Dix pour cent, le film
Films · 2026 · Émilie Noblet, Fanny Herrero
Les agents d'ASK ne pouvaient décemment pas rester éternellement au chômage. Six ans après l'ultime épisode diffusé sur Netflix, et après une carrière internationale que peu de séries françaises peuvent revendiquer, la bande imaginée par Fanny Herrero revient pour un long-métrage mis en ligne sur Netflix le 10 septembre. Herrero coécrit le scénario avec Lison Daniel, Émilie Noblet le réalise, et Dominique Besnehard, dont la vie a inspiré tout l'édifice, veille au grain. Autour de Camille Cottin, on retrouve presque toute la troupe : Laure Calamy, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Nicolas Maury, Fanny Sidney, Liliane Rovère. Les invités, fidèles à la tradition maison, jouent leur propre rôle : Laetitia Casta, Vincent Macaigne, Laurent Lafitte, et même George Clooney et Eva Longoria, venus prouver qu'Hollywood regarde aussi ce qui se passe rue de Rivoli.
L'agence a fermé depuis cinq ans et chacun a refait sa vie, plus ou moins. Andréa a troqué le téléphone contre le mégaphone : elle s'apprête à tourner son premier film, avec Laetitia Casta dans le rôle principal. À quelques jours du premier clap, Laurent Lafitte lâche le projet. Le tournage vacille, le producteur devient un problème, et Andréa n'a plus d'autre choix que d'appeler à l'aide Noémie, devenue productrice d'une sitcom à succès. Un à un, les anciens de l'agence convergent vers ce plateau en perdition, avec leurs vieilles tendresses et leurs rancunes intactes. C'est le principe d'un épisode de la série étiré sur la longueur : un tournage menacé, des egos à ménager, des stars à convaincre. Sauf que, cette fois, ce sont les agents eux-mêmes qui ont tout à perdre.
L'idée de départ est plutôt maligne. Dix pour cent a toujours raconté l'envers du cinéma, et voir ses personnages passer de l'autre côté du miroir offre une mise en abyme naturelle, presqu'inévitable. Le plaisir des retrouvailles fonctionne d'ailleurs dès les premières minutes, même si la présentation expresse de la troupe par Hervé suppose qu'on ait les quatre saisons bien en tête. Le problème, c'est que le scénario confond souvent film choral et film dispersé. Les intrigues sentimentales se multiplient et les sous-intrigues s'empilent sans vraiment nourrir le récit principal. Le tout avance à vue, jusqu'à un dénouement qui cherche l'émotion avec un peu trop d'insistance. On sent que la série savait tenir cinquante minutes sur une idée, et que quatre-vingt-dix minutes lui demandent un souffle qu'elle n'a pas toujours.
Le déséquilibre se voit surtout dans la distribution. Laure Calamy a pris du galon depuis 2020, entre un César et une filmographie qui s'est considérablement épaissie, et ça se sent : Noémie devient quasiment la cohéroïne. Honnêtement, on ne s'en plaint pas. Calamy reste capable de passer de l'hystérie comique à une fragilité désarmante dans la même réplique, et c'est elle qui porte les meilleurs moments du film. Le revers de la médaille, c'est que Thibault de Montalembert fait presque de la figuration. Mathias, jadis le grand fauve de l'agence, se contente ici de traverser le cadre avec l'air de quelqu'un qui cherche ses clefs.
Laurent Lafitte, lui, disparaît beaucoup trop vite. Ses quelques scènes sont pourtant les plus réjouissantes du film, avec ce mélange de mauvaise foi et d'autodérision qui faisait le sel de la série. Casta et Macaigne, censés incarner le cœur du film dans le film, restent assez peu exploités, ce qui est ballot pour un scénario qui repose sur eux. Quant à Clooney et Longoria, ils ont droit à une scène chacun. C'est amusant sur le moment, mais c'est anecdotique : on est plus proche du caméo de gala que de l'épisode Sigourney Weaver. Liliane Rovère, enfin, apparaît très fatiguée, et le film semble le savoir, puisqu'il fait de sa présence le ressort émotionnel du final plutôt qu'un vrai personnage en action. Arlette méritait mieux qu'un rôle de mausolée.
Formellement, Émilie Noblet fait le travail avec une réalisation vive et lisible, mais sans grand geste de cinéma. On n'a jamais vraiment l'impression d'avoir changé d'échelle. L'image est propre, les décors fonctionnels, et le Paris un peu enchanté de la série a laissé place à quelque chose de plus neutre, de plus « plateforme ». C'est d'autant plus frappant pour un film qui parle d'amour du cinéma : on pense à La nuit américaine, évidemment, mais Truffaut filmait son tournage comme une fête foraine, alors qu'ici, on a surtout l'impression d'assister à une réunion de production, certes animée.
Reste le plus important : on passe un bon moment. Les dialogues retrouvent par éclairs leur mordant, la troupe a une alchimie qui ne s'invente pas, et il est franchement agréable de revoir tout ce petit monde se chamailler comme si l'agence n'avait jamais fermé. Mais une fois le générique passé, pimenté de quelques images de la montée des marches à Cannes, on n'a pas vu un film de cinéma. On a vu un épisode spécial, un peu plus long et un peu plus cher que les autres. C'est sympathique et parfois attachant, mais on aurait aimé que l'agence voie plus grand, qu'elle ose le vrai saut plutôt que la réunion d'anciens élèves.
Le cas n'est pas isolé. Entourage, autre série d'agents et de stars devenue film, s'était cassé les dents sur le même écueil, et Sex and the city comme Downton abbey ont prouvé que la nostalgie peut remplir une soirée sans forcément remplir un film.
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Publié le 27 septembre 2026