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Dragon ball AF (Toyble)

Mangas

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Illustration de critique : Dragon ball AF (Toyble)
Un jeune dessinateur japonais né en 1978, fan de la première heure d'Akira Toriyama depuis Dr. Slump, publie sur son blog personnel au tournant des années 2000-2010 une suite non officielle de Dragon ball GT sous le pseudonyme Toyble. Il s'appelle en réalité Toyotarō, et deviendra quelques années plus tard l'illustrateur attitré de Dragon ball super : une trajectoire qui transforme rétrospectivement ce doujinshi amateur en pièce de collection presqu'archéologique, le brouillon d'un artiste qui allait un jour dessiner Goku pour de vrai.

Le postulat reprend la légende urbaine du « AF » qui circulait sur les forums et dans les fanzines depuis la fin des années 90 : après le départ de Son Goku avec Shenron à la fin de GT, une Kaïo Shin du nom de Lyra débarque sur Terre accompagnée de Xicor, qui prétend être le fils caché de Goku. S'ensuit une escalade de menaces cosmiques, de transformations inédites et de retrouvailles familiales forcées, le tout enrobé dans le vocabulaire maison de la saga (Ki, Kaiôshin, Super Saiyan) et assaisonné d'un clin d'œil appuyé à Broly, réintégré au canon fan avec une gourmandise assumée.

Sur le plan graphique, Toyble se débrouille remarquablement bien pour un amateur : le trait imite Toriyama avec une justesse qui dépasse largement la simple copie, les dynamiques de combat sont lisibles, les proportions tiennent la route. C'est d'ailleurs ce qui frappe le plus en le relisant aujourd'hui : on sent moins un fan qui gribouille son canon personnel qu'un professionnel en devenir qui s'échauffe. Le scénario, en revanche, souffre du mal classique de toute fan fiction post-GT : il faut justifier un arc que même les puristes jugent bancal, retisser une continuité avec des pouvoirs qui n'ont plus de plafond, et le faire sans le filet de sécurité d'un éditeur ou d'un studio d'animation pour lisser les excès. Xicor fonctionne comme antagoniste sur le papier (lien de sang, ambiguïté morale, montée en puissance), mais il reste assez générique dans son exécution, un croisement entre Cell et un Super Saiyan renégat sans identité vraiment neuve. Le monde autour des Kaiôshin est plus intéressant, et on comprend a posteriori pourquoi certaines de ces briques ressurgiront, retravaillées, dans Dragon ball super : la mécanique des Saiyans qui doivent s'unir pour débloquer un pouvoir collectif, le retour de Broly, un grand méchant relié à la fois à Goku et à la lignée des Daikaiôshin. Coïncidence de carrière ou recyclage assumé d'idées de jeunesse, l'ambiguïté fait partie du charme.

Le problème, c'est que l'histoire s'arrête en plein élan. Toyble interrompt son doujinshi avant d'avoir pu déployer les promesses qu'il sème lui-même, notamment cette fameuse tenue de Goku aperçue dans les fanzines douteux de la fin des années 90 : l'image granuleuse d'un hypothétique Super Saiyan 5 faussement attribuée à Toriyama en personne. Le foreshadowing est là, le paiement jamais. Ça laisse un goût d'inachevé qui pèse lourd dans le bilan global : on lit une œuvre qui a de l'ambition, du métier et une vraie tendresse pour son matériau d'origine, mais qui n'a simplement pas eu le temps — ou le courage — d'aller au bout de sa propre logique. Un peu comme regarder les story-boards préparatoires d'un film qu'on ne verra jamais monté, façon Jodorowsky's Dune version Namek.

Pris pour ce qu'il est (un exercice de style amateur, pas une œuvre professionnelle aboutie), Dragon ball AF se hisse honorablement au-dessus du lot des fan fictions Dragon ball, porté par un dessin déjà solide et une évidente sincérité de fan. Mais il reste prisonnier de ses limites : rythme heurté par les interruptions de publication, antagoniste sous-exploité, promesses non tenues. Ceux que le sujet intéresse gagneront à lire ça comme une curiosité historique et un formidable document sur la genèse artistique de Toyotarō plutôt que comme une œuvre à juger dans l'absolu, et pourront ensuite se tourner vers ses arcs officiels de Dragon ball super, Moro en tête, pour voir ce que cette même sensibilité donne une fois affranchie du statut amateur et dotée d'un vrai éditeur pour la canaliser.
Ma note51%

Publié le 11 septembre 2026