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· Julien   Lepage

Avec ou sans enfants ?

Films · 2025 · Elsa Blayau

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Illustration de critique : Avec ou sans enfants ? : Quand Pio et Anaïs annoncent leur mariage à leurs amis, c’est clair : ce sera SANS enfants. Trois jours de fête et de…
Le mariage comme déclencheur de chaos collectif, c'est une mécanique vieille comme la comédie de boulevard, et voilà que l'industrie française du rire nous la ressert une fois de plus, cette fois avec une bande de trentenaires largués en Italie et deux ou trois marmots planqués dans des placards. Le postulat a un charme certain sur le papier : Pio et Anaïs veulent un mariage sans enfants, leurs amis débarquent avec leur progéniture qu'ils tentent de dissimuler pendant trois jours de festivités, et l'engrenage du mensonge fait le reste. On sent l'inspiration Feydeau retravaillée au filtre Instagram, et ce n'est pas un hasard : le projet est né des enfants d'Elsa Blayau, et surtout de ceux des autres, la réalisatrice ayant écrit le scénario avec son conjoint, le compositeur et scénariste Alexis Rault, en s'inspirant des situations qu'elle vivait elle-même autour des amitiés bousculées par la parentalité. Pour son premier long métrage, présenté en avant-première au festival de l'Alpe d'Huez avant une sortie en salles le 19 février 2025, celle qui vient du monde de la pub et du court-métrage (diplômée de l'ESAG Penninghen, passée par l'agence LEG, récompensée à Cannes dès 2009 pour son court Une journée quotidienne, créatrice de la série Yes I do en 2018 et réalisatrice d'un documentaire sur Gabart primé à Deauville en 2023) troque le registre plus posé de ses travaux précédents pour la comédie chorale pure, portée par Bertrand Usclat, Rayane Bensetti, Tiphaine Daviot et Joséphine Draï.

Le pitch, donc : deux couples avec enfants, un couple de futurs mariés sans, un mariage en Italie, trois jours de Prosecco et de dissimulation logistique digne d'une opération commando. Le choix du décor n'est pas anodin : le mariage a été retenu comme cadre parce qu'il constitue une véritable arène de comédie, une situation qui crispe les relations et fait ressortir les émotions, l'idée venant d'Antonin Fourlon, réalisateur de Chasse gardée. Sur le papier, l'accumulation de contraintes (cacher les gosses, gérer les caprices, éviter les indiscrétions) promet un bon vaudeville rythmé. Dans les faits, le film joue sa seule carte dès les vingt premières minutes et la rejoue en boucle jusqu'au générique, avec cette sensation très reconnaissable de sketch télé étiré artificiellement sur une heure vingt-six. Chaque personnage se voit assigné un trait comique unique : le parent control freak, le couple débordé, l'ami célibataire largué… et le scénario ne cherche jamais vraiment à dépasser cette écriture d'archétype pour en tirer autre chose qu'un gag récurrent.

Ce qui sauve partiellement l'ensemble, c'est que la mise en scène ne se contente pas de la farce balourde à laquelle on pouvait s'attendre. Il y a, disséminée entre deux scènes de gosses cachés dans des coffres de voiture, une observation assez juste du nombrilisme post-natal, de la manière dont les nouveaux parents finissent par ne plus parler que biberons et rythme de sieste, et de l'incompréhension qui s'installe avec les amis restés sans enfants. Le problème, c'est que cette matière plus fine reste à l'état d'esquisse, noyée sous des rebondissements mécaniques et une résolution qui range tout le monde bien sagement dans sa case sans jamais vraiment interroger le postulat de départ. On rit, par intermittence, souvent grâce à l'abattage de Bertrand Usclat qui fait le travail que le texte ne fait qu'à moitié, mais le comique de situation finit par tourner à vide, chaque catastrophe supplémentaire diluant un peu plus l'énergie de la précédente.

Le résultat se regarde sans déplaisir profond, mais sans grand souvenir non plus, coincé entre l'ambition d'un discours générationnel sur la parentalité contemporaine et la mécanique paresseuse d'une comédie de vacances qui aligne les quiproquos parce que c'est le format. On pense forcément au Sens de la fête pour l'unité de lieu et de temps façon poudrière, ou à Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? pour le ton consensuel qui ne mord jamais vraiment ceux qu'il caricature, sans jamais atteindre ni la précision d'écriture du premier ni le succès populaire du second. C'est le genre de comédie française qui sortira très bien en DVD dans le rayon des idées cadeaux de belle-maman, celle qu'on regarde un dimanche soir sans grande attente et qu'on oublie à peu près aussi vite qu'on l'a vue, avec quelques répliques qui font mouche et beaucoup de temps mort déguisé en rythme. Si la parentalité comme sujet de comédie vous intrigue davantage, mieux vaut se tourner vers Babysitting pour l'anarchie assumée, ou attendre patiemment qu'un film français ose vraiment aller au bout de son postulat plutôt que de le garder sagement entre deux eaux.
Ma note38%

Publié le 12 juin 2026