N° 160 · Physique · Tome 1
Peut-on vraiment faire circuler de l’électricité sans aucune résistance ?
Sujet : La supraconductivité
À très basse température, certains matériaux changent radicalement de comportement : leur résistance électrique tombe à zéro et ils repoussent les champs magnétiques. C’est la supraconductivité, un spectaculaire phénomène quantique qui permet à un courant de circuler sans perte et de créer des champs magnétiques extrêmement puissants. Découverte dans le mercure en 1911, elle est aujourd’hui utilisée dans les IRM, les accélérateurs de particules et certaines technologies quantiques. Le grand défi reste de parvenir à une supraconductivité facilement exploitable à température ambiante.
- Auteur
- Julien Lepage
- Publié le
- Lecture
- 2 min
Lire la transcription de la case 01
Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un phénomène presque magique : la supraconductivité. En 1911, un physicien nommé Heike Kamerlingh Onnes refroidit du mercure jusqu’à quelques degrés au-dessus du zéro absolu… et la résistance électrique disparut totalement ! Comme si les électrons avaient trouvé une autoroute secrète. Ce fut le début d’une énigme scientifique qui nous fascine encore aujourd’hui.
Lire la transcription de la case 02
Imaginez une route sans frottement, où une voiture roulerait éternellement sans perdre de vitesse. C’est exactement ce que font les électrons dans un supraconducteur : ils circulent sans dissipation d’énergie. Mais ce n’est pas tout : en 1933, on découvre aussi l’effet Meissner, qui expulse les champs magnétiques hors du matériau. Autrement dit, ces étranges métaux deviennent à la fois parfaits conducteurs et parfaits magiciens du magnétisme.
Lire la transcription de la case 03
Pour comprendre ce mystère, plusieurs théories se sont succédé. Les équations de London, en 1935, décrivent le comportement électromagnétique. Puis en 1950, Ginzburg et Landau imaginent un modèle élégant qui introduit les vortex. Et en 1957, Bardeen, Cooper et Schrieffer proposent la théorie BCS : des électrons s’associent par paires grâce aux vibrations du réseau, formant une étrange chorégraphie quantique.
Lire la transcription de la case 04
Les supraconducteurs se déclinent en familles surprenantes. Le niobium et ses alliages dominent les aimants puissants. Dans les années 1980, une révolution éclate : des céramiques à base de cuivre — les cuprates — atteignent des températures jamais vues, au-dessus de l’azote liquide. Plus récemment, le graphène à angle magique et les nickélates ouvrent de nouveaux horizons, à la frontière de l’inconnu.
Lire la transcription de la case 05
Voici l’effet le plus spectaculaire : la lévitation quantique. Un disque supraconducteur refroidi expulse le champ magnétique et se bloque dans les lignes de flux. Résultat : il flotte comme par magie, stable dans les airs. C’est ce principe qui alimente les trains à sustentation magnétique, capables d’atteindre plus de 600 km/h sans frottement.
Lire la transcription de la case 06
Mais la supraconductivité n’est pas qu’un spectacle de laboratoire : elle alimente aussi des géants. Le LHC au CERN, par exemple, utilise plus de mille aimants supraconducteurs refroidis à seulement 1,9 K par hélium superfluide. Sans eux, impossible de plier les faisceaux de protons à des vitesses proches de la lumière.
Lire la transcription de la case 07
Plus loin encore, la supraconductivité existe dans la nature, à l’échelle cosmique. Au cœur des étoiles à neutrons, les protons deviennent supraconducteurs tandis que les neutrons se transforment en superfluide. Ces états exotiques expliquent certains phénomènes mystérieux : les “glitches”, ces soubresauts soudains de rotation observés dans les pulsars.
Lire la transcription de la case 08
Et pourtant, tout n’est pas élucidé. Pourquoi le bismuth, avec si peu d’électrons libres, devient-il supraconducteur à seulement 0,00053 K ? Pourquoi les cuprates défient-ils encore la théorie BCS ? Même après plus d’un siècle de recherches, des zones d’ombre persistent, nourrissant débats et hypothèses.
