N° 033 · Civilisations anciennes · Tome 2
Que faut-il savoir sur antillia ?
Sujet : Antillia
Depuis le Moyen Âge, une rumeur persistait parmi les marins : quelque part, loin à l’ouest de l’Espagne et du Portugal, se cacherait une île mystérieuse nommée Antillia. On la surnomme aussi l’île des Sept Cités, en référence à son fabuleux peuplement. Au XVe siècle, cartographes et navigateurs la placent sur leurs cartes, convaincus de son existence. Cette légende prend sa source à l’époque de l’invasion maure de l’Espagne et va nourrir les rêves des explorateurs… Tout commence en l’an 714… D’après la légende, sept évêques chrétiens fuient la conquête de l’Hispanie par les Maures. Emportant reliques et trésors, ils s’embarquent vers l’ouest sur l’océan inconnu. Finalement, ils accostent une île vaste et fertile — Antillia — où ils décident de s’établie. Pour ne jamais révéler le chemin du retour, ils incendient leurs navires. Chacun des sept évêques fonde alors sa ville sur l’île, donnant naissance aux Sept Cités légendaires.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
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Depuis le Moyen Âge, une rumeur persistait parmi les marins : quelque part, loin à l’ouest de l’Espagne et du Portugal, se cacherait une île mystérieuse nommée Antillia. On la surnomme aussi l’île des Sept Cités, en référence à son fabuleux peuplement. Au XVe siècle, cartographes et navigateurs la placent sur leurs cartes, convaincus de son existence. Cette légende prend sa source à l’époque de l’invasion maure de l’Espagne et va nourrir les rêves des explorateurs…
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Tout commence en l’an 714… D’après la légende, sept évêques chrétiens fuient la conquête de l’Hispanie par les Maures. Emportant reliques et trésors, ils s’embarquent vers l’ouest sur l’océan inconnu. Finalement, ils accostent une île vaste et fertile — Antillia — où ils décident de s’établie. Pour ne jamais révéler le chemin du retour, ils incendient leurs navires. Chacun des sept évêques fonde alors sa ville sur l’île, donnant naissance aux Sept Cités légendaires.
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Au fil du temps, Antillia sort du conte pour entrer dans la cartographie. En 1424, le Vénitien Zuane Pizzigano est le premier à la dessiner sur une carte nautique. Il la représente comme une grande île rouge, de forme rectangulaire, avec des indentations formant des baies — et sept petits symboles de ville pour marquer les cités ! Pizzigano place Antilla en plein océan Atlantique, et l’accompagne de trois autres terres étranges : au nord, l’île bleue de Satanazes (l’île des Démons), un petit îlot à l’ouest nommé Ymana, et un croissant rouge au nord nommé Saya. Le mystère d’Antilla est désormais ancré sur les cartes, pas seulement dans les légendes.
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— Les calendriers des étoiles Durant tout le XVe siècle, les portulans (cartes marines) reproduisent inlassablement Antillia. De nombreux cartographes reprennent l’île mystérieuse découverte par Pizzigano. Par exemple, en 1476, le cartographe italien Andrea Benincase la figure encore clairement sur son atlas, sous le nom d’Antilio. Antillia est généralement dessinée à l’ouest des Açores et des Canaries, souvent accompagnée des îles plus petites de la tradition. Même si certains cartographes commencent à omettre l’île des Démons, trop fantasque, Antillia, elle, reste bien présente sur les cartes jusqu’à la fin du XVe siècle.
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Quelle était l’apparence d’Antillia ? Les cartes la dépeignent comme une grande île allongée. Sur le portulan de Pizzigano, par exemple, c’est un grand rectangle de terre avec des côtes découpées en criques. Sa position est approximative — on la place vers la latitude des Açores, proche de celle du détroit de Gibraltar. La légende la dote de sept villes prospères : on imagine des ports, des cathédrales et des richesses à profusion. Des récits tardifs donnent même des chiffres concrets : l’île ferait 87 lieues de long sur 28 de large, remplie de « beaux ports et rivières ». Pourtant, elle demeure introuvable : on raconte que des marins l’aperçoivent à l’horizon, avant qu’elle ne se dissipe en approchant.
