N° 049 · Cartes anciennes · Tome 2

Que faut-il savoir sur la carte des Zeno ?

Sujet : La carte des Zeno

Bienvenue, aventurier curieux, dans les mystères de la carte des frères Zeno. Publiée à Venise en 1558, elle prétend révéler des terres inconnues de l’Atlantique Nord. Considérée comme l’une des cartes les plus étranges de l’Histoire, elle mêle faits réels et fabuleux mensonges, peuplée d’îles fantastiques et d’énigmes géographiques. L’histoire débute comme un roman : en 1558, Nicolo Zeno, descendant d’une célèbre famille de navigateurs vénitiens, affirme avoir retrouvé dans son grenier de vieilles lettres et une carte secrète. Ces documents raconteraient les voyages de ses ancêtres, Nicolo et Antonio Zeno, entre 1391 et 1395, aux côtés d’un mystérieux prince nommé Zichmni. Ils auraient exploré l’Atlantique Nord… voire atteint l’Amérique, un siècle avant Colomb. Héritage exceptionnel ou brillante supercherie ? Le doute s’installe. »

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Julien Lepage
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La carte des Zeno, case 1 : Bienvenue, aventurier curieux, dans les mystères de la carte des frères Zeno. Publiée à Venise en 1558, elle prétend révéler des terres inconnues de l’Atlantique Nord. Considérée comme l’une des cartes les plus étranges de l’Histoire, elle mêle faits réels et fabuleux mensonges, peuplée d’îles fantastiques et d’énigmes géographiques.
Case 01 — La carte des Zeno
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Bienvenue, aventurier curieux, dans les mystères de la carte des frères Zeno. Publiée à Venise en 1558, elle prétend révéler des terres inconnues de l’Atlantique Nord. Considérée comme l’une des cartes les plus étranges de l’Histoire, elle mêle faits réels et fabuleux mensonges, peuplée d’îles fantastiques et d’énigmes géographiques.

La carte des Zeno, case 2 : L’histoire débute comme un roman : en 1558, Nicolo Zeno, descendant d’une célèbre famille de navigateurs vénitiens, affirme avoir retrouvé dans son grenier de vieilles lettres et une carte secrète. Ces documents raconteraient les voyages de ses ancêtres, Nicolo et Antonio Zeno, entre 1391 et 1395, aux côtés d’un mystérieux prince nommé Zichmni. Ils auraient exploré l’Atlantique Nord… voire atteint l’Amérique, un siècle avant Colomb. Héritage exceptionnel ou brillante supercherie ? Le doute s’installe. »
Case 02 — La carte des Zeno
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L’histoire débute comme un roman : en 1558, Nicolo Zeno, descendant d’une célèbre famille de navigateurs vénitiens, affirme avoir retrouvé dans son grenier de vieilles lettres et une carte secrète. Ces documents raconteraient les voyages de ses ancêtres, Nicolo et Antonio Zeno, entre 1391 et 1395, aux côtés d’un mystérieux prince nommé Zichmni. Ils auraient exploré l’Atlantique Nord… voire atteint l’Amérique, un siècle avant Colomb. Héritage exceptionnel ou brillante supercherie ? Le doute s’installe. »

La carte des Zeno, case 3 : Vers 1380, Nicolo l’aîné part pour l’Angleterre, mais fait naufrage sur une île inconnue nommée Frisland, « plus vaste que l’Irlande ». Il y est secouru par le prince Zichmni, souverain local. Devenu amiral de sa flotte, Nicolo aide Zichmni à conquérir les îles voisines, notamment Estlanda (probablement les Shetland). Repoussés par les défenses de l’Islande, ils occupent à la place sept îles. Nicolo y bâtit un fort et part explorer le Groenland, où il décrit un étonnant monastère chauffé. Il meurt vers 1395. Son frère Antonio prend alors le relais, poursuivant l’expédition aux côtés de Zichmni.
Case 03 — La carte des Zeno
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Vers 1380, Nicolo l’aîné part pour l’Angleterre, mais fait naufrage sur une île inconnue nommée Frisland, « plus vaste que l’Irlande ». Il y est secouru par le prince Zichmni, souverain local. Devenu amiral de sa flotte, Nicolo aide Zichmni à conquérir les îles voisines, notamment Estlanda (probablement les Shetland). Repoussés par les défenses de l’Islande, ils occupent à la place sept îles. Nicolo y bâtit un fort et part explorer le Groenland, où il décrit un étonnant monastère chauffé. Il meurt vers 1395. Son frère Antonio prend alors le relais, poursuivant l’expédition aux côtés de Zichmni.