Lire la transcription de la case 09
Récemment, plusieurs annonces spectaculaires de supraconductivité à température ambiante se sont révélées fausses ou irréplicables. Des publications prestigieuses ont été rétractées. Ces affaires rappellent une leçon : en science, l’émerveillement doit toujours s’accompagner de rigueur et de patience. Le Graal de la supraconductivité à conditions ambiantes reste à conquérir.
Lire la transcription de la case 10
Imaginez un monde où l’électricité circulerait sans pertes, où les transports glisseraient sans frottement, où la médecine et l’astrophysique repousseraient encore leurs frontières. La supraconductivité nous invite à rêver grand, tout en nous rappelant qu’il reste tant de mystères à résoudre. Ce voyage quantique n’en est qu’à ses débuts… et peut-être qu’un jour, ce rêve deviendra notre réalité quotidienne.
Transcription complète
Retrouvez ici le texte de l’épisode dans l’ordre de lecture.
- Case 01 Bonjour ! Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un phénomène presque magique : la supraconductivité. En 1911, un physicien nommé Heike Kamerlingh Onnes refroidit du mercure jusqu’à quelques degrés au-dessus du zéro absolu… et la résistance électrique disparut totalement ! Comme si les électrons avaient trouvé une autoroute secrète. Ce fut le début d’une énigme scientifique qui nous fascine encore aujourd’hui.
- Case 02 Imaginez une route sans frottement, où une voiture roulerait éternellement sans perdre de vitesse. C’est exactement ce que font les électrons dans un supraconducteur : ils circulent sans dissipation d’énergie. Mais ce n’est pas tout : en 1933, on découvre aussi l’effet Meissner, qui expulse les champs magnétiques hors du matériau. Autrement dit, ces étranges métaux deviennent à la fois parfaits conducteurs et parfaits magiciens du magnétisme.
- Case 03 Pour comprendre ce mystère, plusieurs théories se sont succédé. Les équations de London, en 1935, décrivent le comportement électromagnétique. Puis en 1950, Ginzburg et Landau imaginent un modèle élégant qui introduit les vortex. Et en 1957, Bardeen, Cooper et Schrieffer proposent la théorie BCS : des électrons s’associent par paires grâce aux vibrations du réseau, formant une étrange chorégraphie quantique.
- Case 04 Les supraconducteurs se déclinent en familles surprenantes. Le niobium et ses alliages dominent les aimants puissants. Dans les années 1980, une révolution éclate : des céramiques à base de cuivre — les cuprates — atteignent des températures jamais vues, au-dessus de l’azote liquide. Plus récemment, le graphène à angle magique et les nickélates ouvrent de nouveaux horizons, à la frontière de l’inconnu.
- Case 05 Voici l’effet le plus spectaculaire : la lévitation quantique. Un disque supraconducteur refroidi expulse le champ magnétique et se bloque dans les lignes de flux. Résultat : il flotte comme par magie, stable dans les airs. C’est ce principe qui alimente les trains à sustentation magnétique, capables d’atteindre plus de 600 km/h sans frottement.
- Case 06 Mais la supraconductivité n’est pas qu’un spectacle de laboratoire : elle alimente aussi des géants. Le LHC au CERN, par exemple, utilise plus de mille aimants supraconducteurs refroidis à seulement 1,9 K par hélium superfluide. Sans eux, impossible de plier les faisceaux de protons à des vitesses proches de la lumière.
- Case 07 Plus loin encore, la supraconductivité existe dans la nature, à l’échelle cosmique. Au cœur des étoiles à neutrons, les protons deviennent supraconducteurs tandis que les neutrons se transforment en superfluide. Ces états exotiques expliquent certains phénomènes mystérieux : les “glitches”, ces soubresauts soudains de rotation observés dans les pulsars.
- Case 08 Et pourtant, tout n’est pas élucidé. Pourquoi le bismuth, avec si peu d’électrons libres, devient-il supraconducteur à seulement 0,00053 K ? Pourquoi les cuprates défient-ils encore la théorie BCS ? Même après plus d’un siècle de recherches, des zones d’ombre persistent, nourrissant débats et hypothèses.