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Peut-on la trouver ? Au XVe siècle, l’espoir de découvrir Antillia est bien réel. Des bruits courent que des Portugais l’auraient déjà approchée : vers 1447, un navire aurait accosté l’île inconnue peuplée de gens parlant portugais, qui demandent si les Maures dominaient toujours l’Espagne : Fasciné, le roi du Portugal organise des expéditions officielles. En 1475, Alphonse V envoie le capitaine Fernão Teles à la recherche de l’île mythique, sans succès. En 1487, un autre explorateur, Fernão Dulmo, part des Açores vers Antillia… mais ne revient jamais. Ces échecs successifs ne font qu’épaissir le mystère autour de l’île fantôme.
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Mythe ou souvenir réel ? Les historiens se perdent en conjectures. Certains pensent qu’Antillia pourrait être le vague souvenir d’une véritable terre précolombienne. Après tout, cette grande île pourrait refléter, de façon déformée, la présence d’un continent inconnu à l’ouest — l’Amérique — pressentie avant 1492. D’autres rapprochent Antillia des anciennes îles mythiques mentionnées par les Grecs et les Romains, ou même de l’Atlantide de Platon. Au XXe siècle, des chercheurs ont émis l’hypothèse qu’Antillia était une des îles des Caraïbes. Peut-être Cuba.
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Lorsque Christophe Colomb atteint les îles des Caraïbes en 1492, il ne trouve pas Antillia — du moins, pas ses sept cités chrétiennes. Mais la découverte du Nouveau Monde va ironiquement donner une nouvelle vie au mythe : les Espagnols reprennent le nom d’Antillia pour désigner ces terres. Très vite, on appelle « Antilles » l’archipel des îles caribéennes fraîchement explorées. Comme si l’île imaginaire avait finalement pris corps.
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Avec les Grandes Découvertes, les cartes du monde sont redessinées. Peu à peu, Antillia disparaît des portulans : l’océan Atlantique, désormais sillonné et mieux connu, n’accorde plus de place à l’île fantôme. L’île des Sept Cités s’évanouit ainsi dans les brumes de la légende, remplacée sur les cartes par les véritables continents et archipels découverts.
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Pendant des siècles, l’île d’Antillia a alimenté peurs et espoirs des marins. Son histoire a intrigué les érudits bien après la Renaissance. Des nos jours, Antillia demeure un symbole des îles fantômes de l’Atlantique — une sorte « d’Atlantide ibérique » rappelant l’époque où la carte du monde, encore partiellement vierge, laissait la place au rêve et au mystère.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Depuis le Moyen Âge, une rumeur persistait parmi les marins : quelque part, loin à l’ouest de l’Espagne et du Portugal, se cacherait une île mystérieuse nommée Antillia. On la surnomme aussi l’île des Sept Cités, en référence à son fabuleux peuplement. Au XVe siècle, cartographes et navigateurs la placent sur leurs cartes, convaincus de son existence. Cette légende prend sa source à l’époque de l’invasion maure de l’Espagne et va nourrir les rêves des explorateurs…
- Case 02 Tout commence en l’an 714… D’après la légende, sept évêques chrétiens fuient la conquête de l’Hispanie par les Maures. Emportant reliques et trésors, ils s’embarquent vers l’ouest sur l’océan inconnu. Finalement, ils accostent une île vaste et fertile — Antillia — où ils décident de s’établie. Pour ne jamais révéler le chemin du retour, ils incendient leurs navires. Chacun des sept évêques fonde alors sa ville sur l’île, donnant naissance aux Sept Cités légendaires.
- Case 03 Au fil du temps, Antillia sort du conte pour entrer dans la cartographie. En 1424, le Vénitien Zuane Pizzigano est le premier à la dessiner sur une carte nautique. Il la représente comme une grande île rouge, de forme rectangulaire, avec des indentations formant des baies — et sept petits symboles de ville pour marquer les cités ! Pizzigano place Antilla en plein océan Atlantique, et l’accompagne de trois autres terres étranges : au nord, l’île bleue de Satanazes (l’île des Démons), un petit îlot à l’ouest nommé Ymana, et un croissant rouge au nord nommé Saya. Le mystère d’Antilla est désormais ancré sur les cartes, pas seulement dans les légendes.