La carte des Zeno, case 4 : Après la mort de Nicolo, Zichmni et Antonio voguent vers l’ouest, inspirés par le récit de pêcheurs de Frisland revenus après 25 ans, parlant de contrées inconnues : Estotiland, habitée par des lettrés avec des livres en latin, et Drogeo, terre de cannibales qu’ils auraient civilisés. Zichmni lance une expédition et débarque sur Icaria, où les habitants, hostiles, les repoussent. Plus au sud-ouest, ils atteignent Trin, au sud du Groenland, où Zichmni fonde une colonie. Antonio rentre à Frisland, et l’épopée s’achève, laissant planer l’idée d’une précédente découverte de l’Amérique dès le XIVᵉ siècle.
Case 04 — La carte des Zeno
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Après la mort de Nicolo, Zichmni et Antonio voguent vers l’ouest, inspirés par le récit de pêcheurs de Frisland revenus après 25 ans, parlant de contrées inconnues : Estotiland, habitée par des lettrés avec des livres en latin, et Drogeo, terre de cannibales qu’ils auraient civilisés. Zichmni lance une expédition et débarque sur Icaria, où les habitants, hostiles, les repoussent. Plus au sud-ouest, ils atteignent Trin, au sud du Groenland, où Zichmni fonde une colonie. Antonio rentre à Frisland, et l’épopée s’achève, laissant planer l’idée d’une précédente découverte de l’Amérique dès le XIVᵉ siècle.

La carte des Zeno, case 5 : Examinons cette carte énigmatique : elle représente fidèlement le nord de l’Europe — Scandinavie, Shetland (« Estland »), Groenland — mais y ajoute des terres fictives. La plus célèbre est Frisland, grande île fantôme au centre de l’Atlantique, peut-être inspirée des Féroé. Plus au sud : Icaria, sans équivalent réel. À l’ouest, Estotiland semble désigner le Labrador ou Terre-Neuve, et Drogeo, plus au sud, évoque peut-être la Nouvelle-Écosse. Curieusement, malgré ces ajouts imaginaires, la carte présente des proportions étonnamment justes pour l’époque. Ce mélange de réel et d’inventé a sans doute renforcé sa crédibilité… et son mystère.
Case 05 — La carte des Zeno
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Examinons cette carte énigmatique : elle représente fidèlement le nord de l’Europe — Scandinavie, Shetland (« Estland »), Groenland — mais y ajoute des terres fictives. La plus célèbre est Frisland, grande île fantôme au centre de l’Atlantique, peut-être inspirée des Féroé. Plus au sud : Icaria, sans équivalent réel. À l’ouest, Estotiland semble désigner le Labrador ou Terre-Neuve, et Drogeo, plus au sud, évoque peut-être la Nouvelle-Écosse. Curieusement, malgré ces ajouts imaginaires, la carte présente des proportions étonnamment justes pour l’époque. Ce mélange de réel et d’inventé a sans doute renforcé sa crédibilité… et son mystère.

La carte des Zeno, case 6 : Un tel récit pouvait-il être authentique ? Très vite, les doutes s'accumulent. Le vrai Nicolo Zeno du XIVᵉ siècle n’a jamais disparu à Frisland : des archives prouvent qu’il était à Venise dans les années 1390. De plus, la carte et les lettres n'ont été publiées qu'en 1558, soit bien après les grandes découvertes transatlantiques. Il est probable que Nicolo le Jeune ait tout inventé, en s’inspirant de cartes contemporaines comme la Carta Marina (1539) ou les portulans ibériques. Son Groenland ressemble à celui de Claudius Clavus, et les toponymes de Frisland sont proches de ceux des îles Féroé. Tout indique qu’il a mêlé savoirs du XVIᵉ siècle et imagination pour créer un récit flatteur — peut-être pour offrir à Venise une gloire précolombienne… ou simplement par goût du canular.
Case 06 — La carte des Zeno
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Un tel récit pouvait-il être authentique ? Très vite, les doutes s'accumulent. Le vrai Nicolo Zeno du XIVᵉ siècle n’a jamais disparu à Frisland : des archives prouvent qu’il était à Venise dans les années 1390. De plus, la carte et les lettres n'ont été publiées qu'en 1558, soit bien après les grandes découvertes transatlantiques. Il est probable que Nicolo le Jeune ait tout inventé, en s’inspirant de cartes contemporaines comme la Carta Marina (1539) ou les portulans ibériques. Son Groenland ressemble à celui de Claudius Clavus, et les toponymes de Frisland sont proches de ceux des îles Féroé. Tout indique qu’il a mêlé savoirs du XVIᵉ siècle et imagination pour créer un récit flatteur — peut-être pour offrir à Venise une gloire précolombienne… ou simplement par goût du canular.