- Case 09 Récemment, plusieurs annonces spectaculaires de supraconductivité à température ambiante se sont révélées fausses ou irréplicables. Des publications prestigieuses ont été rétractées. Ces affaires rappellent une leçon : en science, l’émerveillement doit toujours s’accompagner de rigueur et de patience. Le Graal de la supraconductivité à conditions ambiantes reste à conquérir.
- Case 10 Imaginez un monde où l’électricité circulerait sans pertes, où les transports glisseraient sans frottement, où la médecine et l’astrophysique repousseraient encore leurs frontières. La supraconductivité nous invite à rêver grand, tout en nous rappelant qu’il reste tant de mystères à résoudre. Ce voyage quantique n’en est qu’à ses débuts… et peut-être qu’un jour, ce rêve deviendra notre réalité quotidienne.
Ce qu’il faut retenir
- La supraconductivité a été découverte en 1911 par Heike Kamerlingh Onnes en refroidissant du mercure
- Un supraconducteur possède une résistance électrique nulle sous certaines conditions et expulse les champs magnétiques par l’effet Meissner
- Dans les supraconducteurs conventionnels, les électrons peuvent s’associer en paires de Cooper qui se déplacent collectivement sans dissipation
- La découverte des cuprates, des hydrures et d’autres familles de matériaux a considérablement augmenté les températures auxquelles le phénomène peut apparaître
- Les supraconducteurs sont notamment employés dans les IRM, les accélérateurs de particules et les circuits quantiques
- Obtenir un matériau pratique fonctionnant à température et pression ambiantes reste l’un des grands objectifs de la physique des matériaux
Sources et crédits
- Auteur et responsable éditorial
- Julien Lepage
- Date de publication
Références principales
- U.S. Department of Energy, DOE Explains Superconductivity (nouvel onglet)
- Université de Leyde, A visit to the coldest place on Earth (nouvel onglet)
- Physics Today, The Discovery of Superconductivity (nouvel onglet)
- European Physical Society, Kamerlingh Onnes Laboratory and Lorentz Institute (nouvel onglet)
- Nobel Prize, prix Nobel de physique 1972 et théorie BCS (nouvel onglet)
- Nobel Prize, prix Nobel de physique 1987 et supraconductivité à haute température (nouvel onglet)
- Nobel Prize, prix Nobel de physique 2003 (nouvel onglet)
- Nature, Superconductivity at 39 K in magnesium diboride (nouvel onglet)
- PubMed/Nature, Conventional superconductivity at 203 kelvin at high pressures in the sulfur hydride system (nouvel onglet)
- Nature, Signatures of ambient pressure superconductivity in thin film La₃Ni₂O₇ (nouvel onglet)
- APS Physics, Room-Pressure Superconductor Breaks Temperature Record (nouvel onglet)
- CERN, Cryogenics: Low temperatures, high performance (nouvel onglet)
- CERN, Superconductivity for sustainability: a new superconducting link for the High-Luminosity LHC (nouvel onglet)
- CERN, New technologies for the High-Luminosity LHC (nouvel onglet)
- PRX Quantum, Superconducting Circuit Companion (nouvel onglet)
- IBM Research, Quantum Computing with Superconducting Circuits (nouvel onglet)
- Rijksmuseum Boerhaave, Superconductivity (nouvel onglet)
- Atlas Obscura, Kamerlingh Onnes Laboratory Plaque (nouvel onglet)
- Wikimedia Commons, Kamerlingh Onnes Laboratorium (nouvel onglet)
À transmettre aux autres curieux
Partager cette découverte
Le lien mène directement à ce sujet, sans passer par la page d’accueil.
Continuer sur papier
Retrouvez cette BD dans le tome 1
Ce recueil réunit ce sujet et d’autres découvertes à lire, conserver et offrir.
ISBN-13 : 979-8278739814
Personnages, lieux et notions