- Case 04 — Les calendriers des étoiles Durant tout le XVe siècle, les portulans (cartes marines) reproduisent inlassablement Antillia. De nombreux cartographes reprennent l’île mystérieuse découverte par Pizzigano. Par exemple, en 1476, le cartographe italien Andrea Benincase la figure encore clairement sur son atlas, sous le nom d’Antilio. Antillia est généralement dessinée à l’ouest des Açores et des Canaries, souvent accompagnée des îles plus petites de la tradition. Même si certains cartographes commencent à omettre l’île des Démons, trop fantasque, Antillia, elle, reste bien présente sur les cartes jusqu’à la fin du XVe siècle.
- Case 05 Quelle était l’apparence d’Antillia ? Les cartes la dépeignent comme une grande île allongée. Sur le portulan de Pizzigano, par exemple, c’est un grand rectangle de terre avec des côtes découpées en criques. Sa position est approximative — on la place vers la latitude des Açores, proche de celle du détroit de Gibraltar. La légende la dote de sept villes prospères : on imagine des ports, des cathédrales et des richesses à profusion. Des récits tardifs donnent même des chiffres concrets : l’île ferait 87 lieues de long sur 28 de large, remplie de « beaux ports et rivières ». Pourtant, elle demeure introuvable : on raconte que des marins l’aperçoivent à l’horizon, avant qu’elle ne se dissipe en approchant.
- Case 06 Peut-on la trouver ? Au XVe siècle, l’espoir de découvrir Antillia est bien réel. Des bruits courent que des Portugais l’auraient déjà approchée : vers 1447, un navire aurait accosté l’île inconnue peuplée de gens parlant portugais, qui demandent si les Maures dominaient toujours l’Espagne : Fasciné, le roi du Portugal organise des expéditions officielles. En 1475, Alphonse V envoie le capitaine Fernão Teles à la recherche de l’île mythique, sans succès. En 1487, un autre explorateur, Fernão Dulmo, part des Açores vers Antillia… mais ne revient jamais. Ces échecs successifs ne font qu’épaissir le mystère autour de l’île fantôme.
- Case 07 Mythe ou souvenir réel ? Les historiens se perdent en conjectures. Certains pensent qu’Antillia pourrait être le vague souvenir d’une véritable terre précolombienne. Après tout, cette grande île pourrait refléter, de façon déformée, la présence d’un continent inconnu à l’ouest — l’Amérique — pressentie avant 1492. D’autres rapprochent Antillia des anciennes îles mythiques mentionnées par les Grecs et les Romains, ou même de l’Atlantide de Platon. Au XXe siècle, des chercheurs ont émis l’hypothèse qu’Antillia était une des îles des Caraïbes. Peut-être Cuba.
- Case 08 Lorsque Christophe Colomb atteint les îles des Caraïbes en 1492, il ne trouve pas Antillia — du moins, pas ses sept cités chrétiennes. Mais la découverte du Nouveau Monde va ironiquement donner une nouvelle vie au mythe : les Espagnols reprennent le nom d’Antillia pour désigner ces terres. Très vite, on appelle « Antilles » l’archipel des îles caribéennes fraîchement explorées. Comme si l’île imaginaire avait finalement pris corps.
- Case 09 Avec les Grandes Découvertes, les cartes du monde sont redessinées. Peu à peu, Antillia disparaît des portulans : l’océan Atlantique, désormais sillonné et mieux connu, n’accorde plus de place à l’île fantôme. L’île des Sept Cités s’évanouit ainsi dans les brumes de la légende, remplacée sur les cartes par les véritables continents et archipels découverts.
- Case 10 Pendant des siècles, l’île d’Antillia a alimenté peurs et espoirs des marins. Son histoire a intrigué les érudits bien après la Renaissance. Des nos jours, Antillia demeure un symbole des îles fantômes de l’Atlantique — une sorte « d’Atlantide ibérique » rappelant l’époque où la carte du monde, encore partiellement vierge, laissait la place au rêve et au mystère.
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
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ISBN-13 : 979-8196515262