Des jours meilleurs
Films · 2025 · Hippolyte Dard, Elsa Bennett
L'alcoolisme féminin, sujet éminemment casse-gueule pour le cinéma français qui préfère généralement noyer ses névroses dans la comédie de bureau ou le drame bourgeois bien propret. Voilà donc une comédie dramatique portée par un duo de réalisateurs, Elsa Bennett et Hippolyte Dard (le petit-fils de Frédéric), tous deux issus de la fabrique à téléfilms et séries, qui se lancent dans leur premier long métrage avec un casting quatre étoiles : Valérie Bonneton, Michèle Laroque, Sabrina Ouazani et Clovis Cornillac en tête de gondole, entourés d'une belle brochette de seconds rôles.
Suzanne, mère célibataire au bord de la rupture, perd la garde de ses trois enfants après un accident de voiture provoqué par l'alcool. Direction le centre de désintoxication, où elle croise Alice et Diane, deux pensionnaires au caractère bien trempé, avant qu'un éducateur sportif un peu givré ne décide de souder ce trio cabossé autour d'un projet aussi improbable que salvateur : disputer un rallye raid dans le désert marocain.
Suzanne, mère célibataire au bord de la rupture, perd la garde de ses trois enfants après un accident de voiture provoqué par l'alcool. Direction le centre de désintoxication, où elle croise Alice et Diane, deux pensionnaires au caractère bien trempé, avant qu'un éducateur sportif un peu givré ne décide de souder ce trio cabossé autour d'un projet aussi improbable que salvateur : disputer un rallye raid dans le désert marocain.
Le postulat de départ a de quoi séduire : filmer l'addiction au féminin, angle mort du cinéma hexagonal qui a longtemps préféré filmer les hommes cuvant plutôt que les femmes qui replongent en silence, honteuses, invisibilisées par leur propre entourage. Il y a du Louis-Julien Petit là-dedans, d'ailleurs crédité au scénario, cette envie de filmer des femmes cabossées qui se recomposent une famille de fortune, façon Les invisibles ou La brigade. Sur le papier, la promesse est belle. À l'écran, c'est une autre histoire.
La première partie, celle du centre de soin, tient à peu près la route. On sent l'envie de regarder ces femmes en face, sans misérabilisme ni moralisme, de laisser affleurer les rechutes et les petites victoires sans trop appuyer sur le violon. Valérie Bonneton y est remarquable, tout en retenue, loin des rôles de commère qu'on lui colle habituellement. Elle porte le film à bout de bras et compose une Suzanne aussi fragile que digne, sans jamais forcer le trait. Sabrina Ouazani s'en sort bien également, avec une énergie qui fait du bien à l'ensemble, même si son personnage reste étrangement esquissé, comme si le scénario avait eu peur de trop creuser.
Le vrai problème, c'est que le film ne fait pas confiance à son sujet. Au lieu de rester dans ce huis clos à hauteur de femmes, avec leurs cicatrices et leur quotidien de reconstruction, il bifurque vers le rallye des Dunes, et là, tout se délite. Le désert marocain vire au décor de carte postale pour comédie balisée, avec son lot de pannes mécaniques rigolotes et de leçons de vie sous le Soleil couchant. On perd en justesse ce qu'on gagne en dépaysement, et le film devient soudain le genre de produit qu'il prétendait éviter au départ. Michèle Laroque, censée incarner une actrice suffisamment connue pour être reconnue par des gamins en plein désert, se promène pourtant incognito dans les rues sans que personne, pas même ses camarades de galère, ne relève l'incongruité. Le personnage manque cruellement d'épaisseur, et l'actrice semble elle-même en pilote automatique, comme si le rôle ne lui donnait tout simplement rien à jouer.
C'est là tout le souci de la mise en scène d'Elsa Bennett et Hippolyte Dard : une sobriété qui, dans les meilleurs moments, évite le pathos facile, mais qui, dans les pires, ressemble surtout à un manque de parti pris. On sent le poids de la télévision dans le classicisme du cadrage, dans des dialogues qui alternent sincérité touchante et formules toutes faites. Le sujet est lourd, la manière de le traiter souvent trop légère pour lui rendre justice.
Reste un film sympathique, jamais malhonnête, porté par des actrices qui méritaient sans doute un scénario plus resserré autour d'elles. Des jours meilleurs a le cœur à la bonne place ; il lui manque juste le courage de rester où il est le plus juste, plutôt que d'aller chercher au bout du monde ce qu'il avait déjà sous la main.
Ma note50%
Publié le 17 septembre 2026