une idée qui aurait mérité vingt. Regardée par petites doses, comme elle était probablement conçue pour l'être (glissée entre deux émissions, avalée en quelques minutes entre midi et deux) elle conserve tout son charme de poche. Regardée en bloc, elle révèle les coutures d'un concept trop étroit pour ses propres ambitions.
Ma note60%
Vu le 10 Juin 2016


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