La carte des Zeno, case 7 : Quelle que soit son origine, la mystification de la carte Zeno s’est imposée. Après 1558, elle est jugée crédible et intégrée aux cartes officielles : même Mercator, en 1569, y place Frisland, Estotiland et Drogeo. Ces îles imaginaires deviennent des réalités géographiques. En 1578, l’explorateur Frobisher croit accoster Frisland — en réalité, c’était le sud du Groenland. Il faudra près d’un siècle pour que les marins constatent l’inexistence de ces terres. Vers la fin du XVIIᵉ siècle, les cartographes commencent à les effacer, mais l’illusion persiste encore au XVIIIᵉ, voire XIXᵉ siècle, certains allant jusqu’à imaginer que Frisland a sombré. Il faudra du temps pour que la carte Zeno soit reconnue comme un mirage cartographique.
Case 07 — La carte des Zeno
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Quelle que soit son origine, la mystification de la carte Zeno s’est imposée. Après 1558, elle est jugée crédible et intégrée aux cartes officielles : même Mercator, en 1569, y place Frisland, Estotiland et Drogeo. Ces îles imaginaires deviennent des réalités géographiques. En 1578, l’explorateur Frobisher croit accoster Frisland — en réalité, c’était le sud du Groenland. Il faudra près d’un siècle pour que les marins constatent l’inexistence de ces terres. Vers la fin du XVIIᵉ siècle, les cartographes commencent à les effacer, mais l’illusion persiste encore au XVIIIᵉ, voire XIXᵉ siècle, certains allant jusqu’à imaginer que Frisland a sombré. Il faudra du temps pour que la carte Zeno soit reconnue comme un mirage cartographique.

La carte des Zeno, case 8 : Mais l’histoire des Zeno a laissé des traces… Et si une part était vraie ? Dès 1784, le naturaliste Johann Forster avance que le prince Zichmni serait en réalité Henry Sinclair, seigneur des Orcades, qui aurait traversé l’Atlantique vers 1390 avec les frères Zeno pour atteindre l’Amérique du Nord, près d’un siècle avant Colomb. Certains voient dans Frisland les îles Féroé, Estotiland le Labrador, et Drogeo Terre-Neuve — un itinéraire crédible jusqu’au Canada. La tour de Newport, à Rhode Island, est même attribuée (sans preuve) aux compagnons de Sinclair. La majorité des historiens restent sceptiques, mais ces hypothèses ajoutent au mystère et au charme romanesque de la carte de Zeno : reflet déformé d’un exploit oublié ?
Case 08 — La carte des Zeno
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Mais l’histoire des Zeno a laissé des traces… Et si une part était vraie ? Dès 1784, le naturaliste Johann Forster avance que le prince Zichmni serait en réalité Henry Sinclair, seigneur des Orcades, qui aurait traversé l’Atlantique vers 1390 avec les frères Zeno pour atteindre l’Amérique du Nord, près d’un siècle avant Colomb. Certains voient dans Frisland les îles Féroé, Estotiland le Labrador, et Drogeo Terre-Neuve — un itinéraire crédible jusqu’au Canada. La tour de Newport, à Rhode Island, est même attribuée (sans preuve) aux compagnons de Sinclair. La majorité des historiens restent sceptiques, mais ces hypothèses ajoutent au mystère et au charme romanesque de la carte de Zeno : reflet déformé d’un exploit oublié ?

