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· Julien   Lepage

A knight of the seven kingdoms (saison 1)

Séries · 2026 · George R. R. Martin, Ira Parker

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Illustration de critique : A knight of the seven kingdoms (saison 1) : Du monde de Westeros nous vient une histoire improbable centrée sur les aventures d'un duo inattendu : le chevalier S…
Difficile d'imaginer, il y a encore deux ans, qu'un spin-off de Game of thrones pourrait se targuer d'un ton badin, presque bouffon, sans que les fans hurlent au sacrilège. C'est pourtant le pari tenu par George R. R. Martin et sa showrunneuse Ira Parker avec A knight of the seven kingdoms, adaptation du Chevalier errant, novella publiée en 1998 et longtemps restée en marge du grand œuvre. Peter Claffey y incarne Ser Duncan le Grand, chevalier errant taillé comme une armoire à glace, mais gauche comme un poulain, et Dexter Sol Ansell prête ses traits à L'œuf, son jeune écuyer qui cache, sous ses haillons, un secret que tout spectateur un tant soit peu familier de Westeros devine dès le générique.

L'intrigue tient sur un timbre-poste : Dunk enterre son maître, hérite malgré lui d'un statut de chevalier, se retrouve embarqué avec L'œuf dans un tournoi où l'humiliation d'un prince Targaryen va déclencher une machinerie politique nettement plus grande que ses épaules. Six épisodes, quelques jours de récit, aucun dragon à l'horizon, et une échelle qui tient davantage du conte picaresque que de la fresque dynastique. On pense forcément à Chevalier, avec Heath Ledger, ce mélange de joute médiévale et de récit d'ascension sociale à hauteur d'homme, voire à un Don Quichotte et son Sancho Panza qui auraient troqué les moulins à vent pour des lices de tournoi.

Ce qui frappe d'abord, c'est le soin apporté au duo central. Claffey et Ansell dégagent une alchimie sincère, faite de silences complices et de piques bien senties, et la série prend un plaisir manifeste à laisser respirer leurs scènes plutôt que de les sacrifier sur l'autel du rythme. L'écriture, elle, navigue habilement entre la comédie de mœurs et les résurgences ponctuelles de la noirceur maison : quelques scènes rappellent, l'air de rien, que Westeros reste un endroit où l'on meurt vite et mal. Le liant fonctionne globalement, même si l'humour vire parfois à la facilité, avec des gags qu'on sent calibrés pour rassurer plutôt que pour surprendre. Visuellement, la mise en scène troque les ors et le marbre de la cour des Targaryen contre des routes boueuses et des tavernes fatiguées, un choix cohérent avec le format réduit et le budget visiblement plus modeste que ses aînées.

Là où le bât blesse, c'est dans l'ambition narrative… ou plutôt son absence assumée. La série se contente d'installer des figures et des enjeux qu'on devine promis à grandir plus tard, sans offrir grand-chose à se mettre sous la dent dans l'immédiat. On sort de la saison avec de l'affection pour ses personnages et assez peu de matière pour nourrir une vraie réflexion. Difficile, dans ces conditions, de la comparer sérieusement à Game of thrones ou même à House of the dragon : ce n'est ni son ambition ni son terrain de jeu.

Au fond, cette première saison ressemble à ce que Le Hobbit de Jackson fut au Seigneur des anneaux : une antichambre plus légère, plus enfantine dans son élan, sympathique sans être marquante, portée par un duo attachant, mais desservie par un récit qui avance à pas comptés. On passe un bon moment, on sourit souvent, on referme l'épisode 6 avec le sentiment d'avoir grignoté un amuse-bouche plutôt que dégusté un plat. Reste à voir si les saisons suivantes transformeront cette promesse en quelque chose de plus consistant. Pour l'instant, A knight of the seven kingdoms se contente d'être une aimable récréation entre deux tempêtes dynastiques, sans jamais viser plus loin que le sourire qu'elle arrache.
Ma note64%

Publié le 20 août 2026