La carte des Zeno, case 9 : Plus on creuse, plus l’affaire Zeno attire des théories extraordinaires. Certains y voient un vestige d’Atlantide ou d’une civilisation disparue, arguant que la carte représente le Groenland avec une précision étonnante, comme si ses côtes étaient libres de glace — un détail que seules des études sous-glaciaires modernes ont confirmé. Cela alimente l’idée d’un savoir géographique ancien, antérieur à la dernière glaciation, transmis à travers les âges… ou même hérité d’extraterrestres ! Des comparaisons sont faites avec la carte de Piri Reis, censée montrer l’Antarctique avant sa découverte. Ces hypothèses frôlent la science-fiction, mais montrent combien la carte de Zeno continue de fasciner, jusqu’aux limites du fantastique.
Case 09 — La carte des Zeno
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Plus on creuse, plus l’affaire Zeno attire des théories extraordinaires. Certains y voient un vestige d’Atlantide ou d’une civilisation disparue, arguant que la carte représente le Groenland avec une précision étonnante, comme si ses côtes étaient libres de glace — un détail que seules des études sous-glaciaires modernes ont confirmé. Cela alimente l’idée d’un savoir géographique ancien, antérieur à la dernière glaciation, transmis à travers les âges… ou même hérité d’extraterrestres ! Des comparaisons sont faites avec la carte de Piri Reis, censée montrer l’Antarctique avant sa découverte. Ces hypothèses frôlent la science-fiction, mais montrent combien la carte de Zeno continue de fasciner, jusqu’aux limites du fantastique.

La carte des Zeno, case 10 : La carte des frères Zeno reste un objet fascinant, entre vérité et invention. Sans doute un canular habile d’un noble vénitien, elle a pourtant traversé les siècles, nourrissant rêves d’Atlantide et théories folles. D’abord prise pour une révélation, puis reconnue comme une mystification, elle est devenue une légende persistante. Fausse comme carte, mais vraie comme récit humain, elle incarne notre soif d’exploration, notre imagination… et notre crédulité. Une preuve que certains mythes continuent d’inspirer, même une fois démasqués.
Case 10 — La carte des Zeno
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La carte des frères Zeno reste un objet fascinant, entre vérité et invention. Sans doute un canular habile d’un noble vénitien, elle a pourtant traversé les siècles, nourrissant rêves d’Atlantide et théories folles. D’abord prise pour une révélation, puis reconnue comme une mystification, elle est devenue une légende persistante. Fausse comme carte, mais vraie comme récit humain, elle incarne notre soif d’exploration, notre imagination… et notre crédulité. Une preuve que certains mythes continuent d’inspirer, même une fois démasqués.

Transcription complète

Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.

  1. Case 01 Bienvenue, aventurier curieux, dans les mystères de la carte des frères Zeno. Publiée à Venise en 1558, elle prétend révéler des terres inconnues de l’Atlantique Nord. Considérée comme l’une des cartes les plus étranges de l’Histoire, elle mêle faits réels et fabuleux mensonges, peuplée d’îles fantastiques et d’énigmes géographiques.
  2. Case 02 L’histoire débute comme un roman : en 1558, Nicolo Zeno, descendant d’une célèbre famille de navigateurs vénitiens, affirme avoir retrouvé dans son grenier de vieilles lettres et une carte secrète. Ces documents raconteraient les voyages de ses ancêtres, Nicolo et Antonio Zeno, entre 1391 et 1395, aux côtés d’un mystérieux prince nommé Zichmni. Ils auraient exploré l’Atlantique Nord… voire atteint l’Amérique, un siècle avant Colomb. Héritage exceptionnel ou brillante supercherie ? Le doute s’installe. »
  3. Case 03 Vers 1380, Nicolo l’aîné part pour l’Angleterre, mais fait naufrage sur une île inconnue nommée Frisland, « plus vaste que l’Irlande ». Il y est secouru par le prince Zichmni, souverain local. Devenu amiral de sa flotte, Nicolo aide Zichmni à conquérir les îles voisines, notamment Estlanda (probablement les Shetland). Repoussés par les défenses de l’Islande, ils occupent à la place sept îles. Nicolo y bâtit un fort et part explorer le Groenland, où il décrit un étonnant monastère chauffé. Il meurt vers 1395. Son frère Antonio prend alors le relais, poursuivant l’expédition aux côtés de Zichmni.
  4. Case 04 Après la mort de Nicolo, Zichmni et Antonio voguent vers l’ouest, inspirés par le récit de pêcheurs de Frisland revenus après 25 ans, parlant de contrées inconnues : Estotiland, habitée par des lettrés avec des livres en latin, et Drogeo, terre de cannibales qu’ils auraient civilisés. Zichmni lance une expédition et débarque sur Icaria, où les habitants, hostiles, les repoussent. Plus au sud-ouest, ils atteignent Trin, au sud du Groenland, où Zichmni fonde une colonie. Antonio rentre à Frisland, et l’épopée s’achève, laissant planer l’idée d’une précédente découverte de l’Amérique dès le XIVᵉ siècle.
  5. Case 05 Examinons cette carte énigmatique : elle représente fidèlement le nord de l’Europe — Scandinavie, Shetland (« Estland »), Groenland — mais y ajoute des terres fictives. La plus célèbre est Frisland, grande île fantôme au centre de l’Atlantique, peut-être inspirée des Féroé. Plus au sud : Icaria, sans équivalent réel. À l’ouest, Estotiland semble désigner le Labrador ou Terre-Neuve, et Drogeo, plus au sud, évoque peut-être la Nouvelle-Écosse. Curieusement, malgré ces ajouts imaginaires, la carte présente des proportions étonnamment justes pour l’époque. Ce mélange de réel et d’inventé a sans doute renforcé sa crédibilité… et son mystère.
  6. Case 06 Un tel récit pouvait-il être authentique ? Très vite, les doutes s'accumulent. Le vrai Nicolo Zeno du XIVᵉ siècle n’a jamais disparu à Frisland : des archives prouvent qu’il était à Venise dans les années 1390. De plus, la carte et les lettres n'ont été publiées qu'en 1558, soit bien après les grandes découvertes transatlantiques. Il est probable que Nicolo le Jeune ait tout inventé, en s’inspirant de cartes contemporaines comme la Carta Marina (1539) ou les portulans ibériques. Son Groenland ressemble à celui de Claudius Clavus, et les toponymes de Frisland sont proches de ceux des îles Féroé. Tout indique qu’il a mêlé savoirs du XVIᵉ siècle et imagination pour créer un récit flatteur — peut-être pour offrir à Venise une gloire précolombienne… ou simplement par goût du canular.
  7. Case 07 Quelle que soit son origine, la mystification de la carte Zeno s’est imposée. Après 1558, elle est jugée crédible et intégrée aux cartes officielles : même Mercator, en 1569, y place Frisland, Estotiland et Drogeo. Ces îles imaginaires deviennent des réalités géographiques. En 1578, l’explorateur Frobisher croit accoster Frisland — en réalité, c’était le sud du Groenland. Il faudra près d’un siècle pour que les marins constatent l’inexistence de ces terres. Vers la fin du XVIIᵉ siècle, les cartographes commencent à les effacer, mais l’illusion persiste encore au XVIIIᵉ, voire XIXᵉ siècle, certains allant jusqu’à imaginer que Frisland a sombré. Il faudra du temps pour que la carte Zeno soit reconnue comme un mirage cartographique.
  8. Case 08 Mais l’histoire des Zeno a laissé des traces… Et si une part était vraie ? Dès 1784, le naturaliste Johann Forster avance que le prince Zichmni serait en réalité Henry Sinclair, seigneur des Orcades, qui aurait traversé l’Atlantique vers 1390 avec les frères Zeno pour atteindre l’Amérique du Nord, près d’un siècle avant Colomb. Certains voient dans Frisland les îles Féroé, Estotiland le Labrador, et Drogeo Terre-Neuve — un itinéraire crédible jusqu’au Canada. La tour de Newport, à Rhode Island, est même attribuée (sans preuve) aux compagnons de Sinclair. La majorité des historiens restent sceptiques, mais ces hypothèses ajoutent au mystère et au charme romanesque de la carte de Zeno : reflet déformé d’un exploit oublié ?
  9. Case 09 Plus on creuse, plus l’affaire Zeno attire des théories extraordinaires. Certains y voient un vestige d’Atlantide ou d’une civilisation disparue, arguant que la carte représente le Groenland avec une précision étonnante, comme si ses côtes étaient libres de glace — un détail que seules des études sous-glaciaires modernes ont confirmé. Cela alimente l’idée d’un savoir géographique ancien, antérieur à la dernière glaciation, transmis à travers les âges… ou même hérité d’extraterrestres ! Des comparaisons sont faites avec la carte de Piri Reis, censée montrer l’Antarctique avant sa découverte. Ces hypothèses frôlent la science-fiction, mais montrent combien la carte de Zeno continue de fasciner, jusqu’aux limites du fantastique.
  10. Case 10 La carte des frères Zeno reste un objet fascinant, entre vérité et invention. Sans doute un canular habile d’un noble vénitien, elle a pourtant traversé les siècles, nourrissant rêves d’Atlantide et théories folles. D’abord prise pour une révélation, puis reconnue comme une mystification, elle est devenue une légende persistante. Fausse comme carte, mais vraie comme récit humain, elle incarne notre soif d’exploration, notre imagination… et notre crédulité. Une preuve que certains mythes continuent d’inspirer, même une fois démasqués.

Sources et crédits

Auteur et responsable éditorial
Julien Lepage
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